Bilan

Les startups de l'EPFL ont levé 400 millions de francs en 2016

Avec près de 400 millions de francs levés en 2016, les jeunes pousses de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne ont battu leur record de 2014, quand elles avaient collecté 242 millions de francs.
  • Nouveau record pour les levées de fonds de startups de l'EPFL en 2016.

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  • En levant 100 millions de francs pour MindMaze, Tej Tadi a fait de sa startup la première licorne suisse.

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Patrick Aebischer va remettre à Martin Vetterli une école en pleine forme. Le successeur du directeur sortant de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) va prendre les rênes d'un établissement que les classements internationaux placent toujours plus haut dans leurs palmarès année après année. Mais en plus, année après année, le campus romand s'affirme comme une fabrique à succès: les startups qui y naissent connaissent un succès croissant. C'est même de ses laboratoires qu'est sortie MindMaze, la première licorne suisse (ces jeunes sociétés valorisées au-delà d'un milliard de dollars).

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Et c'est d'ailleurs de MindMaze qu'est venue la plus importante levée de fonds cette année: 100 millions de francs pour la jeune société fondée par Tej Tadi et spécialisée dans la rééducation via la réalité virtuelle. A elle seule, cela représente un quart des sommes déjà levées (397 millions de francs au 14 décembre, exercice non terminé) par les jeunes pousses du campus. Et un record en tant que tel avec ce montant qui est le plus élevé jamais atteint sur le campus de l'EPFL pour une société non cotée en bourse. D'ici le 31 décembre, le total pourrait bien dépasser la barre symbolique des 400 millions de francs. Même en retranchant les 100 millions de MindMaze, le total des autres levées de fonds dépassent de loin le précédent record qui datait de l'exercice 2014 avec 242 millions de francs à l'époque.

Des grands acteurs et des premiers rounds

A deux semaines de la fin de l'année, l'EPFL fait le point sur cet aspect crucial du développement des jeunes entreprises. Et souligne que les spin-off, ces sociétés nées autour d'un chercheur ou d'une découverte des laboratoires du campus, ont largement contribué au succès: 261 millions de francs levés pour le moment en 2016, contre 107 en 2014 et 66 en 2015 pour ces spin-off. Quant à l'EPFL Innovation Park, la structure d'accueil des sociétés innovantes, ses autres startups ont levé 76 millions de francs sur les onze mois et demi de l'exercice actuel (contre 57 millions de francs en 2014). Enfin, l'IPO d'AC Immune (la startup qui met au point un vaccin contre la maladie d'Alzheimer est désormais cotée au NASDAQ) lui a permis d'engranger 60 millions de francs en plus, sans oublier 42,7 millions de francs levés en amont. Autre opération importante: les 38 millions de francs levés par NEXThink, qui est spécialisée dans les logiciels d'entreprises. Enfin, la barre des 10 millions de francs a été franchie par sept autres jeunes pousses de l'EPFL.

Pour autant, le dynamisme de l'EPFL et de ses startups ne s'appuie pas uniquement sur des opérations de grande ampleur financière: les 37 millions de francs qui complètent les sommes déjà évoquées pour arriver aux 397 millions du total provisoire ont été levées par seize startups différentes, à l'occasion de premiers ou deuxièmes rounds de levée de fonds.

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Pas question cependant de s'enflammer. «2017 ne sera peut-être pas aussi généreuse que 2016. Mais globalement, on constate que les fonds, qui plafonnaient à 50 millions par an avant 2010, sont passés à des rentrées régulières de plus de 100 millions depuis», tempère Hervé Lebret, responsable du fonds Innogrant d’aide au démarrage pour les entreprises de l’École. Les 397 millions de francs levés cette année représentent près de 35% des fonds levés par des sociétés de l'EPFL depuis la création du parc scientifique en 1993.

Cette hausse s'inscrit certes dans une vague de croissance des fonds de capital-risque en Europe depuis trois ans. Ainsi, près de 50% des startups ont levé leurs fonds auprès de financeurs suisses et 25% dans d'autres pays d'Europe. Les Etats-Unis et l'Asie n'ont financé que 25% des opérations. Cependant, la dynamique propre à l'EPFL n'est pas anodine: sous l'impulsion de Patrick Aebischer et de ses équipes, un véritable écosystème a été mis en place et amélioré constamment pour faciliter le développement des jeunes pousses du campus, tant au niveau des infrastructures (agrandissement de l'Innovatin Park) que des procédures (passerelles avec les laboratoires universitaires, aides au démarrage).

L'implantation d'un acteur majeur de l'innovation

Une politique couronnée par les derniers chiffres, et par les secteurs prisés par les investisseurs: biotech (121,05 millions de francs), informatique (62,4) et medtech (49,7) sont les trois domaines qui ont récolté le plus de fonds en 2016. Mais 163,85 millions de francs ont aussi été levés dans d'autres domaines. «L’avantage de l’EPFL pour le futur est d’être bien diversifiée», insiste à ce propos Hervé Lebret.

Autre force pour l'EPFL: la fidélité des startups. Si certaines ont créé des centres d'activité ou de recherche ailleurs (Etats-Unis, pays du Golfe, Asie), aucune de celles qui ont levé des fonds cette année n'a quitté la région lémanique. Les conditions-cadres restent donc avantageuses pour leur développement, même si certaines souhaiteraient une amélioration de l'environnement romand dans leur domaine. Ce changement pourrait passer par l'implantation à proximité du campus de l'EPFL ou directement sur ses terres d'un acteur majeur de dimensions internationales axé sur l'innovation et les collaborations avec les startups. «L’implantation d’un très gros acteurinternational afin de créer un "effet aimant". Les ingénieurs ou scientifiques de haut niveau y sont employés, restent dans la région et en ressortent parfois quelques années plus tard pour créer leur startup. D’autre part, ce genre d’arrivée attire l’attention sur la région pour les investisseurs et contribue à limiter le risque de délocalisation des startups lorsqu’elles augmentent leur capital», analyse Hervé Lebret.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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