Bilan

Les sportifs d’élite plébiscitent la Suisse

Les terres helvétiques attirent nombre de champions, particulièrement les joueurs de tennis et les pilotes de course. Ils jouissent d’une fiscalité plus avantageuse que dans leur pays d’origine.
  • Le champion de F1 Alain Prost vit à Genève depuis trente ans. Ses enfants, dont Nicolassont Suisses.

    Crédits: Laurent Guiraud/TDG
  • Le joueur français de tennis Gaël Monfils habite à Gingins (VD).

    Crédits: Adrian Dennis/AFP

C’est une réalité méconnue: de très nombreux champions ont élu domicile en Suisse. Et ces athlètes tiennent à la discrétion. Dès qu’ils ont gagné quelques millions, les sportifs d’élite sont tentés par l’idée de déplacer leur fortune en Suisse, dont le fisc est souvent bien moins gourmand que celui de leur pays d’origine. Beaucoup bénéficient du fameux forfait fiscal. Réservé aux résidents qui ne gagnent pas d’argent en Suisse, ce régime fixe un impôt avantageux sur la base des dépenses. 

Les ressortissants français forment le socle de cette communauté, avec parmi eux des figures historiques comme Jean-Claude Killy, Jean Alesi, Laurent Jalabert ou Richard Virenque. Ces compétiteurs sont attirés par la qualité de vie, la tranquillité et le respect légendaire des habitants, outre les avantages fiscaux. Générant des revenus confortables sur des décennies, les sportifs restent souvent dans leur contrée d’adoption une fois leur carrière terminée. C’est par exemple le cas du vétéran Alain Prost (61 ans) installé dans la région genevoise depuis trente ans, dont les deux enfants ont pris la nationalité suisse. 

La F1 et le tennis fournissent l’essentiel des champions basés en Suisse. «Ce sont des sports où il y a beaucoup d’argent, contrairement au judo ou à l’escrime, explique Emmanuel Bayle, professeur de gestion du sport à l’Université de Lausanne. Il n’est pas étonnant de voir des sportifs qui ont pu constituer un patrimoine déménager vers un havre fiscal. C’est une possibilité qui existe seulement dans les sports individuels. Dans les sports d’équipe, les athlètes doivent être domiciliés dans le pays pour lequel ils jouent.»

Patron emblématique de la F1, Bernie Ecclestone (86 ans, page 85) est domicilié à Gstaad depuis le début de sa carrière. A la tête d’une fortune estimée à plus de 600 millions de francs et voisin d’Ernesto Bertarelli, le champion allemand Michael Schumacher (47 ans, page 106) se remet quant à lui à Gland (VD) des suites d’un grave accident de ski intervenu en 2013. Vainqueur quatre fois du championnat du monde de 2010 à 2013, son compatriote Sebastian Vettel (29 ans, page 130) est résident thurgovien.

Le pilote a décroché un contrat avec Ferrari pour 40 millions de dollars annuels, plus les bonus. La Confédération dispute les préférences des coureurs automobiles à Monaco, un paradis fiscal qui attire les champions portés sur la vie mondaine. Le Britannique Lewis Hamilton (31 ans) a ainsi quitté Luins (VD) pour s’installer dans la Principauté en 2012 où il a rejoint le Belge Thierry Boutsen (59 ans) et le Français Jean-Pierre Jarier (70 ans). 

La moitié des pilotes de F1 

Au total, près de la moitié des pilotes des Grands Prix de F1 vivent en Suisse. Le Finlandais Kimi Räikkönen (37 ans, page 129) et Felipe Massa (35 ans) résident à côté de Roger Federer à Wollerau (SZ). Dans le canton de Vaud, le Canadien Jacques Villeneuve (45 ans) habite Villars-sur-Ollon et le Français Sébastien Loeb (41 ans) à Rolle. L’Espagnol Fernando Alonso (35 ans) a choisi Mont-sur-Rolle, tandis que le Finlandais Heikki Kovalainen (35 ans) a jeté son dévolu sur Coppet et l’ancien champion français Sébastien Bourdais (37 ans) sur Morges. L’Italien Jarno Trulli (42 ans) vit à Pontresina dans les Grisons et l’Allemand Adrian Sutil (33 ans) s’est fixé à Oesingen, dans le canton de Soleure. 

En Suisse alémanique toujours, le cycliste allemand Jan Ullrich (42 ans) coule quant à lui des jours tranquilles au bord du lac de Constance. Binational franco-helvétique domicilié à Genève, Romain Grosjean (30 ans) est le seul pilote à défendre actuellement la bannière française sur le circuit de F1. De l’avis des observateurs, cette concentration de pilotes en Suisse s’explique par une nature qui se prête à une préparation physique intense en plein air couplée à la proximité d’aéroports.

La Suisse est populaire auprès des joueurs de tennis pour les mêmes raisons. Les champions français affectionnent la Suisse romande pour des questions de langue. Julien Benneteau (34 ans), Jo-Wilfried Tsonga (31 ans), Gaël Monfils (30 ans) habitent respectivement Nyon, Trélex et Gingins, à vingt minutes de trajet de l’aéroport de Genève. Selon le journal Le Monde, les trois joueurs sont membres du Country Club Geneva, fitness, spa et restaurant. Les mêmes retrouvent le Vaudois Stan Wawrinka pour taper des balles au Tennis Club de Nyon. Tsonga et Monfils sont, toujours d’après Le Monde, au bénéfice d’un forfait fiscal. Un statut qui leur interdit les activités lucratives en Suisse et qui explique qu’ils ne disputent jamais le tournoi de Bâle.

D’autres comme Gilles Simon (31 ans) et Richard Gasquet (30 ans) se sont arrêtés au bord du lac de Neuchâtel. Chez les retraités, Amélie Mauresmo (37 ans), Arnaud Boetsch (47 ans) et Guy Forget (51 ans) se côtoient dans la région genevoise. Les feux de Monaco ont quant à eux séduit Djokovic, Berdych et Raonic. 

Grande insécurité financière

Régulièrement épinglés pour leur exil fiscal, les champions invoquent des contraintes financières qui leur laissent peu de latitude. Emmanuel Bayle observe: «Les risques économiques sont très lourds dans les sports individuels. En cas de blessure, un joueur de football continuera à toucher son salaire même s’il ne joue plus de toute la saison. Un tennisman voit de son côté s’envoler ses revenus liés aux compétitions.» 

Carrière courte, frais élevés (voyages, entraîneur, staff), pas de sécurité sociale, pas de retraite, sept mois par an en transit, gains imposés à la source… Pour les sportifs, ces obstacles à la constitution d’un patrimoine capable d’assurer leurs vieux jours justifient leur émigration vers des cieux fiscalement plus cléments.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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