Bilan

Les small et mid caps ont le vent en poupe

Les performances des valeurs de taille moyenne éclipsent celles des grandes capitalisations. Tendances, conseils, perspectives et pièges à éviter pour pouvoir en profiter.
  • Parmi les moyennes valeurs prometteuses: Ocado, supermarché britannique en ligne dont les entrepôts sont automatisés.

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  • Arnaud Girardin, responsable de la recherche actions pour Lombard Odier. 

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  • Le portail italien Yoox Net-a-Porter a été  racheté cette année par le groupe Richemont. 

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La Suisse a déjà enregistré deux introductions en bourse (IPO) au 3e trimestre et une troisième a eu lieu il y a quelques jours, avec le retour de SIG Combibloc sur le Six Swiss Exchange. Ce dynamisme des entrées en bourse devrait se poursuivre selon le dernier baromètre du cabinet EY, publié il y a quelques jours. 

En particulier s’agissant des «mid caps», les entreprises qui ont une capitalisation de taille moyenne. S’il n’existe pas de définition stricte de ces dernières, on estime, en fonction des régions du monde, que leur capitalisation est comprise entre quelques centaines de millions et jusqu’à 3 à 5 milliards. Autre élément positif pour ce type d’entreprises: les opérations de prises de participation, fusions et acquisitions, sont elles aussi très dynamiques ces derniers mois. 

Autant de facteurs qui rebattent les cartes du marché des petites et moyennes capitalisations, qu’elles soient initiatrices ou cibles d’acquisitions. Après des performances remarquables en Suisse ces derniers mois, cette période de rentrée est l’occasion de faire le point sur cette classe d’actifs.

Au-delà des «big caps»

Ce segment du marché actions est d’autant plus intéressant pour les investisseurs qu’il est de moins en moins couvert par les médias et les analystes. Aux Etats-Unis, on ne parle presque plus que des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et autres NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, et Uber), alors que des milliers d’entreprises sont cotées. 

En Europe, on se plaint volontiers de l’absence de grandes entreprises technologiques, alors que les moyennes entreprises listées comptent de nombreuses pépites dans ce domaine, que ce soit dans le commerce en ligne, les services digitaux dévolus aux entreprises ou encore dans les technologies de la santé, les fameuses medtechs.  

Depuis plus de dix ans, Pierre Cloux gère pour la société de gestion genevoise Dominicé le Swiss Equity Discovery Fund, fonds de placement sur les actions suisses composé à 80% de small et mid caps. 

«Ce segment est assez extraordinaire, avec des performances de plus de 10% par an en moyenne sur les vingt dernières années, rappelle le gestionnaire. Peu de classes d’actifs ont pu en faire autant! De plus, nous avons vu depuis 2015 et le choc de la fin du taux plancher franc suisse-euro que ces entreprises ont une forte résilience.»

Pour autant, la recrudescence d’IPO n’est pas forcément un signal positif, selon lui. C’est souvent synonyme d’une fin de cycle de hausse. «Cela ne veut pas dire que le marché va baisser dans l’immédiat, mais il faut rester prudent. Dans le cas des IPO, il est souvent préférable d’attendre de voir comment se comporte la société mise en bourse, son management et, naturellement, le titre, et évaluer au cas par cas. Sur les dix dernières années, je n’ai participé qu’à deux IPO sur ce segment, celles de DKSH et Investis.» 

Pour les mois à venir, et malgré les hausses récentes, Pierre Cloux estime que les small et mid caps devraient encore bien se comporter: «La hausse a été très forte l’an dernier mais cette année est moins «extravagante» et il y a eu quelques corrections bienvenues, même si certaines valorisations restent élevées.»  

Performances remarquables

«Non seulement les petites et moyennes valeurs ont délivré de meilleures performances que les grandes capitalisations ces derniers mois, mais j’ajouterais que nous avons une structure de marché extrêmement saine en Suisse», estime de son côté Arnaud Girardin, responsable de la recherche actions pour Lombard Odier banque privée.  

Attention cependant à ne pas mettre toutes les valeurs, petites et moyennes, dans le même panier. «Cela reste un segment avec une large étendue et ce sont surtout les valeurs moyennes qui se portent très bien, alors que les petites capitalisations sous-performent nettement cette année», ajoute Arnaud Girardin.

Pour comparer ces performances, la Bourse suisse regroupe les entreprises en plusieurs indices de référence. Le plus connu étant le SMI, qui rassemble les 20 plus grandes entreprises cotées. L’indice SPI Extra comprend l’ensemble des entreprises cotées, retranché des entreprises du SMI, pour mieux refléter l’évolution des petites et moyennes capitalisations. 

Dans le détail, Arnaud Girardin rappelle que l’indice SPI Extra était en hausse de non moins de 30% sur l’année 2017 tandis que le SMI a grimpé de 14%. Les petites et moyennes valeurs ont donc fait deux fois mieux. 

Qu’en est-il cette année? «Sur la première partie de 2018, nous avons connu une poursuite de cette tendance, avec un SPI Extra en hausse de 4% à fin juin, tandis que le SMI était en baisse de près de 8%.» Depuis cette date, un rebond des large caps s’est opéré, avec Roche, Nestlé et Novartis qui sont repartis à la hausse, portant le SMI. 

Fusions et acquisitions, un segment porteur

Arnaud Girardin estime qu’après une vague d’entrées en bourse portée par la hausse des marchés et de bonnes conditions, nous sommes arrivés à une fin de cycle. «En revanche, il est vrai que l’on continue de battre des records en termes de fusions et acquisitions en ce moment, et je pense que ce mouvement va se poursuivre.» Autant d’opérations qui ont souvent un impact très fort sur la valorisation des entreprises. 

Un constat partagé par Stéphanie Bobtcheff, spécialiste de l’investissement dans les valeurs moyennes européennes (y compris quelques valeurs suisses) et gérante de fonds pour La Financière de l’Echiquier. 

«Les fusions-acquisitions sont clairement l’un des points d’attractivité majeurs de ce segment ces dernières années, avec des entreprises positionnées sur des niches ou des secteurs en forte croissance.» La gérante cite l’exemple de Sodastream, entreprise dans laquelle l’équipe de gestion a investi, rachetée par le groupe Pepsico cet été pour plus de 3 milliards de dollars. Boostée par cette perspective de rachat et portée par l’amélioration de ses fondamentaux, la valeur du titre a augmenté de 80% en sept mois. 

«Au sein du fonds que l’équipe small et mid caps gère, nous avons déjà connu quatre OPA depuis le début de l’année, comme l’italien Yoox Net-a-Porter, racheté par le groupe Richemont. Auparavant, nous avions une ou deux opérations de ce type par an, nous en sommes à une quinzaine en l’espace de trois ans», souligne encore la gérante.  

Diversification et secteurs de niche

Pour un investisseur suisse, l’avantage réside aussi dans la diversification, souligne encore Pierre Cloux, car les grandes valeurs du SMI sont fortement concentrées autour de l’alimentation et la pharma, avec le trio Nestlé-Roche-Novartis qui représente plus de 50% de l’indice. 

Pour Arnaud Girardin, investir dans les petites et moyennes capitalisations relève presque du «bon sens», la Suisse étant constituée d’un large tissu de PME. «Les clients privés sont très intéressés par ces entreprises et ces investissements. D’autant que structurellement, c’est pour moi l’un des meilleurs marchés au monde avec une excellente qualité des entreprises et une bonne prévisibilité et stabilité économique du pays.»

Celui qui couvre le marché des actions suisses depuis plus de vingt ans remarque aussi un changement notable dans l’état d’esprit des entreprises suisses ces dernières années, porté par l’innovation et une volonté de se positionner sur des marchés à forte valeur ajoutée. Ainsi, les small et mid caps permettent aussi d’investir dans des tendances d’avenir, notamment dans les technologies, par exemple celles qui touchent au médical (medtech). 

Là encore, le constat de Stéphanie Bobtcheff rejoint celui d’Arnaud Girardin. «Nous avons très peu de grandes capitalisations axées sur la technologie en Europe, mais elles sont nombreuses dans les moyennes valeurs. Je pourrais citer Asos, qui rencontre un franc succès dans le commerce en ligne, ou Ocado, qui a développé un système de gestion d’entrepôts automatisés et qui est en train de licencier ces plateformes à de grands magasins européens.»

Décorrélation des marchés et perspectives positives

La banque genevoise Mirabaud est reconnue depuis de longues années pour son expérience dans la gestion des small et mid caps suisses. L’un de ses fonds de placement phares dans ce domaine a d’ailleurs dépassé le milliard de francs sous gestion. Dans une note de recherche de septembre, Mirabaud estime que «l’escalade des tensions commerciales ne devrait pas faire dérailler la croissance mondiale ni faire chuter les marchés financiers». Elle recommande toujours une forte exposition aux petites et moyennes capitalisations en Europe et en Suisse.

Oliver Adler, chef économiste de Credit Suisse, est également positif sur les actions suisses, dans un commentaire de marché publié il y a quelques semaines. Prenant en compte les risques qui pourraient découler de conflits commerciaux et d’autres chocs négatifs – malgré une croissance mondiale solide –, il estime que «le marché d’actions suisse est relativement défensif et figure pour l’heure parmi nos favoris. Nous apprécions aussi les valeurs secondaires à petites et moyennes capitalisations, qui profitent de la robuste croissance en Suisse et dans le monde.»

Impact des nouvelles réglementations

Enfin, on peut relever que la directive européenne MiFID II, entrée en vigueur en début d’année, est également à prendre en compte car elle a un impact sur le suivi des actions assuré par des analystes, en Europe comme en Suisse. «Cette réglementation vise à améliorer la transparence et corrige certains excès du passé, ce qui est un objectif louable. Mais elle va aussi réduire la couverture par les brokers, car il est devenu beaucoup plus difficile pour eux de vendre leur recherche et donc de la rentabiliser», constate Arnaud Girardin. 

Pour lui, une période d’ajustements s’annonce. «Nous voyons arriver un modèle avec de plus en plus de recherche sponsorisée, où les entreprises paient pour être couvertes, ce qui pose la question de potentiels conflits d’intérêts.» 

Le marché pourrait aussi se polariser, avec de très gros acteurs qui pourront couvrir toute la cote, et d’autres qui vont devoir trouver des niches. 

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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