Bilan

Les robots arrivent: nouvelles opportunités pour les investisseurs

Les entreprises industrielles ne sont pas seules à connaître une évolution à long terme vers l’automatisation. Trois tendances clés pour investir.
  • Au Glattzentrum de Zurich, un robot indique leur chemin aux visiteurs.

    Crédits: Walter Bieri
  • Crédits: Finanz und Wirtschaft
  • Crédits: Finanz und Wirtschaft
  • Crédits: Finanz und Wirtschaft

«Misez sur les robots, pas sur les humains», professait déjà en 2014 le stratège Michael Hartnett, de Bank of America Merrill Lynch. Les robots industriels font des petits dans le monde entier, tandis que, dans les usines américaines, les emplois reculent depuis des décennies. Rien d’étonnant à ce que les investisseurs se tournent vers les constructeurs de robots.

Depuis septembre, l’afflux d’argent dans les fonds de placement sur les robots a même augmenté de manière exponentielle (voir graphique 1). Les fonds actifs – le dernier en date provient d’AXA Investment Managers – ne sont pas seuls à proposer des opportunités d’investissement. Les véhicules passifs séduisent aussi, à l’instar d’un fonds indiciel côté d’ETF Securities. Ceux qui, en revanche, préfèrent investir directement dans l’automatisation feront bien de ne pas miser seulement sur les modèles d’affaires éprouvés et les grands acteurs. 

Au-delà de l’industrie

Historiquement, les entreprises de robotique les plus renommées sont spécialisées dans les robots de fabrication. Le japonais Fanuc, ABB et l’allemand Kuka, repris par le groupe chinois Midea, font partie des leaders. Selon l’association International Federation of Robotics, ce secteur continuera de connaître une croissance à deux chiffres, notamment grâce à l’automatisation des usines chinoises. Toutefois, ces prochaines années, la robotique progressera essentiellement hors industrie. Les autres secteurs deviendront même dominants (voir graphique 2).

Jonathan Cohen, gérant du fonds Robocap à Londres, l’explique: «L’acceptation de l’automatisation n’est pas linéaire. Ce n’est pas parce que, jusqu’ici,on n’a pas vu de robots dans un secteur qu’il en ira de même par la suite. C’est ainsi que dans les blocs opératoires on s’est longtemps contenté d’expérimenter, mais, désormais, on observe une croissance de 15% par an.» Exemple d’entreprise cotée dans ce secteur: Intuitive Surgical et son système d’intervention Da Vinci.

Le passage de l’utilisation expérimentale à une application largement généralisée pourrait également se produire bientôt dans la conduite automobile autonome. Le fonds Robocap en a déjà fortement bénéficié: le groupe Intel a présenté en mars une offre pour MobilEye, entreprise israélienne qui fabrique des systèmes anticollisions pour
la conduite autonome. «Le consensus des constructeurs automobiles admet que les voitures autonomes débarqueront vers 2020, signale Jonathan Cohen. Il y a dix-huit mois, on parlait encore de 2025.»

L’automatisation de l’agriculture est également un marché porteur: grâce aux drones, aux tracteurs autonomes et aux robots moissonneuses, le marché devrait être bientôt aussi important que celui de l’industrie, estime Credit Suisse. Les robots ménagers, utilisés par le consommateur final, débarquent aussi. Mais Tom Riley, gérant de fonds chez AXA Fonds, évite le secteur de la consommation: «Avec les valorisations actuelles, les fabricants ne sont pas attrayants.» Au niveau de la consommation, contrairement à l’industrie, la qualité et la fiabilité sont moins essentielles. «Le robot aspirateur iRobot coûte 800 dollars, contre le quart de ce prix pour son concurrent chinois», illustre Tom Riley.

Le software est décisif

Tandis que le public se délecte de robots anthropoïdes, le hardware n’a que peu d’importance pour les évolutions ultérieures. C’est le software, qui analyse les données et relie les robots entre eux, qui décide du succès de l’automatisation d’une usine. Pour le gérant Jonathan Cohen, de Robocap, il est essentiel d’être actif dans cette partie rentable de la chaîne de création de valeur: «En robotique, les prix des modèles actuels vont dégringoler car la technologie évolue sans cesse.» En revanche, le software, vendu sur abonnement, assurera des rentrées stables. «Cela marchera comme un programme Office du genre Word, dont les prix n’ont pas chuté.»

Pour l’automatisation, les applications de l’intelligence artificielle (IA) jouent un rôle crucial. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que des fonds de robotique tels que celui de Pictet investissent dans Alphabet, maison mère de Google. En achetant DeepMind en 2014, l’entreprise a mis l’accent sur l’IA. La technologie des systèmes d’autoapprentissage est indispensable, entre autres, à la conduite autonome.

Les petits ont leur chance

Bon nombre d’entreprises, de taille plus modeste mais très spécialisées dans l’automatisation, travaillent avec peu d’employés. Toutefois, elles détiennent des technologies et des brevets importants que lorgnent les grands groupes. Cela entraîne d’incessantes acquisitions dans le secteur (voir graphique 3). Selon la Robotics Business Review,
il y a une forte demande de rachats dans la robotique industrielle, les voitures autonomes, l’intelligence artificielle et les robots médico-chirurgicaux. Il est donc réaliste de miser sur les candidats à une reprise. «Les fusions-acquisitions sont une opportunité pour notre fonds, assure Tom Riley, car elles font régulièrement grimper la valorisation de l’entreprise acquise de 30 à 40%.»

Du point de vue de l’investisseur, la technologie doit être prête pour l’exploitation commerciale, mais en même temps disposer d’une marge pour développer de nouvelles applications. Les investisseurs ne doivent pas se limiter aux grands acteurs de la production industrielle. Les applications dans le domaine de la santé, les titres de software et une sélection de titres plus petits promettent davantage de dynamisme dans une portefeuille. 

* Cet article est paru dans «Finanz und Wirtschaft»

Alexander Trentin*

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."