Bilan

Les prix du pétrole resteront bas en 2016

L’orientation des cours des matières premières sera déterminante en 2016 sur les marchés financiers. Pour l’instant, rien ne laisse présager que le prix du baril remontera au-delà des 60 dollars. Analyse.

La révolution du schiste aux Etats-Unis explique en partie la surabondance de l’offre.

Crédits: Citizens of the Planet / Getty Images

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les cours des matières premières ont été jusqu’ici très volatils, notamment celui du pétrole, s’abaissant de moitié en l’espace de quelques mois, de 100 à 50 dollars entre juin 2014 et aujourd’hui. Si la chute des cours a fragilisé les pays exportateurs, l’industrie pétrolière et certains investisseurs, elle offre de nouvelles opportunités pour l’année à venir. 

Lire aussi: Le pétrole bientôt à 15 dollars? 

Le marché du pétrole a été frappé par une suite d’événements particuliers, qui a provoqué l’effondrement des prix, principalement à cause de l’offre – ou plutôt de la suroffre. La révolution du schiste aux Etats-Unis a changé la donne, constituant un des facteurs clés de la surabondance. En même temps que ces nouvelles sources de pétrole submergeaient les marchés, les producteurs majeurs, tels que la Russie et les pays de l’OPEP, ont continué à pomper, atteignant des records de production.

Lire aussi: Tout sur la chute des prix du pétrole en 10 points

Alors que les prix dégringolaient, les 12 nations du cartel, l’Arabie saoudite en tête, ont maintenu l’extraction pour tenter de défendre leurs parts de marché. La dépendance aux revenus pétroliers a bien vite enclenché un cercle vicieux: plus les prix baissaient, plus il fallait extraire du pétrole, ce qui ne faisait qu’accentuer le problème de la suroffre. Pendant ce temps, la demande faiblissait.

La stagnation séculaire pesant sur la croissance mondiale, la demande de pétrole freine largement. Les signes d’affaiblissement de la Chine alimentent la crainte d’un ralentissement plus marqué, qui impacterait les autres pays émergents. Au troisième trimestre, la deuxième économie mondiale, également première importatrice de pétrole, a enregistré la croissance la plus faible depuis 2009 avec +6,9%. En outre, l’agence internationale de l’énergie estime que la croissance de la demande de pétrole brut à long terme devrait encore ralentir, envisageant une chute de 1,8 à 1,2 million de barils par jour entre cette année et 2016. 

En l’état actuel des prévisions, rien ne laisse donc présager un rééquilibrage de l’offre et de la demande en 2016. La dépendance envers les revenus pétroliers rend peu probable un ralentissement stratégique de la production pour faire remonter le cours. Le dés-équilibre pourrait même s’aggraver après la levée des sanctions, dont l’embargo pétrolier, pesant actuellement sur l’Iran, qui possède 13% des réserves mondiales de pétrole. Les Etats-Unis n’abaisseront leur production qu’à 8,8 millions de barils par jour en 2016, contre 9,1 en 2015 et 9,6 en 2014, une baisse loin d’être drastique. Le prix du baril devrait par conséquent rester légèrement en deçà de 60 dollars, à moins d’un choc d’offre du côté des pays producteurs. 

Nombreux sont les pays qui ont souffert de la chute des cours. Le Venezuela et le Nigeria sont au bord de la faillite, tandis que l’Arabie saoudite a ponctionné massivement ses réserves de change. Le pétrole bon marché a porté préjudice aux investisseurs, provoqué la fermeture de certains hedge funds et heurté des sociétés de participation, qui avaient investi des milliards pour couvrir les dettes des compagnies pétrolières, espérant tirer profit d’un éventuel revirement du cours. Les entreprises du secteur de l’énergie ont dévoilé des prévisions de bénéfices largement amoindries et les augmentations du cours des titres reflètent plutôt une réduction des coûts qu’une augmentation des bénéfices. 

Des opportunités bienvenues

Pour autant, un pétrole bon marché est une aubaine pour les consommateurs et pour plusieurs secteurs d’activité. Le revenu des ménages augmentera cet hiver, dans le même temps que leurs dépenses en chauffage et en essence se réduiront. S’ils ne pourront s’offrir le dernier yacht, ils auront néanmoins assez pour accroître leurs dépenses de loisirs.

Les compagnies aériennes seront doublement gagnantes, profitant à la fois de la baisse des prix du carburant et de l’augmentation du revenu disponible des consommateurs. Ainsi, si la hausse du chiffre d’affaires de la compagnie aérienne Delta Air Lines (NYSE: DAL) ne s’élevait qu’à 0,8% sur un an, son bénéfice net a augmenté de 268,3% par rapport à la même période en 2014, grâce à la baisse du prix du carburant. Les raffineries bénéficieront également de la chute du cours du pétrole brut. Les investisseurs intéressés par le trading thématique peuvent déjà profiter d’un portefeuille compilé de titres qui devraient profiter du pétrole bon marché en 2016.  

* Responsable des stratégies de marché, Banque Swissquote. 

Peter Rosenstreich*

Aucun titre

Lui écrire

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."