Bilan

Les prêts bancaires chutent en Chine

Le gouvernement durcit le crédit pour tenter d'endiguer les risques financiers associés à l'envolée de l'endettement.

La PBOC avait multiplié les assouplissements monétaires depuis fin 2014, abaissant par six fois ses taux d'intérêt en l'espace d'un an.

Crédits: Reuters

Les prêts accordés par les banques chinoises ont dégringolé en avril, selon des chiffres publiés vendredi par la banque centrale (PBOC), le gouvernement durcissant le crédit pour tenter d'endiguer les risques financiers associés à l'envolée de l'endettement.

Les établissements bancaires ont accordé 555,6 milliards de yuans (75 milliards d'euros) de nouveaux prêts le mois dernier, contre 1370 milliards de yuans en mars.

Le chiffre s'établit très en deçà de la prévision médiane des analystes sondés par Bloomberg qui anticipaient 800 milliards de yuans.

De son côté, l'agrégat appelé "social financing", mesure large du crédit incluant les financements disponibles en dehors des banques via divers mécanismes, a plongé à 751 milliards de yuans, contre 2340 milliards le mois précédent.

"Dans l'ensemble, ce reflux du crédit reflète la mise en oeuvre d'un ton plus prudent en termes de politique monétaire", a observé Yang Zhao, analyste de la banque Nomura.

"Les autorités s'inquiétant des déséquilibres financiers et du récent sursaut du marché immobilier", largement dopé par l'endettement, a-t-il expliqué.

Avec une dette chinoise approchant désormais les 250% du PIB, selon des estimations d'experts, et une activité économique toujours morose, les banques voient grimper leur ratio de créances douteuses (présentant un risque important de non-remboursement).

"Les autorités ont probablement restreint les extensions de prêts aux entreprises des secteurs non rentables", en particulier les industries en surcapacités et déjà lourdement endettées, renchérissaient les experts de la banque ANZ.

La PBOC avait multiplié les assouplissements monétaires depuis fin 2014, abaissant par six fois ses taux d'intérêt en l'espace d'un an pour soutenir une activité économique en difficulté.

Mais les abondantes liquidités débloquées, au-delà de l'économie réelle, ont alimenté un net rebond des transactions immobilières -réalisées largement à crédit- et la spéculation sur les marchés de matières premières.

Du coup, "les régulateurs ont clairement commencé à resserrer le crédit bancaire pour endiguer le risque de bulles potentielles dans l'immobilier et les matières premières", susceptibles de fragiliser le système financier, insistait-on chez ANZ.

Au sommet de l'Etat, le changement de ton est ostensible.

"Un haut niveau d'endettement, voilà le péché originel (...) il ne faut pas gonfler encore la dette pour stimuler la croissance", a tonné lundi dans le Quotidien du Peuple, organe du Parti communiste, un haut responsable non identifié.

Avant de mettre en garde contre une possible crise financière, voire une récession, "si des freins efficaces ne sont pas mis en place".

Pour autant, face au ralentissement persistant de son économie, la Chine ne devrait pas renoncer brutalement à sa politique monétaire ultra-accommodante, tempérait Yang Zhao: les autorités "se montreront seulement plus prudentes, privilégiant des assouplissements très ciblés", a-t-il jugé.

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