Bilan

Les pays émergents dans la tourmente

Les régions émergentes souffrent de la poussée protectionniste américaine. Le plus gros est sans doute passé pour leurs actions, sévèrement sanctionnées cette année.

  • Une hausse des taux américains pénaliserait les pays endettés en dollar.

    Crédits: Simon Maina/AFP

La politique économique américaine, procédant à des allègements fiscaux ainsi qu’à des relances budgétaires sur une économie déjà en tension, fait planer un risque majeur sur la fluidité des échanges mondiaux. Elle alimente des perspectives à la fois inflationnistes aux Etats-Unis et récessives dans les émergents. 

Le stimulus domestique permanent promis par Donald Trump fait craindre une surchauffe qui obligerait la Réserve fédérale (Fed) à durcir le ton; les relèvements de taux qui s’ensuivraient n’augureraient rien de bon pour les régions émergentes endettées en dollar. D’autre part, l’élan protectionniste que l’Administration américaine répand sur la planète cible d’abord les pays émergents qui produisent à bas coûts.

Interventions sur les deux fronts

Du coup, un vent de panique s’est emparé progressivement des marchés financiers. Cette fragilité rémanente des émergents, qui était connue de tous, ne s’était pas matérialisée avec autant d’acuité tant que le scénario central était celui d’une normalisation très graduelle des taux aux Etats-Unis. Mais face à l’insistance avec laquelle le président américain continue d’intervenir sur les deux fronts (domestique et commercial), les marchés ont dû revoir leur copie.

Sur le plan interne, de nouveaux allègements d’impôts pourraient bientôt être proposés. Même s’il n’est pas acquis qu’ils seront votés, cela ajoute des perspectives encore positives à une économie déjà bien lancée. D’autant que des programmes d’infrastructures doivent encore venir se surajouter progressivement. La croissance du second trimestre s’est montrée particulièrement vigoureuse aux Etats-Unis, et la Fed d’Atlanta a même relevé au-dessus de 4% ses attentes en la matière pour la fin de l’année.

Les créations d’emploi, le taux de chômage, la confiance continuent de montrer des évolutions significatives. Hormis l’immobilier résidentiel, rares sont les données qui n’attestent pas d’une tonicité. L’inflation salariale pointe, le rapport de l’emploi ayant montré un salaire moyen évoluant de façon dangereuse sur un an à 2,9% en août. Donald Trump s’emploie à effectuer un dernier sprint avant les élections de mi-mandat qui ne seront pas une formalité (seulement 23 sièges pour perdre la Chambre des représentants).

En externe, c’est l’accord sur le Mexique qui est venu le premier sceller concrètement l’une des promesses de campagne de Trump. Le Mexique, qui exporte à 80% vers les Etats-Unis (alors que c’est 2% dans le sens inverse), a sauvé l’essentiel et le peso s’est apprécié. Il semble également qu’un pas important ait été franchi avec la Chine. En effet, 200 milliards d’exportations chinoises verront leurs taxes douanières remonter: de 10% déjà depuis le 24 septembre, puis encore de 25% au début de l’année prochaine.

Même si la Chine a riposté avec 60 nouveaux milliards d’exportations américaines, ce sont aujourd’hui 110 milliards sur 130 de produits en provenance des Etats-Unis dont les droits de douane ont été rehaussés alors qu’il en reste encore un peu plus de 230 milliards dans l’autre sens. Autant dire que la Chine est encore menacée sans réellement avoir les moyens de réagir.

Hausse des taux

C’est ce contexte qui a été particulièrement préjudiciable aux émergents. La défiance des marchés financiers, attaquant la plupart des devises, a validé le scénario inflationniste dans ces parties du monde. En effet, avec un renchérissement des importations par baisse de la monnaie et une croissance qui n’accélère pas du fait de l’élan protectionniste américain, il n’en fallait pas davantage pour placer le monde émergent dans une crise. La seule façon de l’enrayer étant de monter les taux (l’Argentine a les taux directeurs les plus élevés du monde, la Turquie a monté récemment les siens à 24%), les effets récessifs qui s’ensuivront valident le postulat de base des marchés. L’Afrique du Sud est par ailleurs officiellement entrée en récession.

Seule la Chine dispose réellement de marges de manœuvre. Comme un peu partout, la baisse du yuan – en riposte aux menaces de Trump – a fini par trouver sa limite. Les sorties de capitaux qu’elle a fini par induire ont amené la Banque de Chine à monter ses taux pour enrayer cette glissade. Mais une relance par le crédit devrait permettre par ailleurs de faire atterrir la croissance à 6,5% cette année, ce qui reste honorable. Les impacts sur les voisins asiatiques devraient au moins soutenir une partie d’entre eux.

Pour le reste, les difficultés ne sont probablement pas terminées, mais le plus gros est peut-être passé avec le plat de résistance sur les tarifs douaniers entre les Etats-Unis et la Chine. Les actions émergentes qui ont d’ailleurs été sévèrement sanctionnées cette année (y compris en devise locale) semblent se stabiliser. Viendra le moment où il faudra s’intéresser de nouveau à cette partie du marché qui est de moins en moins homogène. Mais il est sans doute encore un peu tôt…

* Directeur gestion multi-asset multi-affiliés, Ostrum Asset Management

Franck Nicolas*

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