Bilan

Les patrons de Deutsche Bank jettent l'éponge

Appelé en 2012 à la tête de Deutsche Bank pour épauler l'Indo-britannique Anshu Jain, Jürgen Fitschen quittera l'an prochain ses fonctions sur bilan très critiqué.

En dépit des efforts pour rénover la culture interne de Deutsche Bank, le groupe reste aux prises avec plus de 6000 litiges dans le monde. Côté rentabilité, il est en outre distancé par ses rivaux.

Crédits: AFP

Appelé en 2012 à la tête de Deutsche Bank pour épauler l'Indo-britannique Anshu Jain, Jürgen Fitschen, 66 ans, surnommé le "monsieur Allemagne" de la première banque du pays, quittera l'an prochain ses fonctions sur bilan très critiqué.

La démission de M. Fitschen, 66 ans, a été annoncée dimanche ne même temps que celle de l'Indo-britannique Anshu Jain, à la fin du mois, avec lequel il partage depuis trois ans la tête de la première banque allemande.

Le duo a pris les rênes du groupe en mai 2012 avec la promesse de rompre avec l'image des banquiers d'investissement aux dents longues qu'incarnait leur prédécesseur, le controversé Josef Ackermann - et de le rendre plus rentable. Le manque de résultats et de nouveaux scandales judiciaires ont toutefois soumis les deux dirigeants à un feu croissant de critiques.

La démission de M. Fitschen n'en a pas moins créé la surprise, l'intéressé ayant exclu de quitter son poste il y a quelques semaines.

Né le 1er septembre 1948 en Basse-Saxe (nord), diplômé de Sciences économiques, M. Fitschen a débuté en 1987 sa carrière chez Deutsche Bank, où il a d'abord occupé différents postes à responsabilité en Asie (Thaïlande, Japon et Singapour).

Devenu patron de Deutsche Bank Allemagne, Jürgen Fitschen siège depuis 2009 au directoire de l'établissement bancaire. Il a en outre été responsable à partir de 2005 des comités de management de région du groupe dans le monde.

Excellent connaisseur des activités de la banque dans le monde et de ses grands clients en Allemagne, M. Fitschen a été appelé à la tête du groupe pour épauler M. Jain, jugé trop épris de culture anglo-saxonne pour diriger seul ce fleuron de l'industrie financière allemande.

M. Fitschen est ainsi devenu le "visage allemand" et européen de Deutsche Bank, pendant que l'anglophone Anshu Jain pouvait se concentrer sur la banque d'investissement, la division la plus lucrative du groupe, et l'expansion du groupe à l'international, notamment en Asie.

Durant les derniers mois, il avait toutefois semblé en retrait de M. Jain, considéré par beaucoup comme le véritable homme fort de la banque.

M. Fitschen, qui est également président de la fédération allemande des banques privées (BdB), devait également incarner une finance vertueuse, soucieuse de tourner le dos aux scandales incarnés par les banques anglo-saxonnes dans le sillage de la crise financière de 2008.

Mais en dépit des efforts pour rénover la culture interne de Deutsche Bank, le groupe reste toutefois aux prises avec plus de 6000 litiges dans le monde. Côté rentabilité, il est en outre distancé par ses rivaux.

Plus grave, M. Fitschen est jugé depuis fin avril pour faux témoignage dans un procès susceptible de le mener en prison. Il a été rattrapé, aux côtés de quatre autres anciens dirigeants, par l'un des plus grands feuilletons judiciaires de l'économie allemande: la faillite du magnat des médias Leo Kirch en 2002.

Accusée d'avoir précipité la chute de l'empire Kirch Media pour en profiter, Deutsche Bank pensait s'être débarrassée de cette affaire en versant en 2014 près d'un milliard d'euros aux ayants droit de M. Kirch, après plus de 10 ans de procédure civile.

La défense de la banque lors de celle-ci, et particulièrement les témoignages de M. Fitschen et des dirigeants de l'époque, font maintenant l'objet d'un procès au pénal.

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