Bilan

Les mirages de la prévoyance

Les modèles construits pour assurer les retraites se basent sur l’hypothèse d’un environnement «inébranlable». Or, certaines variables, comme l’espérance de vie, ont évolué.

L’espérance de vie est en constante augmentation.

Crédits: Fred Froese/Getty

Vue sur les réseaux sociaux, une formule décrit avec justesse le système de prévoyance helvétique actuel: «Sell the problem you solve. Not the product.»«La résolution du problème», soit la garantie du financement de la retraite, a été promise à chaque assuré. Ainsi, chacun cotise de manière conséquente pour ne plus avoir aucun souci lors de son départ à la retraite. Les réformes engagées au niveau fédéral, les perspectives économiques mitigées, l’inéluctable évolution démographique: tous ces facteurs sont venus remettre en cause cet objectif. Sera-t-on donc en mesure d’assurer les retraites?

A y regarder de plus près, on réalise que les prévisionnistes ont construit leurs modèles sur l’hypothèse d’un environnement «inébranlable». Ils ont estimé certaines variables comme étant constantes, alors qu’elles devraient être justement considérées comme variables. Parmi elles, on relève plus particulièrement l’espérance de vie, les engagements futurs et les rendements obtenus sur les marchés financiers.

A propos de l’espérance de vie, on constate globalement son augmentation. Ainsi, la population croît de manière régulière à l’échelle mondiale. Dans les sociétés occidentales, ce phénomène s’observe surtout dans la partie supérieure de la pyramide des âges. L’OCDE estime dans un rapport publié il y a quelques années que le ratio «actif-retraités», qui compare la tranche d’âge allant de 20 à 64 ans à celle des plus de 65 ans, devrait s’établir à 3 actifs pour un retraité à l’horizon 2025, contre 7,2 dans les années 1950. En toute logique, cette évolution a des implications sur les engagements futurs.

Elle est à l’origine des discussions intenses menées par les actuaires, les politiciens et les consultants sur la partie actuarielle de la prévoyance et notamment les taux techniques, les taux de conversion et les échelles de mortalité.

Sur le volet du rendement obtenu sur les marchés financiers, on réalise que les règles de placement stipulées par l’ordonnance sur la prévoyance professionnelle (OPP2) et les règles internes des institutions de prévoyance poussent mécaniquement vers une approche de gestion très conservatrice dont on peut s’étonner. Selon le rapport annuel de la Finma sur la publication de la comptabilité des institutions de prévoyance assurées, rendu public en septembre dernier, on observe qu’environ 3% en moyenne des avoirs gérés sont alloués aux actions.

Bien évidemment, les contraintes sont telles pour ces caisses de pension qu’elles ne disposent pas d’une marge de manœuvre suffisante. Conséquence de cette configuration, la différence entre les gains futurs espérés par les assurés et le financement réel de leurs retraites se creuse de manière inéluctable voire définitive. Cela pousse à s’interroger sur l’utilité ou la raison d’être des caisses de pension.

Favoriser la gestion individuelle

A l’analyse, on réalise donc qu’il faut pouvoir disposer de l’ensemble des possibilités mises à disposition par le législateur, au niveau de la gestion et de la planification, pour espérer atteindre l’objectif fixé à l’origine: continuer à assurer un revenu régulier et adéquat au moment de la retraite. Il est important notamment de bénéficier d’une performance dans chacune des «poches» de prévoyance.

Face à l’augmentation de l’espérance de vie et au maintien des engagements futurs, seule une gestion, qui tient compte pour chaque assuré de son horizon temps de manière individuelle, est envisageable. Il faut laisser aux gérants suffisamment de flexibilité pour pouvoir agir tactiquement, mais aussi stratégiquement, en fonction de leur propre structure d’assurés. Il en va de la viabilité du système de prévoyance helvétique.  

* Gérant de clientèle et membre du conseil de fondation de la caisse complémentaire chez Lombard Odier. 

Knut Giersch*

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