Bilan

Les marchés émergents devraient poursuivre leur surperformance

Après l’excellent premier semestre 2017, il est conseillé de conserver une surpondération des actions et de la dette en monnaie locale de ces pays. Analyse des risques à venir.
  • Cargaison de soja au Brésil. La faiblesse des prix des matières premières n’a pas entamé la performance des marchés émergents.

    Crédits: Paulo Whitaker/Tife Owolabi/Reuters
  • Le cours du pétrole devrait évoluer entre 45 et 60 dollars le baril ces douze prochains mois.

    Crédits: Paulo Whitaker/Tife Owolabi/Reuters

Les marchés émergents (ME) ont le vent en poupe. L’indice MSCI EM a progressé de 18,6% au premier semestre, la dette des ME en monnaie locale a dégagé un rendement de 8,8%  et, pour la première fois depuis des années, tous les pays BRIC ont enregistré une croissance simultanée. 

En 2017, de nombreux marchés sont sortis de l’ornière. La reprise de la croissance mondiale et des bénéfices des entreprises, la faiblesse du dollar américain, les conditions monétaires accommodantes et la faible volatilité ont en effet dopé les perspectives. La croissance des ME ayant repris, les pressions sur les prix sont restées généralement contenues, même au Brésil, en Russie, en Inde et en Indonésie, autant de marchés frappés par une forte inflation.

La croissance des ME s’inscrit sur le long terme en raison de facteurs démographiques favorables et du stade précoce de leur reprise. Ils affichent une croissance environ deux fois supérieure à celle des marchés développés, un écart appelé à se creuser jusqu’en 2020. Les indices PMI (Purchasing Manager’s Index) des directeurs d’achats des ME se situent en territoire expansionniste, et l’indice Citi EM Surprise atteint des sommets inégalés depuis plusieurs années.

La croissance bénéficiaire des entreprises des ME a été conforme aux prévisions – élevées – des analystes, les titans Baidu, Tencent, Alibaba et Samsung enregistrant des gains de cours saisissants. La dette des ME en monnaie locale présente aujourd’hui des écarts de rendement d’environ 400 points de base par rapport à la dette souveraine américaine, soit plus de deux fois le différentiel de rendement offert dix ans en arrière. Après les replis marqués des devises émergentes ces dernières années, on peut estimer qu’elles sont sous-évaluées de 20% en moyenne par rapport à leur juste valeur sur une base de parité de pouvoir d’achat. 

Davantage de volatilité

Le second semestre 2017 s’annonce plus éprouvant. Les soutiens de la croissance – valorisations bon marché et conditions financières favorables – reculent. Les actions émergentes s’échangent à 13,4 fois les estimations de bénéfices 2017 – contre dix fois au début de la décennie – un corollaire du reflux de l’argent vers les fonds des ME. Les mesures de crise prises par les banques centrales touchent à leur fin, avec des taux appelés à être revus à la hausse sur une grande partie du globe.

Fin juin, les rendements obligataires et les devises du monde entier ont vivement réagi aux discours des représentants des banques centrales américaine, européenne et britannique, annonciateurs du resserrement à venir. Il faut s’attendre à une réduction du bilan et à un tour de vis monétaire supplémentaire de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed) cette année. La Banque centrale européenne devrait pour sa part faire une annonce concernant la diminution des rachats d’actifs fin 2017. Cela pourrait se traduire par une volatilité temporaire sur les ME.

A des degrés différents, les ME importent le resserrement de la Fed par le biais de leurs taux de change. Mais l’impact sur la croissance devrait être contenu. Si le dollar s’est nettement renforcé avant que la Fed ne relève ses taux fin 2016, les actions et les obligations des ME ont gagné du terrain. De plus, les taux de change variables de nombreux ME aident à prévenir les crises monétaires et de la dette. 

Matières premières

Une autre incertitude porte sur la faiblesse des cours du pétrole et les perspectives des matières premières. Certes, de nombreux ME sont des exportateurs de pétrole, mais d’autres, en Asie, en sont des importateurs, et la baisse des cours soutient leur croissance et leur balance courante. La faiblesse des prix des matières premières n’est pas parvenue, depuis le début de 2017, à entamer leur performance. Selon nous, le cours du pétrole évoluera entre 45 et 60 dollars le baril ces douze prochains mois, un niveau qui ne devrait pas menacer la croissance des ME.

Quid de la Chine? 

Si la Chine fera sans doute face à un ajustement sévère du crédit à moyen ou long terme, nous ne pensons pas qu’il y ait lieu de s’inquiéter dans l’immédiat. La menace déflationniste est retombée. Les autorités ont pris des mesures pour combattre l’endettement des marchés financiers et disposent de leviers fiscaux et monétaires puissants pour atteindre une croissance économique solide, soutenue par 3000 milliards de dollars de réserves de change.

Parallèlement, le protectionnisme commercial tant mis en avant par le président Donald Trump ne s’est pas matérialisé, tandis que la Chine s’efforce de faire aboutir le partenariat économique régional global ainsi que le programme inédit d’infrastructure et d’investissement «One Belt, One Road» qui doit relier la Chine à l’Asie centrale, la Russie, l’Europe et l’Afrique. 

* Chief investment officer, Banque Lombard Odier & Cie. 

Stéphane Monier*

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