Bilan

Les coffres-forts sont en plein boom

Discrétion, sentiment d’insécurité, méfiance envers les banques ou encore taux d’intérêt négatifs poussent de plus en plus de citoyens à louer des casiers sécurisés. Le sujet reste très sensible.

Les sociétés privées de location de coffres concurrencent les banques.

Crédits: Olivier Evard

Même s’il n’y a rien d’illégal à louer un safe – il suffit de le déclarer – et que la protection de la sphère privée est une valeur fondamentale encore protégée en Suisse, le sujet des coffres-forts semble tabou. Ni les Ports Francs ni les sociétés privées de location n’ont souhaité s’exprimer. Arcaé, nouvel acteur dans ce secteur, est le seul à nous avoir ouvert ses portes blindées. 

«Il est vrai qu’il existe un boom du secteur depuis cinq-six ans environ», admet l’un des cofondateurs. Installée à Nyon, Arcaé a été lancée en juin par trois entrepreneurs vaudois, bénéficiant d’une expérience de plus de vingt-cinq ans dans le domaine. Située dans les anciens locaux d’une banque, la société de stockage propose des safes de toutes tailles dans une chambre forte hautement sécurisée, équipée des dernières technologies en matière d’accès et de discrétion. L’entreprise entend répondre à l’augmentation de la demande de location de coffres auprès des sociétés privées. 

En effet, ces dernières ont l’avantage, contrairement aux banques, de ne pas être des intermédiaires financiers. «Depuis la vague de régularisation, il existe une psychose de certains clients envers leurs banques, estime le cofondateur d’Arcaé. Le client qui souhaite louer un safe dans un établissement bancaire est dans l’obligation d’ouvrir un compte. Alors que la location d’un coffre dans une société privée se compose d’un simple contrat de bail, comme n’importe quelle location.»

Dans une société privée, il suffit de remplir une fiche avec son adresse et son nom en certifiant qu’on n’entreposera pas d’armes ni de matières dangereuses. Autres différences? Un emplacement souvent plus confidentiel et des horaires plus étendus. 

Toutefois, les sociétés spécialisées ne sont pas les seules à bénéficier de cette tendance à la hausse. Les banques aussi en profitent: «Même si la demande de location de coffres-forts varie d’une région à l’autre, elle s’affiche plutôt à la hausse ces dernières années en Suisse», confirme Jean-Raphaël Fontannaz.

«On ressent, au niveau de la clientèle suisse, une demande un peu plus soutenue que l’on tend à imputer à la recrudescence de vols dans les maisons ou les appartements, indique le porte-parole d’UBS. Cette petite criminalité provoque en effet un climat d’insécurité propice à favoriser la décision d’ouvrir un coffre dans les banques.»

Les ménagères aussi

Ainsi, la clientèle des coffres sécurisés ne se composerait pas seulement de personnes souhaitant échapper au fisc ou éviter les taux d’intérêt négatifs. «Elle se compose aussi de la ménagère qui souhaite protéger ses valeurs. Ou encore de l’étranger de passage qui ne veut ou ne peut ouvrir de compte en Suisse», indique le cofondateur d’Arcaé. 

Selon le vice-président du PLR, Christian Lüscher, le sujet est sensible car «cela heurte la pudeur naturelle du citoyen suisse qui ne veut pas laisser penser que l’état, même modeste, de sa fortune, nécessite la possession d’un coffre».

Pourtant, le conseiller national, à l’origine de l’initiative «Oui à la protection de la sphère privée», dénonce la culpabilisation de ceux qui se font installer un coffre à la maison ou en louent un chez un tiers. «Quoi de plus naturel que d’avoir un safe pour y entreposer ses montres, bijoux, dont certains sont des souvenirs de parents décédés, et ses valeurs en général?»

Concernant l’initiative populaire qui pourrait avoir lieu en 2016 déjà, Christian Lüscher se réjouit de mener campagne: «En tant que membre du comité, je vais expliquer qu’à défaut d’acceptation l’administration pourra arbitrairement et sans préavis débarquer chez vous pour fouiller votre domicile et compter tableaux, tapis, meubles et autres vrenelis.» 

En cas de refus de l’initiative, la Finma pourrait-elle interdire les coffres-forts? «Je n’imagine pas le peuple suisse se faire enfiler de telles interdictions par une administration. La Finma a pour mission de surveiller que les banques ont une activité irréprochable et que les créanciers de celles-ci soient protégés. Interdire les coffres-forts serait une mesure qui sort manifestement du cadre légal et je doute que même le fonctionnaire le plus torturé de Suisse ait une idée aussi saugrenue», estime Christian Lüscher.  

Pas soumis à la Finma

Au final, plus que de sensibilité, le secret qui entoure les coffres serait surtout une question de discrétion et de sécurité. «Pour des raisons de confidentialité, les clients qui louent un coffre dans une chambre forte ne souhaitent pas forcément que celle-ci se retrouve sous le feu des projecteurs», explique un acteur du marché qui préfère garder l’anonymat.

Mais il souligne que «discrétion ne veut pas dire se cacher des autres, et coffre-fort ne signifie pas non plus évasion fiscale». Autre raison de rester prudents: cette activité n’est pour l’heure pas soumise à la Finma. Dès lors, mieux vaut éviter que le gendarme du secteur financier ne mette un jour des bâtons dans les roues dans ce secteur, pour l’heure encore épargné. 

Chantal Mathez

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