Bilan

Les banques cantonales tirent un bilan mitigé des taux négatifs

Les banques cantonales suisses estiment que les taux négatifs n'ont pas produit les effets escomptés. Leur faîtière reconnaît que cette solution paraissait "raisonnable" au moment de son introduction par la BNS, il y a près d'une année.

Pour la faîtière des banques cantonales suisses, les taux négatifs n'ont pas réussi totalement à enrayer la spirale du franc fort.

Crédits: Keystone

Les banques cantonales suisses estiment que les taux négatifs n'ont pas produit les effets escomptés. Leur faîtière reconnaît que cette solution paraissait "raisonnable" au moment de son introduction par la Banque nationale suisse (BNS), il y a près d'une année. Elle craint néanmoins que cet outil de politique monétaire ne débouche dans quelques années sur des changements structurels non désirés.

"Nous ne critiquons pas la politique actuelle de la BNS, nous nous posons la question des conséquences d'une telle politique accommodante sur le long terme", s'est inquiété vendredi Urs Müller, président de l'Union suisse des banques cantonales (USBC), lors d'une conférence de presse à Zurich. Pour la faîtière, les taux négatifs n'ont pas réussi totalement à enrayer la spirale du franc fort.

Si, pour les banques cantonales, les taux négatifs ne représentent pas un gros problème à l'heure actuelle, ils pourraient le devenir sur la durée, a indiqué le conférencier.

Au moment d'analyser les mesures prises par l'institut d'émission le 15 janvier, M. Müller s'est montré très réservé. "Avec une croissance du PIB sous 1% et une inflation stable ou même négative, on ne peut pas vraiment parler de succès", a-t-il affirmé. Le président de l'USBC a cependant reconnu que, sans les taux négatifs, la conjoncture se porterait plus mal et le renchérissement s'infléchirait davantage.

Le grand public profite peu

La situation des taux d'intérêts s'avère plus "difficile", à en croire Urs Müller. Sur le front des investissements, en particulier dans la construction, un net fléchissement a été constaté en 2015. De plus, les taux d'intérêts qui concernent le grand public, à l'exemple des taux d'épargne, ont peu baissé depuis un an, a argué le président de la faîtière.

Les taux hypothécaires ont même accusé une légère hausse sur douze mois, malgré une contraction des taux directeurs. Pour l'association, cela constitue une preuve de l'inefficacité des mesures de la BNS dans ce domaine. Pour M. Müller, le risque de "trappe à liquidité" - c'est-à-dire l'incapacité d'une banque centrale à stimuler l'activité économique - existe bel et bien.

L'association a également mis le doigt sur les effets secondaires induits par la politique de la BNS, notamment une décharge des budgets publics par des refinancements avantageux. A ce titre, les collectivités publiques profitent le plus de cette mesure.

La crainte la plus lourde pèse sur la prévoyance vieillesse, les caisses de pensions devant désormais procéder à des placements plus risqués pour générer du rendement. Par ailleurs, l'inflation ne concerne actuellement pas les marchandises mais les marchés financiers. Tous ces facteurs sont des catalyseurs d'une éventuelle bulle financière et, en cas d'éclatement de celle-ci, d'une nouvelle crise immobilière, a averti M. Müller.

La structure même de l'économie suisse pourrait être modifiée sous l'effet d'une exposition durable aux taux négatifs, a résumé le président de l'USBC. "Cela n'irait pas dans le sens des mesures prises par la BNS".

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