Bilan

Les banques américaines ne dealent pas avec le cannabis

L'autorisation du cannabis dans plusieurs états américains se heurte à la frilosité des banques, soucieuses de ne pas se mettre hors-la-loi vis-à-vis des textes fédéraux sur les stupéfiants.
  • Depuis le 1er janvier, les amateurs de cannabis peuvent s'en procurer légalement à des fins récréatives dans les états de Washington et du Colorado.

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  • L'usage du cannabis à des fins thérapeutiques était déjà autorisé dans 19 autres états des USA.

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  • Dans les coffee shops de Denver (ici) ou Seattle, les gérants ont immédiatement trouvé une clientèle importante pour la marijuana.

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  • En fin de journée, les gérants des coffee shops se retrouvent avec d'importantes sommes en cash à mettre à l'abri.

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  • Le procureur général James Cole avait rappelé voici quelques mois les risques encourrus par les banques faisant affaire en lien avec les stupéfiants, que ceux-ci soient légaux ou non dans les différents états des USA.

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A Seattle et à Denver, mais aussi dans toutes les villes des états de Washington et du Colorado, de nouvelles enseignes ont fleuri depuis deux semaines: suite au vote des électeurs voici quelques mois, ces deux états ont été les premiers à autoriser le cannabis à des fins récréatives (19 autres autorisent son usage thérapeutique). En quelques jours, de nombreux coffee shops ont ouvert, accueillant un grand nombre de clients. Or ce succès pose un problème de sécurité.

En effet, le chiffre d'affaires et tout le cash de ces commerces est stocké dans des coffres-forts privés, hors du circuit traditionnel des banques. La raison? Les établissement bancaires sont soumis à la loi fédérale qui, elle, n'a pas évolué et continue de proscrire l'usage des stupéfiants, cannabis inclus. Impossible donc pour les gestionnaires des coffee shops de déposer leur recette du jour sur un compte, de réaliser leurs achats par virement ou via une carte bancaire. C'est donc une économie balbutiante mais déjà florissante (5 millions de dollars en deux semaines à Denver) qui ne dispose pas des canaux de financement traditionnels.

Coffres-forts, hommes armés et mallettes de cash

Pour protéger leurs gains, ceux-ci adoptent diverses stratégies alternatives: coffres-forts dans les coffee shops, transport des fonds avec des hommes armés vers des lieux plus discrets, voire des établissements qui «font sortir trois employés avec trois mallettes noires (dont une seule contient l'argent) en même temps» afin de brouiller les pistes pour d'éventuels voleurs, selon le témoignage de Charlie Brown, membre du conseil communal de Denver. Mais ces solutions semblent difficilement envisageables sur le long terme et posent aussi d'autres questions (investissements conséquents, besoins de prêts bancaires, versement des salaires, traçabilité de l'argent,...).

Le problème n'est pas nouveau aux Etats-Unis: les 19 états ayant autorisé l'usage thérapeutiques du cannabis doivent faire face aux mêmes difficultés. Ainsi, en 2011, American Express avait annoncé la fin de sa coopération avec les services actifs dans le domaine du cannabis. Le procureur général James Cole avait envoyé aux établissements bancaires une circulaire rappelant les peines prévues pour toute participation, directe ou indirecte, au commerce des stupéfiants selon le droit fédéral.

Alertée, l'administration Obama a promis de se pencher sur ce problème de plus en plus crucial de conflit juridique: aussi longtemps que seuls des patients avaient accès à la marijuana, les sommes engagées restaient marginales; avec l'ouverture des usages récréatifs, le poids du secteur devrait exploser.

Un groupe de juristes et élus du Colorado a récemment demandé un changement dans la législation fédérale afin que leur batterie réglementaire ne soit plus en conflit direct avec les textes fédéraux, comme l'a rapporté récemment le Washington Post. Un changement législatif qui risque de prendre quelques mois avant d'être étudié, voté puis d'entrer en vigueur. D'ici là, les gérants de coffee shops devront continuer à brasser les billets.

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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