Bilan

«Les seniors sont la 3e économie mondiale»

En forte croissance, le marché des plus de 65 ans, consommateurs aisés et peu sensibles aux crises, représente une opportunité d’investissement solide, même en fin de cycle.

Aux Etats-Unis, le pouvoir d’achat des plus de 65 ans a augmenté de 75% en trente ans.

Crédits: Troy Aossey/getty images

Le monde n’est plus en phase de boom de croissance, il est même en fin de cycle économique. Dès lors, les investisseurs sont en quête d’opportunités dans des secteurs en croissance pouvant traverser les crises avec une relative résilience. L’un des megatrends qui émergent est celui de la «silver economy», soit le marché des retraités aisés. «Dans une économie mondiale qui a de la peine à croître, la population retraitée des pays développés affiche une croissance jusqu’à trois fois supérieure à celle des jeunes actifs», souligne Meret Gaugler, responsable du fonds thématique Golden Age de Lombard Odier, un véhicule de placement axé sur les entreprises dont l’activité bénéficie du vieillissement de la population. 

La «silver economy», c’est 15 000 milliards de dollars de pouvoir d’achat cumulé annuels. Ce qui, selon la gestionnaire de fonds, en ferait la troisième plus grande économie après l’Amérique et la Chine. «Pour la première fois, poursuit le gérante, il y a davantage de personnes de plus de 65 ans que d’enfants de moins de 5 ans dans le monde.» Aux Etats-Unis, depuis 2010, quelque 10 000 baby boomers partent à la retraite chaque jour, et cette tendance se poursuivra jusqu’en 2030. «En observant ce phénomène du point de vue d’une entreprise, ce sont  10 000 nouveaux clients potentiels pour une croisière de trois mois, ou pour acheter un produit d’assurance maladie complétant les prestations étatiques aux Etats-Unis, observe Meret Gaugler. En ciblant cette clientèle, les sociétés retrouvent un  marché en croissance.»

Les baby boomers, c’est en effet une génération deux fois plus nombreuse, dans le monde occidental, que celle qui l’a précédée et celle qui lui a succédé. Aux Etats-Unis, les plus de 55 ans dépensent presque 3 fois plus que les millennials. Leur force de frappe en termes de consommation est incomparable par rapport aux jeunes générations. D’autant que sur trente ans, l’écart s’est creusé entre les tranches d’âge. Pour un ménage entre 33 et 44 ans, le pouvoir d’achat a baissé de moitié en trois décennies, tandis que le pouvoir d’achat des plus de 65 ans a augmenté de 75% sur la même période, indique Meret Gaugler.

Par temps de récession aussi

L’impact de cette génération s’observe sur les économies développées à différents niveaux: par exemple, dans la faible inflation des salaires dans beaucoup de pays, alors même que le chômage est très bas. Cela s’explique par le fait que, pour chaque personne à salaire moyen qui vient intégrer le monde du travail, deux personnes à salaire élevé le quittent. «Ce fait explique en partie que le salaire moyen a de la peine à augmenter», résume la gérante de Lombard Odier.

Cette silver economy est celle d’une génération qui a donc tout à la fois bénéficié de booms économiques, parfois d’héritages et de rendements durant les années 1980-1990 historiquement supérieurs, dans toutes les classes d’actifs, à ceux d’aujourd’hui. «Ainsi, les investisseurs qui ont saisi les opportunités du boom économique il y a trente ans ont bénéficié de conditions plus favorables que celles de nos jours», constate Meret Gaugler.

Le vieillissement est, à n’en pas douter, une thématique d’investissement qui va rester porteuse ces prochaines années, affichant de la croissance lors des hauts comme des bas de cycle, assure Meret Gaugler. Pourquoi? Parce qu’il s’agit d’une génération de consommateurs qui n’ont pas peur de perdre un emploi, qui ont leur mot à dire sur le plan politique, qui jouissent de pensions souvent généreuses, ce qui leur permet de continuer à dépenser même dans des phases plus incertaines et de baisse de croissance. «Par temps de récession, une part conséquente des retraités poursuivent leurs dépenses, et ils consomment de manière soutenue lors des phases de croissance, explique la gérante de fonds. A l’inverse, une jeune famille avec une hypothèque et deux ou trois enfants sera moins encline à investir dans le marché actions.» 

Pharma, assurance, immobilier... 

Pourtant, une part très faible du budget publicitaire des entreprises cible à ce jour la silver economy. Les entreprises n’en sont qu’aux débuts de leurs expériences dans ce segment. Certaines commencent à s’adapter. L’Oréal, par exemple, utilise l’image de l’actrice Jane Fonda (82 ans) pour promouvoir des crèmes auprès de cette clientèle.

Parmi les valeurs qui peuvent offrir à l’investisseur une exposition à la silver economy, Meret Gaugler évoque de grands noms de la pharma (Roche, Pfizer), mais aussi les assureurs (UnitedHealth, Anthem), les techniques médicales (Abbott, Novo Nordisk), ou encore des groupes comme Nestlé qui possède notamment les marques Nespresso et Purina (nourriture haut de gamme pour animaux de compagnie). 

La gérante de Lombard Odier observe en outre que le marché immobilier américain était porté par les retraités ces dernières années, qui ont souvent vendu leur maison pour déménager non pas dans des maisons plus petites sans escaliers, mais dans des maisons plus neuves, en bord de mer. 

Cliniques, maisons de retraite, et secteur du luxe (LVMH) présentent aussi de belles opportunités pour saisir cette croissance. 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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