Bilan

Les obligations vertes à l’assaut du monde

La crise provoquée par la pandémie favorise l’émission d’obligations vertes tandis que le développement durable gagne du terrain. Il est temps de changer de paradigme. Par Sacha Bernasconi*

La technologie fait émerger de nouveaux domaines de croissance économique.

Crédits: Nazrin V-VA/Unsplash

La catastrophe du Covid-19 aura au moins eu le mérite de sonner comme un rappel à l’ordre salutaire. Elle donne en effet à réfléchir sur l’avenir et sur les conséquences économiques et sociales désastreuses du changement climatique. Les investisseurs responsables sont appelés à tenir compte de ce présage pour l’avenir et à redoubler d’efforts pour faire évoluer les choses. Il est temps de changer de paradigme.

A l’instar du Covid-19, le changement climatique aura un coût. Déjà en 2006, le rapport Stern estimait le coût du changement climatique à pas moins de 5% du PIB par an à compter de cette date. Dans une enquête plus récente menée en 2017, les économistes prévoyaient que le PIB mondial serait amputé de l’ordre de 2 à 10%. Le gouvernement américain tablait, quant à lui, sur une perte pouvant atteindre jusqu’à 10% du PIB.

Impossible de se le permettre. Un ralentissement prolongé d’une telle ampleur plongerait l’économie mondiale dans une crise financière du même ordre que celle qu’a connue la Grèce, mais pour les trente prochaines années. Il est impératif d’agir et les obligations vertes peuvent contribuer à bâtir un monde plus durable. Si ces titres ne représentent encore qu’une petite fraction du marché obligataire mondial, le secteur devrait toutefois tirer parti de la crise actuelle, après des émissions records en 2019
et un premier trimestre 2020 solide.

Bien que la crise sanitaire risque de peser sur le volume des nouvelles émissions, la dynamique du marché pourrait en revanche en sortir renforcée. A vrai dire, l’épidémie de coronavirus a favorisé une prise de conscience collective plus profonde des enjeux tels que le changement climatique et la pollution plastique. Pour relever ces grands défis, il sera nécessaire de trouver des solutions innovantes, d’où la nécessité des investissements responsables. Qui plus est, les initiatives vertes et un cadre réglementaire adapté continueront de favoriser ce type d’émissions.

Les obligations vertes ne sont pas les seuls outils permettant d’investir dans des projets durables. Cependant, ces titres présentent certains avantages non négligeables. Le marché n’a pas été créé sous la pression réglementaire, mais en réponse aux convictions profondes des émetteurs. Les émissions d’obligations vertes ont ensuite rapidement augmenté. Elles comptent aujourd’hui pour 4% des obligations émises chaque année, soit près de 300 milliards de dollars. Leur impact est en outre mesurable et transparent. En effet, chaque émetteur doit déclarer une fois par an les répercussions de chacune de ses obligations vertes.

Favoriser les projets à visée écologique et sociale

Les Etats-Unis restent les principaux émetteurs d’obligations vertes, avec 20% des volumes émis en 2019, soit 51 milliards de dollars. Ils sont suivis par la Chine et la France, qui regroupent chacune 12% des émissions mondiales. Le nombre d’émetteurs à l’échelle mondiale a, pour sa part, grimpé de 46% pour atteindre 506 émetteurs.

Dans une perspective «bottom-up», on constate également que des entreprises intéressantes ont rejoint le marché des obligations vertes en 2019. Des acteurs tournés vers l’avenir comme PepsiCo ont mis en place des pratiques conformes aux dispositions de l’accord de Paris, quitte à s’inscrire en contradiction avec la politique nationale des Etats-Unis.

Les entreprises devraient donc être de plus en plus nombreuses à mettre à profit les marchés d’obligations Investment Grade américains et européens et à émettre de la dette pour financer des projets à visée écologique et sociale, tandis que le Covid-19 continue à mettre en lumière les effets potentiels du changement climatique.

Même les climatosceptiques ne peuvent nier le bien-fondé du développement durable. Des technologies abordables permettant de nettoyer les océans et de réduire la consommation de plastique existent déjà et feront émerger de nouveaux domaines de la croissance économique. Rien ne justifie de remettre ces changements à plus tard. Et les obligations vertes font partie intégrante de cette transformation.

* Gérant de portefeuille du fonds SYZ Green Bonds

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