Bilan

«Les entrepreneurs, meilleurs banquiers des entrepreneurs»

Pour Selman Bicaco-Urrutia, directeur de la Banque CIC à Genève, la Suisse pourrait voir une concurrence accrue de Londres dans la gestion de fortune.

Selman Bicaco-Urrutia, directeur du site de CIC à Genève.

Crédits: Pablo Wunsch Blanco

La banque CIC , dont le siège suisse est à Bâle , ambitionne de continuer à grandir en Suisse. Ayant connu une croissance de 20% par an depuis cinq ans, elle emploie à ce jour environ 370 collaborateurs. Pour Selman Bicaco-Urrutia, directeur du site CIC à Genève, «les banques actives auprès de la clientèle domestique doivent se différen- cier par les services qu’elles offrent». Car il règne une vive concurrence. «Celles qui sont parties de Suisse romande, et notam- ment les nombreuses succursales de banques étrangères, sont celles qui dépen- daient de l’offshore», poursuit le respon- sable. Né à Genève, Selman Bicaco-Urrutia a travaillé à Credit Suisse puis chez Merrill Lynch à Londres avant de reprendre il y a presque trois ans la direction genevoise de la Banque CIC, où il a débuté comme gérant de fortune. Il est titulaire d’un MBA de l’IESE business school, classée meil- leure école de commerce en Europe en 2018 par The Economist.

«CIC est avant tout une banque qui couvre avec toute flexibilité les besoins multiples des entrepreneurs, s’étendant à l’ensemble de leurs besoins commerciaux», résume-t-il. Elle les aide à financer leur entreprise, les conseille en fusions et acquisitions, sur leur caisse de pension, fournit des crédits et hypothèques, du factoring et du private equity. Si les deux grandes banques suisses occupent déjà le terrain du corporate finance, Selman Bicaco-Urrutia relève que la clientèle d’entrepreneurs de la Banque CIC apprécie le service personnalisé et l’intérêt que la banque porte aussi aux montants plus modestes qui n’intéressent pas les grandes banques de Londres et de Zurich. Le Genevois joue la proximité: «Même si le secteur de l’onshore suisse est très concurrentiel, cela reste un business de personnes. La disponibilité et la flexi- bilité restent des facteurs très importants pour nos clients. Rien de mieux que des entrepreneurs pour aller démarcher des entrepreneurs», estime-t-il.

Privilégier les actions «value»

Pour Selman Bicaco-Urrutia, les atouts de la place bancaire genevoise se résument au service, couplé avec l’innovation. «La fintech sera un levier qu’il faudra utiliser très rapidement . Nombre de banques y demeurent réfractaires, mais nous avons un professionnalisme et une connaissance qu’il s’agit d’associer avec le service et l’innovation.» Parmi les risques pour la place, il estime que le Brexit peut réserver de nouvelles formes de concurrence: «Londres pourrait aussi se tourner vers la gestion de fortune. Ils ont une expertise importante, ce qui pourrait être un risque pour la masse totale que gère la Suisse pour des régions comme le Moyen-Orient ou l’Asie».

Quant aux perspectives des marchés financiers, le banquier juge que les performances vont beaucoup dépendre des actions de la Fed. «Brexit, conflit commercial Chine-USA, tous ces aspects ne préoccupent pas réellement les marchés, bien qu’ils provoquent une certaine volatilité. Mais si la Fed conti- nue à augmenter les taux, au-delà

de la croissance potentielle américaine, alors la probabilité d’avoir une correc- tion importante, en particulier sur les actifs les plus vulnérables, s’accroît clairement.» Il préconise de privilégier les actions «value» et non plus les actions «growth», qui ont beaucoup surperformé ces dernières années. En général, il prône une réduc- tion de la part des actions au profit d’une allocation plus défensive, mais conseille surtout de bien diversifier les avoirs sur des investissements compréhensibles et non corrélés aux investissements traditionnels.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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