Bilan

Les enchères à portée de clics explosent

Les vacations en ligne ont démocratisé l’accès aux enchères, stimulant la compétition entre les acheteurs. Les prix moyens prennent l’ascenseur.

L’application mobile de Genève Enchères: «Les clients sont avertis lorsque quelqu’un surenchérit», explique le cofondateur Olivier Fichot.

Crédits: David Huc

Depuis que les maisons de vente ont déplacé leurs vacations en ligne, il n’a jamais été aussi facile d’enchérir. Sur l’application mobile de Genève Enchères, un compte peut être créé en quelques clics. Vérifié par l’envoi d’une pièce d’identité, le nôtre fut activé en une après-midi. «Je vous rappelle que notre échue (part du paiement en avance, ndlr) est de 24,77%», précisait le mail de confirmation parvenu de Bertrand de Marignac, un des trois cofondateurs de Genève Enchères. Une maison de vente genevoise, fondée il y a quelques années par deux anciens de chez Piguet.

Nous voilà fin prêts pour enchérir pour l’une des six catégories ouvertes jusqu’au 20 septembre. Bijoux, montres, mobilier, arts asiatiques, tableaux ou porcelaine, les lots sont proposés avec des estimations on ne peut plus attractives. Il est alors facile de se perdre parmi les centaines de lots offerts à l’encan, défilant devant nos yeux simplement en scrollant l’écran avec son pouce. Un bracelet Bulgari à 170 francs? Une boîte à musique Reuge pour 100? Et pourquoi pas un sac à main Hermès à 500 francs? En un seul clic, ils pourraient être à nous. Et c’est justement cette facilité d’accès qui séduit toujours plus d’acheteurs. En 2020, Koller affichait une progression du nombre de ses clients de 17%, Sotheby’s de 27%, et Christie’s grimpait jusqu’à 36%. Quant à Genève Enchères, le nombre d’enchérisseurs inscrits par vente a tout simplement doublé en deux ans.

Des objets de plus petite valeur

Ce qui entraîne des répercussions immédiates sur le prix d’adjudication moyen. Entre 2019 et 2020, ce dernier a crû de 44% chez Genève Enchères. Une tendance similaire est observée chez Sotheby’s, dont le prix moyen par lot a grimpé de 30%, la quantité d’objets se vendant au-dessus de l’estimation est passée de 53 à 63%, alors que le nombre d’enchérisseurs par lot a doublé. Enfin chez Christie’s, le prix moyen par objet a doublé entre 2020 et 2021.

«Avant de faire des ventes en ligne, nous proposions ces objets de petite valeur dans les ventes silencieuses. Pour enchérir, il fallait déposer un ordre d’achat écrit, puis attendre la fin de la vente pour voir si on avait remporté le lot. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus ludique car les clients sont avertis lorsque quelqu’un surenchérit», explique Olivier Fichot, cofondateur de Genève Enchères.

Bernard Piguet, Hôtel des Ventes. (Florian Cella)

Et cela marche! Dans sa vente de septembre, certains lots ont pris l’ascenseur. La preuve avec ce sac Chanel, estimé entre 400 et 600 francs, adjugé pour 3300 francs. «Internet offre une connectivité immédiate. Il y a une compétition qui s’installe entre les acheteurs car ils sont avertis lorsque quelqu’un place un ordre supérieur. Ils peuvent réagir sur un coup de tête de façon quasi instantanée», analyse Bernard Piguet, à la tête de l’Hôtel des Ventes, à Genève, dont 90% des lots sont désormais écoulés en ligne, contre seulement un tiers il y a trois ans.

Personne dans la salle

Une instantanéité et une facilité d’accès qui font monter les enchères. «Il est facile de se prendre au jeu, analyse Karl Green de chez Koller. On peut enchérir à tout moment et à n’importe quel endroit pendant une certaine période. Pour beaucoup de nos clients, les ventes en ligne ont été une expérience tellement positive qu’ils sont devenus adeptes de cette façon d’acheter.» En mars dernier, la maison zurichoise organisait ainsi sa première vente en salle sans public, donnant la possibilité d’enchérir par téléphone, sur internet ou en laissant des ordres d’achat écrits. Chose «inimaginable» il y a encore un an.

L’appétence du public pour des objets de petite valeur a également eu pour conséquence de remettre au goût du jour des catégories tombées en désuétude comme le mobilier ancien, la porcelaine ou les tapis d’Orient. «Je pense que ces objets se vendent mieux également parce que les gens n’ont pas l’impression de dépenser de l’argent sur l’application», ajoute Olivier Fichot, pour qui l’online est devenu un argument de vente pour des lots au-dessous de 500 francs. «Dès qu’on a vu que la vente silencieuse en ligne marchait du tonnerre, on a élargi notre sélection. Nous acceptons désormais des pièces qu’on n’aurait jamais consignées avant», ajoute-t-il. En avril, 87% des 2226 lots ont ainsi trouvé preneur, ce qui représente un chiffre d’affaires de 750 000 francs. Soit 20% de la valeur totale de ses ventes d’avril! Un montant loin d’être négligeable.

La tendance devrait se poursuivre car toujours plus de gens s’intéressent aux enchères. Tenue en salle, mais diffusée en direct sur le web, la vente d’art moderne de Sotheby’s, le 18 avril à Hongkong, fut suivie par pas moins de 2,4 millions d’internautes. Une audience que l’entité n’aurait jamais pu atteindre avec une vente à la criée classique. «Internet démocratise l’accès aux enchères. Il y a des gens qui n’auraient jamais franchi le pas d’une maison de vente. Ils apprécient cet accès dématérialisé et discret qu’offre le web, pointe Caroline Lang, présidente de Sotheby’s Suisse. Ce sont des enchérisseurs potentiels, ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ne passent à l’achat.»

Machalova Andrea NB
Andrea Machalova

Rédactrice en chef adjointe & responsable de Bilan Luxe

Lui écrire

Journaliste expérimentée dans l'industrie du luxe, Andrea est diplômée de la faculté de traduction et d'interprétation de l'Université de Genève et titulaire d'un master en sciences de la communication des médias et du journalisme de l'UNIGE. Après des expériences de community management et de journalisme dans plusieurs médias culturels et féministes, elle intègre la Tribune des Arts en 2016. Spécialisée dans les domaines arts, enchères, horlogerie, joaillerie et luxe, elle a rejoint la rédaction de Bilan à l'automne 2021.

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