Bilan

Les défis constitutionnels européens pèsent sur l’euro/franc suisse

Le revers institutionnel européen augmente la prime de risque liée à l’euro. Il convient d’ajuster à la baisse le taux de change pour la paire de devises EUR/CHF. Par Vasileios Gkionakis

Devises Jusqu’à présent, il semblait hautement probable que le taux de change euro/franc suisse resterait stable à court terme, reflétant la poursuite par la Banque nationale suisse (BNS) de ses interventions sur le marché des changes, puis connaîtrait, dans la deuxième moitié de l’année, une très légère appréciation soutenue par le redressement économique de la zone euro.

Mais les risques ont ressurgi dans la zone euro. Le 5 mai, la Cour constitutionnelle fédérale allemande a rendu une décision plutôt mitigée sur le programme d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne (BCE) concernant le programme d’achat d’actifs du secteur public de cette dernière et lui octroyant trois mois pour réagir afin de régler la situation. Ce verdict n’est pas favorable à l’euro, car il sape la confiance déjà fragile des investisseurs concernant le projet de la zone euro, la cohésion de cette zone et l’Etat de droit dans l’Union européenne.

Ces risques institutionnels renforcent le statut de devise refuge du franc suisse. Certes, ce dernier a perdu ces dernières années une grande partie de son statut de valeur refuge mondiale. Depuis que la BNS a abandonné le taux plancher qui liait la monnaie commune et la devise helvétique et réduit le taux d’intérêt à -0,75% en 2015, la corrélation de la performance mensuelle de l’EUR/CHF avec les actions mondiales s’est élevée à seulement 0,08 – soit pratiquement zéro. A l’inverse, le taux de change EUR/CHF a constitué un bien meilleur indicateur des risques spécifiques à la zone euro – et un bien meilleur refuge.

La corrélation de la performance mensuelle de l’EUR/CHF avec les fluctuations du spread de taux entre l’Italie et l’Allemagne atteint désormais un niveau bien plus significatif de -0,42, ce qui implique que le creusement des spreads est associé à une pression à la baisse sur l’EUR/CHF. Par conséquent, les risques institutionnels qui menacent la zone euro devraient continuer à soutenir la demande de francs suisses, exerçant une pression forte sur l’EUR/CHF.

Qui plus est, dans le sillage des programmes d’achat d’actifs lancés par la Réserve fédérale américaine et la BCE en réponse à la pandémie, les taux réels ont baissé des deux côtés de l’Atlantique, réduisant les écarts de taux réels avec la Suisse. Cela pourrait apporter un soutien supplémentaire au franc suisse.

Cela étant, il faut s’attendre à ce que la BNS continue de s’opposer à la tendance en recourant à des interventions importantes sur le marché des changes. Même si nous soupçonnons les récentes publications de données sur les dépôts à vue d’exagérer le montant des interventions actives (étant donné qu’elles incluent des montants directement liés aux mesures d’assouplissement prises par la BNS en raison du Covid-19), nous pensons que la Banque centrale est intervenue sur le marché des changes et qu’elle continuera à le faire pour empêcher une appréciation sensible du franc suisse.

Au regard de ces éléments, nous prévoyons une évolution sans direction affirmée de la paire EUR/CHF à 1,05 d’ici à la fin de l’année.

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