Bilan

Les CEO aussi influencent les cours

Une mauvaise équipe dirigeante pèse sur les performances de l’action. Avant d’investir, il est donc conseillé de s’intéresser de près au patron du groupe ciblé et d’évaluer ses compétences.

  • L’action Tesla a souvent été pénalisée par les frasques de son patron, Elon Musk.

    Crédits: Qilai Shen/Bloomberg/Getty Images
  • Jack Welch, exemple de stabilité: vingt ans aux commandes de General Electric.

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  • Thierry Bolloré, ex-directeur de Renault, avait dénoncé des dysfonctionnements.

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Quelle relation existe-t-il entre le cours d’une action et la qualité des dirigeants de l’entreprise? «L’actionnaire mesure la performance d’un investissement en fonction des dividendes et de l’évolution des cours, note Benjamin Graham, auteur du livre culte L’investisseur intelligent (Valor Editions). Les mêmes critères devraient logiquement être utilisés pour juger de la performance des dirigeants de l’entreprise et de leur comportement à l’égard des actionnaires.»

Il ajoute qu’il n’existe à ce jour aucune méthode fiable pour mesurer la valeur des dirigeants, qui ne cessent d’affirmer qu’ils n’ont aucune responsabilité sur les cours de bourse. Ces déclarations sont cependant contredites par une étude.

Fiona Lee, Christopher Peterson et Larissa Tiedens ont analysé les rapports annuels de 14 entreprises sur une période de vingt ans. Lorsqu’un groupe traverse une mauvaise passe financière, ses dirigeants ont deux options: assumer cette contre-performance ou se défausser sur l’environnement. L’examen détaillé des lettres aux actionnaires a permis d’identifier la stratégie utilisée par les dirigeants et son influence sur la capitalisation boursière des entreprises. «Les résultats de l’étude montrent que le cours de bourse des entreprises dont les dirigeants assument la contre-performance augmente de 14 à 19% par rapport à celui des entreprises dont les dirigeants refusent de le faire en invoquant des éléments comme «un cours du dollar particulièrement faible» ou «un des pires hivers que nous avons connu», analyse Jérôme Barthélémy, auteur de Libérer la compétitivité (Ed. Pearson).

Enquêtez sur les dirigeants

Comment expliquer ce résultat? «Les dirigeants qui prennent leurs responsabilités envoient un signal au marché. Ils lui indiquent qu’ils sont conscients de la situation et qu’ils feront tout pour l’améliorer.» Ceux qui se défaussent sur la conjoncture donnent, à l’inverse, le sentiment d’être dépassés par les événements. Les marchés ont alors tendance à les sanctionner. En termes simples, les patrons ont intérêt à assumer leurs échecs. «Ils peuvent se défausser sur l’environnement, mais les marchés ne sont pas dupes...», poursuit Jérôme Barthélémy.

Ainsi, s’il n’existe aucune méthode infaillible pour mettre une action à l’abri de tout risque de baisse, l’actionnaire averti peut limiter les dégâts en s’intéressant de près à la personnalité des dirigeants des entreprises dont il achète les titres. Pour s’en convaincre, il suffit d’analyser l’action Tesla, pénalisée à de nombreuses reprises par les frasques d’Elon Musk. «Un cours de bourse élevé est à mettre au crédit de bons dirigeants. Un cours médiocre est imputable à de mauvais dirigeants», résume Benjamin Graham. Dans un autre style, son disciple Warren Buffett assure qu’«il est possible de faire une mauvaise affaire avec un dirigeant estimable, mais il est impossible d’en réaliser une bonne avec un mauvais dirigeant», raison pour laquelle il recommande d’étudier de près la direction des entreprises.

De bonnes pratiques de gouvernance

En pratique, comment cela se passe-t-il? «Demandez-vous si les relations entre les membres du comité de direction sont harmonieuses», conseille Philip Fisher, l’un des investisseurs les plus influents de tous les temps. Dans son best-seller Actions ordinaires et profits extraordinaires, il explique l’importance d’une bonne atmosphère de travail entre les cadres dirigeants d’une entreprise. Pour s’assurer de l’intégrité de ces derniers, Philip Fisher menait des recherches très approfondies. Sa technique de choix? Un outil d’apparence simple, qu’il aimait appeler les «rumeurs de la machine à café». Autrement dit, il exploitait avec flair son réseau de contacts pour dénicher de précieuses informations sur les sociétés.

A cet égard, la crise Renault-Nissan offre un exemple intéressant. En effet, bien avant l’arrestation choc de Carlos Ghosn pour malversations financières, le groupe était fragilisé par de nombreux dysfonctionnements internes relationnels. Dans un courrier explosif, l’ex-directeur du groupe Renault, Thierry Bolloré, dépeint un management où règnent la suspicion, la délation, la rétention d’informations entre la direction du groupe et les administrateurs, mais aussi entre les administrateurs eux-mêmes.

Loyauté et stabilité

Autre point important: un faible taux de turnover reflète une bonne politique au niveau des ressources humaines et du management et indique un climat social sain, assure Warren Buffett. Sans surprise, «l’oracle d’Omaha» investit dans des entreprises dotées d’équipes dirigeantes stables et loyales. General Electric est le cas d’école par excellence. L’ancien président du groupe Jack Welch est resté vingt ans aux commandes, de 1981 à 2001, avant de prendre sa retraite.

Enfin, l’actionnaire doit garder à l’esprit cette vérité simple, souvent oubliée: en achetant une action, il devient le propriétaire d’une entreprise. «Toute l’équipe dirigeante, jusqu’au directeur général, travaille donc pour lui, relève Benjamin Graham. Il doit exiger des explications claires et satisfaisantes quand les résultats sont moins bons qu’attendus. La trésorerie de l’entreprise lui appartient. Les activités de l’entreprise sont les siennes. S’il n’est pas d’accord avec la gestion de sa société, il peut exiger que les dirigeants soient démis de leur fonction, que les administrateurs soient renvoyés ou que les actifs soient liquidés.» Et de conclure: «Les actionnaires doivent se réveiller!»

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Amanda Castillo

Journaliste

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Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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