Bilan

L’éclatement de l’alliance OPEP+ change la donne

La fin du partenariat entre la Russie et l’Arabie saoudite va modifier la structure du marché, confronté actuellement à deux chocs baissiers très incertains sur les plans de l’offre et de la demande.

Energie Les cours du pétrole se sont effondrés lundi 9 mars, accusant une baisse d’environ 30% sur la journée. Cette débâcle du marché est la conséquence de l’éclatement inattendu de l’alliance de l’OPEP+ avec la Russie après l’échec de la réunion qui s’était tenue le vendredi précédent. Le jeudi 5 mars, les membres de l’OPEP semblaient s’être accordés sur de nouvelles réductions de production pour atténuer l’impact négatif à court terme de l’épidémie de Covid-19 sur la demande de pétrole (graphique 1). Autant dire que l’échec de la réunion de l’OPEP+, à savoir l’absence d’accord entre la Russie et les membres de l’OPEP, a été une grande surprise. Les autorités saoudiennes ont riposté durant le week-end en offrant à leurs clients européens et asiatiques une réduction importante sur leurs prix de vente officiels (OSP) pour le mois d’avril, déclenchant une guerre des prix entre producteurs de pétrole.

La fin du partenariat entre la Russie et l’Arabie saoudite change donc la donne pour la structure du marché. Ce changement nous fait renouer avec un schéma de fonctionnement plus traditionnel, dans lequel les producteurs à bas coût s’appuient sur leurs capacités inutilisées pour augmenter l’offre, obligeant les producteurs aux coûts plus élevés à réduire leur production. Compte tenu de leurs capacités de production, les Saoudiens semblent bien placés pour tirer parti de cette nouvelle donne (voir graphique 2). Bien que nous ne puissions exclure un accord de l’OPEP+ dans les prochains mois, la juste valeur du cours du pétrole, dans ce nouveau contexte, devrait s’approcher du coût marginal de production de l’industrie pétrolière, estimé à environ 40 dollars le baril. L’histoire montre que les épisodes de suroffre importante sur le marché pétrolier entraînent une forte baisse des prix du pétrole, de l’ordre de 20 à 40% selon le contexte de la demande (voir graphique 3).

Le marché du pétrole est aujourd’hui confronté à deux chocs baissiers très incertains sur les plans de l’offre et de la demande. Quand bien même la demande devrait réaccélérer au second semestre, nous ne serions pas surpris de voir les prix évoluer autour de 30 dollars le baril dans les mois à venir, avec le risque évident d’un niveau encore inférieur si les nouvelles sur le front du coronavirus ne s’améliorent pas.

D’un point de vue fondamental et en fonction du niveau des stocks constitués, il faudra peut-être plusieurs trimestres ou années pour assainir le marché. Ensuite, d’un point de vue géopolitique, si l’une des motivations de la Russie dans cette guerre des prix est de nuire au secteur américain du schiste, il serait logique de maintenir les prix juste en dessous du niveau auquel ils mettront à mal la production de schiste pendant une période prolongée. Cette situation sera certes bénéfique pour les importateurs nets tels que la zone euro et la Chine mais entraînera des risques pour les pays exportateurs de pétrole qui seront contraints de réduire leurs dépenses publiques, ainsi que pour le secteur américain du schiste dont les entreprises pourraient être confrontées à un sérieux risque de défaut. Même si les points d’équilibre budgétaire de la Russie et de l’Arabie saoudite (c’est-à-dire le niveau de cours du pétrole nécessaire pour équilibrer leurs budgets) sont bien supérieurs à notre objectif de 40 dollars le baril, les deux pays ont encore une marge de manœuvre budgétaire. Il faut s’attendre à ce que les investissements dans des projets à long terme soient reportés ou annulés dans ce nouvel environnement des cours pétroliers. Sophie Chardon

Analyste senior cross-asset, Banque Lombard Odier & Cie

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