Bilan

Le yuan ne peut pas continuer sa chute

La croissance de l’économie chinoise ralentit mais reste forte cette année. Il semble que la paire dollar américain-renminbi ne sera pas ou peu dévaluée durablement cette année.

Le taux de change actuel devrait rester stable.

Crédits: Tom Merton/Getty images

Début 2016, des gestionnaires de fonds spéculatifs influents déclaraient en chœur que la dépréciation du yuan allait se poursuivre. Les médias internationaux et les traders amateurs sur le Forex se sont empressés de se saisir de la nouvelle, persuadés du bien-fondé de ce parti pris. Désireux de participer à un effondrement historique, les gérants de hedge funds sont devenus une source d’inspiration, affirmant que la monnaie chinoise était surévaluée et anticipant de nouvelles dépréciations.

Mais bien que la Chine ait vu ses réserves de devises étrangères de nouveau reculer de manière significative en janvier, il y a peu de signes indiquant que la fuite des capitaux mette en danger la durabilité du régime de taux de change actuellement en vigueur. La Banque centrale du pays, la Banque populaire de Chine, protège sa monnaie, sa stabilité étant devenue une priorité pour les dirigeants politiques. Chez Swissquote, nous estimons par conséquent que la paire USD-CNY ne sera pas ou peu dévaluée durablement cette année.

Une partie de la faiblesse du yuan est imputée à une détérioration de la situation économique plus rapide qu’attendue. L’économie chinoise ralentit et le monde entier l’a compris. Même les secteurs les plus importants, les plus solides et les plus florissants vont désormais croître un peu moins vite chaque année. Mais dans les faits, la croissance reste forte, attendue entre +6,3 et 6,5% cette année, et se base sur des volumes toujours plus élevés. A l’aube de la nouvelle année lunaire, les données macroéconomiques sont stables et les deux secteurs majeurs de l’économie chinoise, les biens de consommation et les services, restent sains. La politique monétaire et fiscale expansionniste engagée en 2015 devrait quant à elle porter ses fruits et faire rebondir la demande chinoise.

De notre point de vue, la baisse du yuan est plus vraisemblablement liée à la nervosité des investisseurs particuliers, qui appréhendent la volatilité du taux de change USD-CNY. Une crainte largement amplifiée par les interventions maladroites des autorités chinoises sur les marchés financiers depuis l’été. Ainsi, il est peu probable que la faiblesse des indicateurs macroéconomiques, prévue par la plupart des analystes, soit la cause première d’une sortie des capitaux.

Le gros problème (et il est récurrent) est la mauvaise communication de la Banque centrale chinoise sur sa politique de change, qui provoque une forte défiance de la part de la population chinoise et augmente les risques de nouvelles fuites de capitaux. Son gouverneur, Zhou Xiaochuan, a commencé à s’attaquer au problème. Il a affirmé que la banque «allait améliorer la fixation du taux du yuan en référence avec un panier de devises» et que le maintien de la stabilité du taux de change était son «objectif premier». 

Il faut relativiser 

De nombreux spécialistes ont interprété la chute des réserves de change, à 3,23 trillions de dollars, comme un effondrement. Pourtant, la baisse de 99 milliards de dollars en janvier était inférieure à celle de décembre et bien moindre qu’attendue. Tandis que le reflux de capitaux reste important, la banque centrale chinoise continue d’intervenir pour empêcher la dépréciation de sa monnaie.

Les statistiques sont cependant à relativiser, car si les réserves de devises étrangères diminuent, cela ne signifie pas forcément qu’elles quittent la Chine : une partie des réserves officielles est simplement transférée des comptes de la banque centrale à ceux d’autres banques qui appartiennent à l’Etat. La balance extérieure chinoise reste très solide et les réserves de change sont loin d’être épuisées. Sans la pression extérieure virtuelle des fuites de capitaux, les politiques chinois sont libres de gérer leur monnaie comme ils l’entendent et tout porte à croire qu’ils recherchent avant tout la stabilité. Etant donné l’ampleur des réserves de change, ils ne devraient pas avoir de difficulté à la maintenir.

Mais l’argument le plus solide en faveur de la stabilité de la paire USD-CNY est que l’appréciation du dollar semble être limitée cette année. La politique monétaire engagée suggère qu’un dollar excessivement fort est en effet peu probable. Il y aura sans doute une ou deux hausses des taux de la Réserve fédérale américaine, insuffisantes pour provoquer un rallye du dollar déstabilisant pour l’économie mondiale. Les gestionnaires de fonds qui ont misé sur la dépréciation du yuan auront bien du mal à tenir leurs positions. 

* Responsable des stratégies de marché, Banque Swissquote 

Peter Rosenstreich*

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