Bilan

Le scandale des Panama Papers déclenche une crise politique

Sous pression, le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson démissionne. La liste des personnes éclaboussées par les "Panama Papers" s'allonge.

Selon des documents, l'épouse du Premier ministre islandais possède une société enregistrée au Panama qui détient des créances sur des banques ayant fait faillite et qui ont dû être renflouées par l'Etat.

La liste des personnes éclaboussées par les "Panama Papers" s'allongeait mardi, jetant la lumière sur les pratiques fiscales opaques de certains hommes politiques, sportifs, entrepreneurs... Des révélations qui ont même déclenché une crise politique en Islande.

Sous la pression d'importantes manifestations et sous la menace d'une motion de censure, le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson va démissionner, a annoncé le vice-président de son parti. Selon ces documents, son épouse possède une société enregistrée au Panama qui détient des créances sur des banques ayant fait faillite et qui ont dû être renflouées par l'Etat.

C'est pour l'instant l'effet le plus marquant de ces vastes révélations du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), qui a eu accès à plus de onze millions de documents du cabinet d'avocat panaméen Mossack Fonseca.

Ce corpus met en lumière les pratiques financières et fiscales de tout un éventail de clients, du simple entrepreneur au chef d'Etat. Pour l'instant, les seules personnes ayant été emportées par les révélations ne sont pas connues du grand public, comme Gonzalo Delaveau, responsable de l'antenne chilienne de l'ONG anti-corruption Transparency.

A l'instar de son homologue islandais, le Premier ministre britannique David Cameron était aussi sous pression, mais dans des proportions moindres. Son père Ian a en effet dirigé un fonds d'investissement basé aux Bahamas dont les profits ont échappé au fisc britannique grâce à un montage via Mossack Fonseca. Le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn a demandé "une enquête indépendante".

FRONT NATIONAL

Le quotidien français Le Monde, un des participants à l'opération de l'ICIJ, a mis en cause l'entourage de Marine Le Pen, la présidente du Front National. Un de ses proches cité par le journal, Frédéric Chatillon, a protesté de la "parfaite légalité" des opérations.

Le Monde a aussi ciblé la banque française Société Générale, dans les cinq qui ont eu le plus recours à Mossack Fonseca pour créer des sociétés offshore, derrière notamment HSBC, UBS et Credit Suisse.

Créer une société offshore n'est pas en soi une pratique illicite et le PDG de Credit Suisse, Tidjane Thiam, a affirmé mardi que la banque n'approuvait que les opérations offshore "légitimes".

Certains noms font en revanche planer un nuage plus sulfureux sur les "Panama Papers". Selon le quotidien néerlandais Trouw, le négociant d'armes John Bredenkamp aurait eu "au moins 13 sociétés" via Mossack Fonseca, dont "au moins cinq" ont été visées par des sanctions internationales pour implication présumée dans la vente d'armes au Zimbabwe.

Les médias britanniques BBC et The Guardian font aussi état d'activités allant au-delà de la simple évasion fiscale, affirmant qu'une société-écran nord-coréenne utilisée pour financer le programme nucléaire de Pyongyang a figuré parmi les clients de Mossack Fonseca.

Depuis les premières révélations dimanche soir, plusieurs pays ont annoncé l'ouverture d'enquêtes. La plupart des personnes mises en cause ou leur entourage ont affirmé respecter la loi ou ont tout simplement balayé les accusations.

SILENCE EN CHINE

La diffusion des révélations ne se faisait pas partout dans le monde sans heurt. En Chine, autorités et médias passaient le tout sous silence. En Tunisie, le webzine "Inkyfada", chargé du volet tunisien des "Panama papers", a indiqué mardi avoir été victime d'une "grave attaque informatique" quelques heures après la mise en ligne de premières informations.

Face à ces tombereaux de révélations, le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans a déclaré à Varsovie qu'il fallait faire en sorte "que ce ne soient pas seulement les citoyens ordinaires qui payent leurs impôts, mais aussi ceux qui ont beaucoup d'argent, ceux qui gagnent beaucoup d'argent".

La France a elle annoncé qu'elle allait réinscrire le Panama sur sa liste des paradis fiscaux. Elle l'en avait retiré en 2012 après la signature d'une convention avec ce pays portant sur la lutte contre l'évasion fiscale.

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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