Bilan

Le risque chinois incarné par la bombe immobilière

Que cache le miracle chinois? Depuis le début de l'année, la Bourse de Shanghai réalise l'une des plus mauvaises performances de la planète. Cette défiance peut étonner à l'heure où la croissance du pays flirte allègrement avec les 10%. L'inquiétude des investisseurs provient de la crainte grandissante que n'explose une bulle immobilière en Chine. Ce phénomène fait frémir. En 2007, le krach hypothécaire américain avait mis à genou l'économie mondiale. Un pépin en Chine, l'un des principaux moteurs de la croissance, ferait alors ressurgir le fantôme de la récession.En 2009, le prix des appartements et villas des grandes villes de l'Empire du Milieu n'a cessé de grimper.

A Shanghai, où le mètre carré s'échange aujourd'hui à plus de 5000 francs, le renchérissement a dépassé 50% l'année dernière. Sur le mois de novembre uniquement, les prix ont progressé de 5,7% dans les principales villes. Appâtés par les profits rapides, les promoteurs ont lancé une myriade de nouveaux projets immobiliers. «Mais les objets construits sont inabordables pour la majorité des Chinois, s'inquiète un analyste genevois. Cela va créer des surcapacités et annonce des lendemains douloureux.» A Pékin, la valeur des appartements a parfois doublé ou triplé. «Le gonflement de la bulle est avéré et reconnu comme tel par les autorités chinoises, observeChristine Peltier, économiste chez BNP Paribas. La Chine devra manoeuvrer serré pour entretenir la croissance tout en limitant la surchauffe dans l'immobilier haut de gamme.» Inquiétant.Les signes de surchauffe se sont multipliés ces dernières semaines. Début janvier, les banques chinoises ont alloué 212 milliards de dollars de prêts en quelques jours à des entreprises et particuliers avides de crédits, soit 20% du total annuel autorisé par les autorités de régulation.

Un montant gigantesque qui a effrayé le gouvernement. Ce dernier a réagi en demandant notamment aux quatre banques d'Etats de réduire l'octroi des prêts, qui irrigue largement le marché immobilier chinois. Bref, il ne faut pas laisser le moteur s'emballer.Que la situation a évolué depuis douze mois! A l'époque, la récession sévissait dans les pays développés et la Chine lançait son plan de relance de 585 milliards de dollars, dont les effets ne se sont pas fait attendre. En 2009, les nouveaux prêts ont avoisiné 1,4 trillion de dollars en Chine. «Un montant énorme qui représente l'équivalant de 30% du PIB chinois», analyse Christine Peltier. Une manne qui a filtré vers le marché de la pierre.Un pilier de la croissanceEn vérité, la Chine s'est dopée à l'immobilier l'année dernière. Son éclatante santé économique ne s'explique pas uniquement par le lancement de grands projets d'infra-structures (routes, centrales électriques ou trains) ou par la consommation des ménages que Pékin a soutenue pour qu'ils puissent acquérir des voitures ou des machines à laver. «Lorsque vous discutez avec des hommes d'affaires, vous entendez systématiquement parler de bonnes affaires réalisées dans l'immobilier, souligne Andy Xie, l'ancien analyste star de Morgan Stanley à Shanghai, cité par l'agence Bloomberg. Personne ne discute de bénéfices provenant de l'activité industrielle.»En Chine, la frénésie immobilière a gagné un grand nombre d'acteurs économiques. Les entrepreneurs à la tête de sociétés de ciment, de textile ou encore de fabriques de chaussures créent des filiales immobilières desquelles elles tirent une partie substantielle de leurs revenus. Selon la Banque mondiale, le boom de la construction a été le principal soutien de l'investissement privé, c'est-à-dire du pilier de la croissance chinoise. Un coup de froid sur le marché de la pierre ferait grimper les prêts pourris des banques et pèserait sur les profits des sociétés chinoises.Le moment est délicat. Les investisseurs internationaux pourraient prendre peur et se détourner des actions chinoises. Par effet de contagion, les industries et pays fortement exposés à la Chine souffriraient également: mines australiennes et canadiennes, valeurs industrielles japonaises et occidentales, ainsi que titres des pays émergents.frénésie Les investisseurs internationaux pourraient prendre peur.

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