Bilan

Le retour en grâce des marchés émergents

Retournement de tendance: les investissements dans les régions non occidentales du monde renouent avec d’excellentes performances. Les banques s’engouffrent dans ce créneau.
  • Artisan indien dans le textile: l’Inde, en forte croissance, a mis en place des réformes bénéfiques.

    Crédits: Narinder Nanu/AFP
  • Maxime Carmignac (Carmignac)...

    Crédits: Dr
  • et Michael Strobaek (Credit Suisse). Tous deux misent sur le rebond des émergents.

    Crédits: Dr

«A l’heure actuelle, les marchés émergents présentent d’excellentes perspectives de croissance», affirme Michael Strobaek. Global chief investment chez Credit Suisse, il présentait début avril à Zurich un nouveau fonds multi-actifs dans ce domaine, le Credit Suisse Carmignac Emerging Markets Multi-Asset Fund. Associé pour cette opération à la société de gestion française Carmignac, Credit Suisse saisit ainsi la balle au bond. Car après plusieurs années de sous-performance notable, les marchés émergents sont portés par l’accélération de la croissance mondiale de ces derniers dix-huit  mois. Les investisseurs sont redevenus acheteurs dès début 2017 et en ont retiré de consistants bénéfices. Cette classe d’actifs a en effet enregistré un gain de plus de 25% l’année dernière.

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Cette guérison s’explique par une conjonction de facteurs favorables. Contrairement à ce que l’on craignait, la Chine n’a pas connu de «hard landing», soit un atterrissage brutal après des années de forte croissance. Le pays n’a pas non plus souffert de tensions sur le crédit. Parallèlement, la Fed a renoncé à faire grimper ses taux, ce qui aurait pu déboucher sur une fuite des capitaux. Enfin, on est passés à côté d’une montée généralisée du protectionnisme. Certains pays ont déjà accumulé des résultats spectaculaires. Sur les dix dernières années, l’Afrique du Sud revendique une progression de près de 200%. Les Philippines, l’Indonésie et la Turquie affichent des gains en hausse d’environ 150%.

Volatilité en baisse

Présentant le nouveau véhicule de Credit Suisse consacré à ces marchés, Michael Strobaek souligne: «Nous allons nous orienter vers une gestion des risques différenciée.» Le fonds se veut d’une exposition modérée au risque et revendique un objectif «absolute return», soit une performance positive quelle que soit la situation des marchés. Les frais de gestion s’élèvent à 1,5%. Membre du conseil d’administration de la société de gestion familiale partenaire, Maxime Carmignac ajoute: «Credit Suisse apporte son expertise dans l’analyse macroéconomique, tandis qu’en tant que pionnier sur les marchés émergents, Carmignac amène sa connaissance des titres sur le terrain.» Fille d’Edouard Carmignac, fondateur de la société basée sur la prestigieuse place Vendôme à Paris, elle rappelle que son établissement s’est distingué en évitant les pertes lors de la bulle internet de 1999-2000 et la crise de 2008.

Le retour en grâce des marchés émergents fait actuellement l’objet d’un large consensus au sein de la communauté financière. Responsable des investissements chez Forum Finance Group à Genève, Nigel Turner énumère les raisons d’être optimiste: «D’un point de vue structurel, on peut citer une démographie favorable, un processus général d’urbanisation, des niveaux de dette contenus et largement inférieurs à ceux des pays développés. Notons également la poursuite du développement des marchés de capitaux et la mise en place de systèmes de retraite.» Ces marchés devraient être dopés par un afflux de fonds de la part des acteurs traditionnels de la finance souhaitant rééquilibrer les allocations d’actifs.

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«Chez Forum Finance Group, nous préférons les fonds actions aux fonds obligataires, poursuit Nigel Turner. Nous aimons bien les fonds Magna (Magna EM Dividend, Magna MENA) gérés par Fiera Capital. Nos préférences vont aussi vers le fonds d’AllianceBernstein investissant dans les valeurs de croissance (Alliance Bernstein EM Growth), ainsi que les fonds régionaux de la boutique Alquity Investment Management comme l’Alquity Latin America et l’Alquity Indian Subcontinent.» Le financier mentionne aussi différents secteurs qui devraient continuer d’offrir un potentiel intéressant comme le commerce en ligne, le domaine de l’éducation, le secteur de l’assurance et des services financiers ainsi que l’infrastructure.

Analyste chez IG Bank et chroniqueur chez Bilan, Andreas Ruhlmann renchérit: «La volatilité de ces régions est en nette baisse depuis dix  ans, un élément qui redonne confiance aux investisseurs étrangers. La faiblesse du dollar constitue un atout supplémentaire car il allège le poids de l’endettement contracté dans cette devise.» Selon le manager pour la clientèle Premium chez IG Bank, la perspective de voir les banques centrales des pays émergents adopter une politique monétaire plus stricte limite le potentiel de rendement des obligations à plus long terme. «Mieux vaut donc se concentrer sur des échéances à court terme. Par ailleurs, les actions de certains pays émergents sont à des valorisations intéressantes par rapport aux actions américaines, par exemple.» 

Privilégier l’Inde

A titre de recommandation, Andreas Ruhlmann privilégie l’Inde. «Le pays est très actif en matière de réformes qui doivent remédier aux problèmes connus que sont les barrières bureaucratiques,
la faible productivité des entreprises et l’inefficacité du système bancaire. Le FMI prévoit une forte croissance et les sociétés devraient enregistrer une hausse marquée des bénéfices. Enfin, Delhi n’est
pas en première ligne s’il devait se déclarer une guerre commerciale, contrairement à la Chine.»

Signalons encore un fonds créé en octobre dernier par la BCGE: le Synchrony Silk Road Zone. Libellé en dollar, ce véhicule permet d’investir dans des entreprises qui participent à la création des nouvelles routes de la soie. Le fonds s’inspire du projet «One belt, one road» visant à relancer cet axe légendaire.

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Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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