Bilan

Le rachat de dette ne suffira pas à relancer la zone euro

Alors que la BCE annonce une politique de rachat de dette, des experts et banquiers présents à Davos avertissent que cette seule mesure ne suffira pas à relancer la croissance en Europe.

La BCE va actionner le levier du rachat de dette, mais les experts présents au WEF avertissent que cela ne suffira pas à relancer l'économie de la zone euro.

Crédits: Image: DR

La Banque centrale européenne (BCE) va actionner le levier du QE (Quantitative Easing) pour relancer la croissance dans la zone euro. Mais alors que le débat des derniers jours portait davantage sur l'ampleur des mesures prises que sur le choix d'actionner ce levier, un panel d'experts et de banquiers réunis à Davos pour le World Economic Forum a averti que cette mesure ne devait pas être considérée comme une finalité, mais comme un des outils à utiliser en coordination avec d'autres mesures.

Pour Lawrence Summers, économiste américain et ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, «Le QE ne doit pas être vu comme la panacée pour tous les problèmes de la zone euro». Le professeur de Harvard compare la situation actuelle en Europe à celle des Etats-Unis voici quelques années et pointe différents points qui ne devraient pas permettre au vieux continent de profiter d'un QE avec la même force que de l'autre côté de l'Atlantique: «Certaines réformes ont été engagées, et le QE pourrait être vu par certains comme une raison de relâcher la pression du côté des réformes structurelles».

 Pour son compatriote Ray Dalio, CEO de la firme d'investissements Bridgewater Associates, la différence majeure entre les Etats-Unis d'il y a quelques années et l'Europe d'aujourd'hui réside dans une série de rigidités qui doivent être éliminées par le biais de réformes fortes.

Un avis partagé par Gary Cohn, CEO de Goldman Sachs, pour qui «un QE doit être mené par la Banque centrale européenne, mais il faut également mettre en place les conditions pour que l'activité reprenne». 

Car pour lui, le levier monétaire doit être actionné. Entre le yen, le dollar, le franc et le renminbi, il voit une situation de conflit ouvert: «Nous vivons une guerre des devises actuellement, cela ne fait pas le moindre doute».

Les réticences exprimées par la Bundesbank jusqu'au dernier moment quant au choix d'un assouplissement quantitatif ou son ampleur ne trouvent pas d'écho auprès des banquiers et experts du panel. «Nous sommes unanimes pour dire que la BCE doit mettre en place un QE, il faut juste ne pas se contenter de cette mesure et mettre en oeuvre d'autres réformes pour que le QE soit efficace», assène Lawrence Summers.

Très attendue sur ce sujet, Christine Lagarde voit quant à elle une efficacité certaine du QE. Pour la directrice du Fonds monétaire international (FMI), «le QE a déjà prouvé son efficacité, comme les rendements plus faibles et les écarts au sein même de la zone euro le montrent».

Pour elle, cette mesure «pourrait significativement profiter aux marchés émergents en Europe», notamment les économies d'Europe centrale et orientale. Pour qu'elle ait un impact comparable dans les pays «historiques» (Allemagne, Italie, France, Espagne), les réformes devront être poursuivies.

Et de citer en exemple un pays de la zone euro qui n'a pas reculé devant les réformes: «L'Espagne inspire confiance aux marchés grâce à la discipline budgétaire, aux réformes menées par le gouvernement et à l'inventaire des banques qui a été mené pour disposer d'un état des lieux du secteur».

L'exemple d'un pays, car Christine Lagarde est catégorique sur la situation actuelle de l'intégration politique et économique au sein de l'Union Européenne et de la zone euro: «Voir l'Europe comme une vraie unité politique et économique cohérente est trompeur: ce n'est pas encore le cas. L'Europe n'en est pas aujourd'hui au stade d'intégration politique où une politique fiscale commune peut être envisagée». 

La seule BCE et son mandat limité ne peuvent donc suffire à ses yeux pour relancer la croissance dans la zone euro. Mais elle approuve le choix du QE. Et si certains voient dans les stratégies divergentes des grandes banques centrales un danger pour la relance à l'échelle planétaire, Christine Lagarde ne partage pas cet avis et va plus loin: «Une meilleure coordination globale pourrait aider à générer des effets positifs des politiques monétaires asynchrones» menées par les grandes banques centrales.

 

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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