Bilan

Le private equity recèle des pépites

Les investissements du groupe Edmond de Rothschild dans les sociétés non cotées semblent un si bon filon que la banque a décidé de lever 3 milliards d’euros supplémentaires. Détails.

Les partenaires gérants de fonds de l’entité Edmond de Rothschild Private Equity.

Crédits: Dr

En marge de la construction de son groupe, Edmond de Rothschild (EDR) avait multiplié les investissements opportunistes dans des entreprises comme le Club Med, Publicis, la Compagnie du Ponant ou bien encore Hachette/Filipacchi. A partir de 2002, cette philosophie va s’incarner méthodiquement via des fonds de private equity le plus souvent gérés par des entrepreneurs de la finance avec lesquels Edmond de Rothschild investit en partenariat.

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D’abord orientés assez classiquement dans les reprises (buyout) et la croissance d’entreprises non cotées en bourse, ces stratégies vont devenir de plus en plus originales pour s’étendre aux marchés frontières et aux actifs réels (infra-structures). Des niches à la fois innovantes et socialement et environnementalement responsables. 

Consolidée en 2014 dans une entité, Edmond de Rothschild Private Equity, qui emploie une centaine de personnes dans le monde dirigées par Johnny El Hachem, cette stratégie a déployé 2,3 milliards d’euros dans plus d’une dizaine de fonds. La banque s’apprête maintenant à ajouter six nouveaux fonds en levant 3 milliards d’euros supplémentaires. Parce que ces investissements ont un fort impact social et environnemental mais aussi parce que leur évolution est décorrélée de celle d’autres classes d’actifs telles qu’actions et obligations et sont protégés de la surenchère par leur caractère de niche. «Le marché nous a donné raison», résumait Johnny El Hachem lors de l’annonce récente de ces nouvelles ambitions à Paris. 

Les nouveaux entrepreneurs de la finance 

Certes, mais en entendant les présentations des différents gérants de fonds de private equity dans lesquels la banque investit parmi 300 dossiers examinés, c’est aussi leur caractère fondamentalement entrepreneurial qui ressortait. 

Conseillé depuis Genève, Ginkgo est emblématique. En substance, ce fonds acquiert des terrains urbains contaminés par d’anciennes industries, les dépollue, les rend constructibles et participe à leur promotion immobilière. «Le principal problème du logement en ville, c’est le manque de terrain», explique Bruno Farber, l’un des partenaires de Ginkgo.

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Le fonds a déployé 240 millions d’euros dans 14 projets en Europe, générant déjà l’équivalent de 600'000 mde permis de construire. En réhabilitant en Belgique les dix hectares d’une ancienne papeterie à Mont-Saint-Guibert, en périphérie de Louvain-la-Neuve, cela a permis la construction d’un quartier de 34'000 m2. A Lyon, un autre de 70'000 m2 a vu le jour sur les quatre hectares d’un ancien site industriel. Ginkgo s’apprête à faire de même au Royaume-Uni et en Espagne. 

Dans la région ibérique justement, Edmond de Rothschild Private Equity s’est allié à deux autres entrepreneurs spécialisés, eux, dans le financement de l’hôtellerie: Jaume Tapies et Liza Masias. Respectivement ex-président de Relais & Châteaux et propriétaire d’hôtels en Amérique latine, le tandem a créé Aina Hospitality pour revaloriser des boutiques-hôtels et de luxe en centre-ville qui sous-performent. Avec 148 millions d’euros investis au travers de 8 projets et des retours qui dépassent souvent les 15%, Jaume Tapies vise le milliard de fonds sous gestion. «En Europe, 70% des hôtels appartiennent à des propriétaires indépendants qui butent sur la difficulté de lever des capitaux pour moderniser ou repositionner leurs établissements», estime-t-il pour évaluer l’opportunité.  

Une géographie frontière

Outre TIIC, qui investit dans des projets de transport (routes à péages, parkings...) et des infrastructures sociales (hôpitaux, écoles…), ou Pearl Infrastructure Capital, qui a pris des participations dans plus d’une centaine de projets de transition écologique (cogénération, recyclage des déchets, énergies renouvelables…), l’investissement d’Edmond de Rothschild Private Equity mise lui aussi sur Moringa, qui repose sur l’approche entrepreneuriale originale des fondateurs de ce fonds agroforestier.

Ancien président de l’Interafrican Forest Industries Association, Hervé Bourguignon avait obtenu la certification de durabilité FSC de 5,3 millions d’hectares de forêts avant de lancer Moringa en 2010. Avec 85 millions d’euros levés, cela a abouti à 6 investissements dans des entreprises qui visent des marchés du bio en croissance annuelle de 10% dans le café, les jus de fruits, les noix de cajou…

Cet angle géographique est au centre de la seconde catégorie de fonds de private equity, niche dans laquelle investit le groupe genevois: les marchés frontières. Là encore, au-delà des retours sur investissement envisagés (15 à 20%) et de l’impact du déploiement de capitaux importants dans des pays où chaque euro investi est démultiplié (3600 jobs créés en Afrique), la démarche entrepreneuriale est centrale. 

Avant de fonder Amethis Finance, Luc Rigouzzo et Laurent Demey ont passé trente ans à investir dans des entreprises de pays émergents. Venus de l’Agence française de développement, ils ont acquis la conviction que «les investissements dans des entrepreneurs privés locaux sont le meilleur vecteur de l’aide au développement». Ils estiment aussi que «le plus gros changement en Afrique depuis dix ans est l’émergence de consommateurs». Après avoir levé 285 millions d’euros en 2014, Amethis les a déployés au travers de 19 transactions, achetant ici un réseau de stations-service en Côte d’Ivoire ou là une confiserie au Kenya.

Si EDR Private Equity ne donne pas encore d’indications sur les thèmes de ses investissements futurs, son alliance avec Triventures, fonds de capital-risque dans les biotechs, suggère un renforcement probable dans le venture capital, porte d’entrée du secteur high-tech et de ses entrepreneurs.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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