Bilan

Le prêt participatif prend de l’ampleur

Une dizaine de plateformes proposent en Suisse des crédits aux petites entreprises et aux particuliers. Ce mode de financement alternatif intéresse fortement les banques traditionnelles.
  • Crédits: David Huc
  • Pour l’expert Vincent Pignon, «le lending est complémentaire aux prêts bancaires».

     

    Crédits: David Huc

Le crowdfunding, également appelé «financement participatif» ou «financement collaboratif», se répand dans le monde et en Suisse. Ce mot signifie littéralement le financement (funding) par la foule (crowd). Il fait référence à l’ensemble des outils numériques qui permettent à des internautes, «la foule», de financer des projets ou des produits qui les intéressent.

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Concrètement, le principe du crowdfunding est de mettre en relation, via une plateforme internet, des contributeurs multiples avec un porteur de projet. La majorité des sites sont accessibles à toute personne qui désire lancer un projet sans en avoir les moyens. Fin avril  2017, on dénombrait environ 50 plateformes dédiées à ce type d’activité en Suisse. 

Les internautes qui investissent dans un projet sont de tous âges et de toutes catégories socioprofessionnelles. En Suisse, l’année 2016 est synonyme de record pour ce mode de financement qui a permis de lever 128  millions de francs, soit un montant multiplié par quatre en l’espace d’une année, grâce aux contributions de plus de 100'000 personnes, selon une étude de la Haute Ecole de Lucerne. Pour 2017, cette somme pourrait atteindre jusqu’à 400  millions de francs. Si le boom est spectaculaire, il reste minuscule (pour l’instant) comparé au total des prêts accordés en Suisse: 1076 milliards de francs en 2015.

Il existe quatre formes de crowdfunding. Les deux premières concernent des dons, selon qu’ils sont sans contrepartie, (crowddonating) ou contre récompense (crowdsupporting). Une troisième forme est appellée crowdfunding par le capital: elle permet aux investisseurs d’entrer au capital d’entreprises non cotées en bourse. Enfin, il existe le crowdlending ou crédit participatif. Ce dernier se traduit par la possibilité d’obtenir un prêt sans passer par l’intermédiaire d’une institution financière. C’est sur ce point que les institutions financières classiques peuvent se sentir menacées. Le crowdlending constitue-t-il un risque ou une opportunité pour ces dernières? 

Prêt avec ou sans intérêt

Pour obtenir un crédit participatif, c’est très simple: un porteur de projet, que ce soit un individu ou une entreprise, lance un appel au financement et chaque financeur devient «détenteur» d’une partie du prêt. Ce dernier peut se décliner sous une forme désintéressée (ou gratuite) ou comme prêt avec intérêt, dont le taux est fixé au sein d’une plage sélectionnée, en fonction de la popularité du projet et de la nature de celui-ci.

Pour emprunter, il suffit de communiquer son identité, la somme demandée et la durée de crédit. La plateforme donne alors une estimation des mensualités, des intérêts et des frais. Si le profil du porteur de projet est jugé «solide» par la plateforme à l’appui de multiples documents, la demande de crédit est publiée et ouverte au financement volontaire des investisseurs inscrits, à qui l’on rembourse mensuellement le crédit. 

Même si le développement du crowdlending est assez récent dans notre pays, plusieurs facteurs expliquent son succès. D’abord, les fonctionnalités communautaires et collaboratives d’internet (blogs, avis de consommateurs…) entraînent un effet de levier hors du commun dont l’impact social sur notre économie n’en est qu’à ses débuts. Ensuite, le crowdsourcing (par exemple Wikipédia) se développe: les internautes apportent des savoir-faire, des idées, de la créativité.

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Autre facteur, la difficulté de trouver des ressources financières lors des premières étapes du développement des projets. Enfin, les règles du crowdlending ont été assouplies par la Finma en Suisse. Depuis le 1er août 2017, il n’y a plus de plafond concernant le nombre de prêteurs d’argent, qui jusqu’alors étaient limités à 20. Les banques n’ont ainsi plus le monopole sur ce segment. En effet, aucune autorisation n’est demandée si le montant récolté en vue d’être transmis n’excède pas un million de francs. 

L’avantage du crowdlending est qu’il concerne des secteurs d’activité très divers: la culture, l’entrepreneuriat, la politique, le sport, les soins médicaux, les vacances, les frais de scolarité, les travaux et rénovation ou l’immobilier, mais également des projets de création et de développement d’entreprises, tous portés par un esprit de communauté 2.0. Cet esprit d’implication des participants est fondamental dans ce système. Il permet de développer la notoriété d’un projet et de la démultiplier à travers les réseaux sociaux. 

Le crowdlending cible surtout les prêts aux particuliers (40% des demandeurs) et aux entreprises (60% des demandeurs) et le financement de petites entreprises ayant déjà démarré leur activité et prouvé leur viabilité à moyen terme. 

Start-up, plateformes de financement participatif, géants d’internet: tous rêvent de récupérer les parties les plus visibles du métier de banquier. S’ils prenaient le pouvoir, ces nouveaux acteurs pourraient reléguer les établissements bancaires au rang de simples prestataires techniques. 

Coopération des banques 

Mais les banques contre-attaquent et collaborent avec des plateformes de crowdlending. Pour elles, le développement du crowdlending répond aux attentes des clients d’avoir des modes de financement ou de placement plus simples, plus transparents et plus traçables, tenant compte de l’impact du web 2.0 et des réseaux sociaux. Ainsi, lorsqu’un projet est soutenu par la foule, cela constitue une forme de validation auprès d’un établissement bancaire. 

«Le prêt participatif est clairement une opportunité pour les banques qui y trouvent un intérêt, bref un investissement à moindre coût. En effet, une fois que les plateformes ont atteint une taille critique, les banques rentrent au capital de ces dernières», affirme Carl-Alexandre Robyn, fondateur du cabinet Valoro Fundraising et auteur du livre Crowdfunding: la face obscure du rêve.

Pour Vincent Pignon, président de la Swiss Crowdfunding Association, adjoint scientifique à la Haute Ecole de gestion de Genève, basée à Carouge (GE) et fondateur de WeCan.Fund, start-up genevoise de financement participatif, «le lending est complémentaire aux prêts bancaires. D’ailleurs, les taux de défaillance de ces plateformes sont sensiblement les mêmes que ceux des banques, soit de 2 à 4%. En Suisse, les banques ne sont pas menacées. La réglementation édictée par la Finma leur permet d’être indispensables dans ce secteur. Il ne faut pas oublier que ce sont ces dernières qui «exploitent» et gèrent l’ensemble des comptes où transite l’argent.» 

Les établissements bancaires n’ont donc pas peur de l’économie collaborative. Au contraire, ils nouent des partenariats avec les acteurs du crowdlending ou créent leurs plateformes (à l’image de PostFinance avec Lendico, leader européen du crowdlending). D’autres vont monter leur propre plateforme de financement participatif (Raiffeisen avec heroslocaux.ch). D’autres encore ont commencé à s’associer à des plateformes. Le modèle d’affaires de celles-ci fonctionne principalement avec des «success fees», soit un pourcentage des fonds levés, uniquement si les fonds sont levés. Les taux varient de 1,5 à 10% selon les plateformes et les domaines d’activité.  

Succès et risques pour les épargnants 

De multiples projets ont ainsi vu le jour grâce au crowdlending. La plateforme Swisslending a déjà financé plus d’une douzaine de projets de promoteurs immobiliers pour un montant supérieur à 16 millions de francs. Deux d’entre eux ont déjà été remboursés avec des rentabilités de plus de 8% annualisées.

Toutefois, le crowdlending n’est pas sans risques pour les prêteurs. A ce jour, en Suisse, il n’existe pas d’assurance, raison pour laquelle de nombreux projets n’ont pas réussi. 

Le danger principal est la défaillance de l’entreprise à l’origine du crédit. En effet, l’épargnant n’est jamais assuré de la réussite du projet. Lorsque l’emprunteur fait faillite et n’arrive donc pas à rembourser le prêt souscrit, les épargnants perdent le capital investi. Ce qui explique que, contrairement aux prêts bancaires classiques, les taux sont plus élevés et que la durée des emprunts est courte, comprise entre trois mois et deux ans. «Cela donne un meilleur rendement au prêteur», relève Vincent Pignon. 

Cette évolution de l’écosystème du financement et de l’investissement est un bon exemple de stratégie gagnante, qui s’appuie sur une relation de dépendance mutuelle: l’avenir dira si ces parties prenantes y trouvent finalement leur équilibre de manière durable et si les banques profitent de l’essor du crowdlending.

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François Lanfray

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