Bilan

Le portefeuille idéal parie sur la croissance

Alors que l’Europe retrouve la faveur des investisseurs, c’est par les actions et les hedge funds, et non par les obligations, qu’il faut s’y exposer. Les matières premières ont le vent en poupe, mais le maître mot dans ce domaine est «physique».

Le Japon et le Portugal inquiètent, le Moyen-Orient s’enflamme, l’inflation et les taux d’intérêt montent: la fin de la croissance a-t-elle sonné? Au contraire, la majorité des stratèges croit toujours à la croissance et leurs politiques d’investissement s’en ressentent. Ils gardent de fortes positions dans les actions, parient sur la poursuite de l’envol des prix des matières premières et accordent une certaine confiance à l’alternatif. En revanche, ils se méfient des obligations, celles-ci s’avérant de mauvais placements dans les périodes de croissance économique et de hausse des taux.

Actions: l’Europe en vedette

Elles ont la cote. Bank of America Merrill Lynch les surpondère à 54% au lieu d’une moyenne de 50%. Mais le courtier américain préfère les titres européens, en premier lieu l’Allemagne, à ceux de son pays, qu’il commence à trouver bien chers. De plus, la perspective de la fin prochaine du programme actuel d’assouplissement quantitatif par la Fed lui fait redouter une phase de baisse sur le marché américain.

Deutsche Bank partage le même optimisme sur les actions dans leur ensemble et anticipe une hausse de 12% en moyenne des bénéfices des sociétés européennes cette année. Elle pense même que le rendement des dividendes des sociétés américaines est au plus haut depuis vingt-cinq ans et se compare à celui d’une obligation spéculative. Partageant la même vision haussière, la Banque Sarasin mise sur le secteur énergétique en raison de la demande croissante de pétrole, qu’elle pondère à 20% de son portefeuille actions. La banque bâloise n’y inclut pas BP en raison de la persistance de risques issus de l’explosion de la plate-forme pétrolière du golfe du Mexique l’an dernier. En revanche, Clariden Leu, par ailleurs très défensif, a sélectionné le géant britannique, l’estimant à l’abri du risque.

 

Matières premières: miser sur l’énergie et l’or

Portée par la demande continue en pétrole, gaz et métaux de la part des économies émergentes, cette classe d’actifs semble vouée à une hausse régulière. Sarasin les pondère à 10% de son portefeuille idéal, avec une précaution néanmoins: il faut investir directement et non pas au travers de fonds de placement ou d’ETF. «En plus du pétrole, la demande va surtout se porter sur l’or physique, l’argent et les produits agricoles. Ces derniers ont déjà dépassé, dans leur ensemble, leur sommet de 2008», note pour sa part Alain Freymond, patron de la société genevoise de gestion BBGI.

Placements alternatifs: éviter les «comptes gérés»

Immobilier et hedge funds ont aussi le vent en poupe, selon Swiss & Global Asset Management (ancienne entité de gestion institutionnelle de Julius Bär), à condition de bien choisir. Giovanni Leonardo, un de ses stratèges, mise sur les fonds de petites capitalisations pour investir dans la pierre. Attention cependant à l’effet de la hausse des taux sur les prix, prévient BBGI, qui préfère détenir les objets en direct plutôt que de passer par des fonds. Dans les hedge funds, le stratège zurichois se limite à deux stratégies: «event driven» (opportuniste, guidée par les événements comme des annonces de rachat de sociétés) et «macrodiscrétionnaire» (basée sur les grandes données conjoncturelles). «Attention à la vérité des rendements», prévient néanmoins Frédéric Rosset, de Peak Partners, un gérant de fonds de hedge funds à Genève. L’investisseur qui s’en remet à un compte géré peut se sentir rassuré, mais la solution retenue est coûteuse à mettre en place. De plus, il peut avoir de la peine à en ressortir si la formule ne lui convient plus.

Les devises: les émergentes d’abord

Les projecteurs devraient se déplacer vers les devises émergentes, appelées à progresser au rythme de leur croissance économique et de la hausse des taux d’intérêt. En revanche, l’euro ne paraît plus aussi exposé aux risques des PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne) tandis que le dollar va poursuivre sa baisse, estiment Deutsche Bank et Merrill Lynch. «Avec la hausse des taux en Europe, puis probablement aux Etats-Unis, le franc suisse devrait perdre une part de son rôle de valeur refuge», analyse André Keller, de Saxo Bank.

 

Les obligations: à sous-pondérer

Elles sont, en quelque sorte, les actifs maudits du moment. La reprise de l’inflation et la hausse des taux d’intérêt, ainsi que l’appréciation régulière des actions et des matières premières, n’incitent pas à s’engager dans une classe d’actifs aux rendements encore bas et offrant peu de perspectives de croissance. BBGI les a abaissées à 45% de son portefeuille idéal au lieu de 60%, Sarasin à 25% au lieu de 40%. La banque bâloise ne s’attend toutefois pas à un krach obligataire: elle estime que la hausse des taux devrait rester modeste, dans les pays développés du moins.

Yves Genier

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