Bilan

Le portail de crowdfunding wemakeit bascule sur la blockchain

Le site suisse de crowdfunding wemakeit accepte désormais les bitcoins et vise à ouvrir la blockchain au plus grand nombre. A terme, les contributeurs aux projets recevront des jetons en contrepartie de leur participation, qui pourront donner lieu à rémunération.
  • L'acceptation du bitcoin est une première étape avant le basculement de wemakeit sur la blockchain.

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  • Johannes Gees, co-fondateur de wemakeit, veut faire évoluer le crowdfunding vers une logique d'investissement via la blockchain.

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Menacé de disruption, le secteur du crowdfunding lance sa mutation. Depuis le début de l’année, plus de trois milliards de dollars ont été levés par des entreprises sur la blockchain par le biais des Initial Coin Offering, plus communément désignées par leur acronyme, les ICOs. Les chiffres vertigineux se succèdent: 232 millions pour la seule Tezos, Brave -le navigateur web créé par le cofondateur de Mozilla Brendan Eich- qui lève 35 millions de dollars en mai en seulement une trentaine de secondes...

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Raison principale du succès des ICOs: à la différence d’un crowdfunding classique, des «tokens» (jetons), pouvant représenter une part de l’entreprise ou du produit en lancement, sont distribués aux contributeurs en contrepartie du financement. Lesquels jetons sont cotés et peuvent donner lieu à une rémunération régulière, sorte de «dividende».

D’une logique de donation à une logique d’investissement

Le modèle a de quoi inquiéter les acteurs traditionnels du crowdfunding, dont fait partie wemakeit, parmi les leaders européens du secteur. En réponse, la plateforme zurichoise a annoncé ce lundi une transformation technique profonde en intégrant la technologie, afin de devenir un«hub» qui permettra de lancer n’importe quel projet en ICO, comme le détaille son co-fondateur Johannes Gees: «Demain, on pourra tout "tokeniser", une entreprise, même un artiste pourra se "tokeniser", et c’est une réelle chance pour nous. Jusqu’à présent, une participation à un projet sur wemakeit était essentiellement une donation, ou rentrait dans le cadre de la prévente d’un produit. Maintenant, on va passer à une logique d’investissement, avec un retour sur investissement monétisable.»

Première étape: wemakeit accepte désormais les bitcoins de la part du public. Le passage des projets sur la blockchain devrait quant à lui prendre 12 à 18 mois. Pour Johannes Gees, l’idée est de démocratiser un système encore réservé à un petit milieu d’avertis: «Aujourd’hui, on peut estimer que lancer une ICO coûte environs 20'000 francs. Nous souhaitons que tout un chacun, pour un lancement d’entreprise ou de produit, puisse bénéficier de ce mode de financement même s’il n’est pas spécialiste en informatique».

Faire comprendre le potentiel de la blockchain au public

Reste un travail de fond pour informer tant les créateurs de projets que le public des opportunités ouvertes, sachant que la technologie reste largement incomprise. Pour tenter d’y remédier, wemakeit organise les 13 décembre 2017, 10 janvier et 7 février 2018 à Zurich au Kosmos Club, un cycle de conférence intitulé «Blockchain culture». «Nous avons 75% de ce qu’il faut pour mener à bien la transformation, à savoir la plateforme et la communauté, qu’il nous faut toutefois sensibiliser, estime Johannes Gees. Les 25% qui manquent sont le développement technique.»

La question régulatoire reste également en suspens. La position du régulateur doit encore être précisée et est amenée à évoluer, avec l’épée de Damoclès d’une interdiction des ICOs sur le modèle de ce qui a été décidé dans certains pays, en particulier la Chine. Une éventualité à laquelle ne croit pas Johannes Gees: «Il est vrai qu'il y a eu au moins 10 à 15% des ICOs qui se sont révélées des SCAM, des arnaques, mais les choses vont se normaliser, se réguler. J’étais à Zoug au cœur de la "Cryptovalley" suisse cet après-midi encore, en contact avec l’écosystème ainsi que des politiciens. Je sens qu’il y a une volonté tant de la FINMA que de la sphère politique de rendre possible la "tokenisation" et d’exploiter pleinement cette opportunité.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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