Bilan

Le polar d’Hervé Falciani, entre fantasmes et mensonges

Dans le livre «Séisme sur la planète finance», l’ancien informaticien d’HSBC prétend œuvrer au cœur d’une organisation secrète, le «réseau». Critique d'un ouvrage qui n’est qu’un mauvais roman.
  • Hervé Falciani se serait préparé pendant deux ans avant d’entrer au cœur de la filiale d’HSBC à Genève.

    Crédits: DR

Depuis son départ précipité de Genève en décembre 2008, Hervé Falciani nous a déjà habitués à changer de version au gré de ses multiples interviews. Mais cette fois, dans « Séisme sur la planète finance. Au cœur du scandale HSBC » (*), le Franco-italien bat tous les records d’imagination. Alors qu’il travaillait à la sécurité de la société des Bains de mer de Monaco, le casino de la principauté, il serait entré en contact avec le « réseau ». Dans les 222 pages de son livre, on n’en saura jamais plus sur cette mystérieuse organisation qui ne s’est fixée qu’un seul objectif : combattre l’évasion fiscale.   

Hervé Falciani se serait préparé pendant deux ans avant d’entrer au cœur du monstre, comprenez la filiale d’HSBC à Genève. Heureusement, pour lui faciliter la tâche, l’informaticien pouvait compter sur une armée de spécialistes. « Nous étions une centaine de personnes à travailler pour le même objectif, mais seulement une dizaine à être actifs à l’intérieur de la banque. » Ce qui est curieux, c’est que la police fédérale, qui a mis sur écoute Hervé Falciani (téléphone et ordinateur) pendant près d’un an, n’a jamais repéré l’un de ses complices au sein d’HSBC.  

Sans modestie, Hervé Falciani se décrit comme « analyste des Projets stratégiques » et affirme qu’il était « à la tête d’un groupe d’une centaine de personnes dont environ quatre-vingts opérateurs qui travaillaient sur les serveurs et les ordinateurs ». En fait, ce n’était qu’un simple informaticien, engagé à Genève en février 2007, travaillant à Carouge dans un bureau commun avec « 150 informaticiens », selon le rapport de l’Office fédéral de la police du 25 août 2010. 

Le plus fantastique dans cet ouvrage, c’est qu’Hervé Falciani, aidé par le « réseau », a tout programmé, même son interpellation par la justice suisse et son arrestation en Espagne ! Il y a quelques années dans la presse, il avait affirmé avoir été enlevé à Genève par des agents du Mossad. Mais cette fois, il s’agit d’un « faux enlèvement décidé par mes amis du “réseau“ ». Quel peut bien être l’intérêt d’un faux enlèvement sans témoin ? « Si la police m’avait arrêté, j’aurais pu dire que j’avais été enlevé et contraint de collaborer contre ma volonté », explique-t-il… 

«Déclencher les événements»

Ensuite, s’il se rend au Liban, ce n’est pas pour tenter de vendre les listings volés mais… pour que l’un des banquiers contactés donne l’alerte « déclenchant la série d’événements qui a débouché, en France, par la saisie de mon ordinateur ». En clair, il ne serait aller à Beyrouth que pour permettre à Eric de Montgolfier, procureur à Nice, puisse saisir son ordinateur ! Pourquoi faire simple ? Mais là où Hervé Falciani ment effrontément, c’est lorsqu’il affirme avoir alerté le magistrat français. Or, interrogé par Bilan, Eric de Montgolfier est catégorique : il a saisi les ordinateurs d’Hervé Falciani à la demande de la justice suisse. Il n’a jamais été contacté par Hervé Falciani.     

Son arrestation en Espagne relève du même fantasme. « Mon ange gardien m’annonça que ma vie était en danger », écrit-il. Il n’a plus d’autre solution que de prendre un bateau pour se faire arrêter à Barcelone. Où il partage une cellule avec un « néonazi cocaïnomane ». Heureusement, raconte-t-il, « j’ai quitté la prison secrètement, sans aucun document attestant que j’étais libre (…) une équipe spéciale m’a escorté à l’extérieur de la prison et est restée à mes côtés pour me protéger pendant tout le temps que j’allais passer en Espagne ». Question bête : pourquoi cette équipe spéciale ne pouvait-elle pas assurer sa protection en France ?   

Bref, il ne s’agit que d’un très mauvais roman, car fort peu crédible. On ne peut que regretter que son avocat parisien, le très pugnace William Bourdon, ardent défenseur de la veuve et de l’orphelin, encourage Hervé Falciani dans ses fantasmes. La prochaine fois, l’ancien informaticien serait capable d’évoquer l’intervention des extraterrestres dans le vol des fichiers d’HSBC.

 

(*) Hervé Falciani, avec la collaboration de Angelo Mincuzzi, La Découverte, 222 pages.  

          

    

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