Bilan

Le pessimisme ambiant n’est pas rationnel

Aucun élément macroéconomique ne justifie la morosité générale actuelle. Cette mode est excessive, tout comme l’était l’euphorie de la fin des années 1990. Analyse.

Le Brexit et les élections américaines à venir ne sont pas de nature systémique. 

Crédits: Reuters

Rien ne va plus. La croissance est maussade et le chômage endémique. Les banques centrales s’essoufflent, les gouvernements sont indigents et l’Union européenne vacille. Une ambiance de fin d’époque plane sur les marchés, et il faut à tout prix préserver le capital.

Lire aussi: L'OCDE brosse un tableau pessimiste de l'économie mondiale

Cette ambiance peut rappeler, à l’inverse, l’euphorie de la fin des années 1990. La croissance et les profits étaient inébranlables. Un sentiment d’invincibilité dominait les marchés. Avec le recul, l’éclatement de la bulle internet appelle à une distance salutaire face aux modes trop excentriques, qui engendrent des dynamiques dont les excès conduisent à des valorisations extrêmes. Si ces dernières sont ridicules a posteriori, elles ne choquent personne dans la fièvre collective du moment.

Le Brexit n’est pas un risque systémique

Aujourd’hui, la macroéconomie ne justifie pas le scepticisme ambiant. Depuis 2009, la croissance du PIB américain est de 2,5% et le taux de chômage est historiquement bas. La zone euro a subi le contretemps de la crise en 2010-2011, mais depuis 2012, elle suit une trajectoire de reprise stable. Depuis 2014, la croissance du PIB dépasse la croissance potentielle, et le chômage baisse plus vite qu’aux Etats-Unis. Le ralentissement chinois est de nature structurelle, mais la stabilité du marché du travail indique un atterrissage en douceur. La faiblesse des émergents est loin de la violence de la crise asiatique de 1997 et du défaut russe de 1998. 

Si l’environnement macro-économique semble ne rien offrir pouvant expliquer la morosité actuelle, peut-être reflète-t-il des risques systémiques particulièrement aigus. La zone euro est désormais ancrée dans une social-démocratie qui limite le risque politique. Les déficits budgétaires se sont réduits, et les convergences nominale et réelle sont de retour. 

Le Brexit et les élections américaines à venir ne sont pas de nature systémique. La sortie du Royaume-Uni de l’UE aura des conséquences initialement très préjudiciables sur le pays. A court terme, la croissance de la zone euro en sera affectée, mais elle finira par bénéficier du repositionnement sur le continent d’une partie des productions destinées à l’UE. Le choc n’aura pas d’impact négatif sur la croissance mondiale.

Lire aussi: Le Brexit va freiner la croissance suisse en 2017 et 2018 

De même, un président américain trop vindicatif pénaliserait son propre pays et renforcerait le reste du monde. Mais ce risque est faible car l’avancement de l’agenda présidentiel dépend du Congrès, qui a de grandes chances d’être moitié républicain, moitié démocrate. Le risque systémique a aussi perdu son principal canal de transmission: le système bancaire. La réglementation financière est passée par là. 

Les excès d’optimisme ou de pessimisme s’observent également dans les contradictions entre l’ambiance générale résultant de comportements microéconomiques et la froide réalité macro. Si ces excès semblent reposer su des données économiques, il ne faut pas négliger leur aspect psychologique. Par rapport à l’optimisme, le pessimisme a les atours de l’intelligence et de la prudence face aux multiples incertitudes du monde.

Il vit dans le passé, ce qui l’a bien servi lors des chocs systémiques de 2008 et 2011, mais le handicape depuis trois ans avec des chocs devenus plus fréquents, violents, mais non systémiques. La complaisance avec la théorie dominante s’explique aussi par l’énorme coût pour s’en protéger. Vendre des obligations est considéré trop hétérodoxe. «L’exubérance irrationnelle» des années 1990 a laissé place au «pessimisme irrationnel».

Ainsi, les risques pour les investisseurs résident dans les modèles rétrospectifs, or les volatilités et corrélations historiques ignorent les niveaux de marché. Pourtant, le bon sens veut que des prix extrêmes alertent sur un plus grand risque futur des actifs concernés. Un tel bon sens paraît insensé sur le coup, mais a de grandes vertus. 

* CEO de H2O Asset Management, affilié de Natixis Global AM 

Bruno Crastes*

Aucun titre

Lui écrire

Aucune biographie

Du même auteur:

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."