Bilan

Le Pen, le Frexit et l’avenir de l’UE : les marchés gardent-ils la raison?

Les marchés ont repris leur souffle, mais l’écart entre les rendements souverains français et allemands rappelle que la véritable épreuve se déroulera dans quelques semaines. L'analyse de Samy Chaar, économiste en chef de la banque Lombard Odier.

Samy Chaar, chef économiste à la banque Lombard Odier. 

Avec les élections néerlandaises, l’Europe a passé son premier test politique de l’année 2017. Les marchés ont certes repris leur souffle, mais l’écart entre les rendements souverains français et allemands nous rappelle que la véritable épreuve électorale pour le Vieux Continent commence ce week-end.

Une partie de la décote des actions européennes (Bloomberg, 28 mars 2017) est clairement imputable au risque d’une présidence Le Pen. Toutefois, nous estimons que la nature même du système politique français limite la probabilité d’une telle victoire. Même en admettant que Marine Le Pen soit élue, les chances qu’elle puisse prendre des mesures radicales telles que l’abandon de la monnaie unique semblent très minces.

Les actions européennes faisant les frais des inquiétudes politiques, nous pensons que les investisseurs axés sur les fondamentaux économiques seront en définitive récompensés. Les révisions à la hausse des bénéfices des entreprises, la relative faiblesse des taux d’intérêt et l’amélioration constante de la croissance nous confortent dans notre opinion selon laquelle l’Europe est au mieux de sa forme économique depuis la crise. Le moment semble opportun pour renforcer l’exposition aux actions de la région qui présentent des valorisations attractives (Royaume-Uni excepté).

Evaluation de la probabilité du scénario du pire

Même si de nombreux commentateurs ont les yeux rivés sur les sondages très favorables à Marine Le Pen au premier tour (Sondages d’opinion successifs IFOP, mars 2017), les chances qu’elle sorte victorieuse du second tour et devienne effectivement présidente sont bien plus faibles. Nous pensons en effet que le caractère radical des politiques qu’elle envisage fera alors l’unanimité contre Marine Le Pen – à gauche et au centre de l’échiquier politique.

Ensuite, il est bon de rappeler qu’en France c’est le gouvernement qui gouverne. Avec peu de sièges au parlement et sans véritable allié, Marine Le Pen – si elle passait l’obstacle presque infranchissable du second tour – se retrouverait très certainement dans l’impossibilité de former un gouvernement ou d’obtenir un soutien parlementaire suffisant pour organiser (et encore moins pour remporter) un référendum sur la sortie de la zone euro.

Cependant, dans un monde post-Trump et post-Brexit, les aberrations méritent qu’on leur accorde une attention particulière. Dans le graphique 1, nous nous faisons l’avocat du diable et envisageons que Marine Le Pen remporte la présidentielle (30% de chances selon de récents sondages) (Moyenne des sondages sur la base des données IFOP, BVA et Opinionway, mars 2017), parvient à obtenir un soutien suffisant du parlement pour organiser un référendum sur le retrait de la France de la zone euro (peu probable) et, enfin, parvient à convaincre la moitié de la population française d’abandonner la monnaie unique (tout aussi improbable). Nous aboutissons à une probabilité cumulée de Frexit à un chiffre.

 

Positionnement des portefeuilles

Pour les investisseurs qui souhaitent voir au-delà du brouillard politique et sont disposés à subir la volatilité qui lui est associée à court terme, les fondamentaux de la reprise économique de l’Europe continue de plaider en faveur de la prise de risque. Les actions européennes s’échangent avec une décote de 20% par rapport aux actions américaines (Bloomberg, 28 mars 2017) et les investisseurs internationaux, frileux en raison des incertitudes politiques, présentent encore une expositions relativement faibles. Une victoire d’Emmanuel Macron – issue qui semble, de loin, la plus probable – devrait les encourager à revoir leur sous-pondération des actions européennes.

Article rédigé le 10 avril 

*économiste en chef à la banque Lombard Odier

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