Bilan

Le patron de Lloyd's redoute l'impact d'un Brexit sur la City

Une sortie britannique de l'Union européenne aurait clairement "un impact" négatif sur la place de Londres comme centre financier, prévient le président du Lloyd's.

Pour M. Nelson, un maintien britannique pourrait même avoir l'avantage "de donner un coup de fouet au Royaume-Uni et à l'UE".

Crédits: Reuters

Une sortie britannique de l'Union européenne aurait clairement "un impact" négatif sur la place de Londres comme centre financier, prévient le président du Lloyd's John Nelson, lors d'un entretien donné à l'AFP depuis ce marché de l'assurance unique au monde.

"Au-delà du secteur de l'assurance, dans tous les services financiers on vous dira la même chose": si le Royaume-Uni décide par référendum le 23 juin de quitter l'UE, "il y aurait un impact sur Londres", l'une des deux principales places financières de la planète aux côtés de New York, prévient M. Nelson.

Les yeux souriants derrière ses larges lunettes, ce presque septuagénaire aux cheveux argentés rappelle volontiers que son institution sait de quoi elle parle: "Nous assurons dans quelque 200 pays et nous avons une présence dans environ 75, nous sommes probablement l'organisation la plus mondiale de tout le Royaume-Uni".

Ses origines remontent à la fin du XVIIe siècle, lorsque le propriétaire d'un café de Tower Street au coeur de la capitale britannique, Edward Lloyd, se bâtit la réputation de fournir d'utiles tuyaux pour le transport maritime.

Devenu un véritable marché de l'assurance, le Lloyd's reste ancré dans la City de Londres où s'élève son siège, un bâtiment aux formes modernes équipé d'ascenseurs extérieurs dont l'édification dans les années 1980 avait révolutionné l'architecture jusque-là très classique du centre d'affaires britannique.

Mais son activité qui a rapporté l'an passé quelque 36,8 milliards d'euros de primes d'assurance déborde largement des frontières, une des raisons qui pousse l'institution à plaider pour le maintien du Royaume-Uni dans le giron européen. "L'UE nous fournit un +passeport unique+ pour apporter de l'assurance en son sein", comme si le Lloyd's cumulait la nationalité de tous les États membres, explique M. Nelson.

"Autre avantage, nous pouvons travailler sous l'égide des accords commerciaux bilatéraux négociés par l'UE" avec des pays tiers, ajoute-t-il, tandis que l'ancrage européen de Londres permet aux compagnies d'assurance non européennes présentes sur le Lloyd's de bénéficier d'une porte d'entrée vers le continent.

Le manuscrit des naufrages

L'activité frénétique du Lloyd's saute aux yeux de l'observateur contemplant les quatre étages de ses salles de marché, où s'affairent les représentants de ses 84 compagnies d'assurance membres.

Installés sur leurs chaises à des bureaux bien délimités, des vendeurs d'assurance en costume sombre ou tailleur y reçoivent les visites de courtiers qui viennent s'asseoir sur des tabourets. On y négocie le montant des polices cherchées par les courtiers au nom de leurs clients, des plus classiques - une compagnie maritime voulant garantir le tour du monde d'un tanker ou un producteur de pétrole inquiet pour son derrick - au plus spécifique - la compagnie Virgin Galactic assurant son vaisseau spatial.

Le fonctionnement en marché permet non seulement aux courtiers de mettre en concurrence les assureurs, mais aussi à ces derniers de partager les risques des projets les plus téméraires.

En cas de Brexit, "Londres resterait un centre financier important mais il serait plus compliqué pour nous de faire des affaires", prévient M. Nelson, bien que Lloyd's ait "des plans de secours" pour s'adapter à la nouvelle donne si les Britanniques devaient opter pour la rupture avec Bruxelles.

Pour se rappeler la fragilité de son commerce, Lloyd's expose, au coeur de son grand patio, un manuscrit où sont répertoriés les naufrages de navires du monde entier en vertu d'une pratique immuable depuis trois siècles.

Son patron se veut néanmoins raisonnablement "optimiste" quant au triomphe "du bon sens" au référendum, que les sondages prévoient encore serré. "Les arguments sur l'impact en termes d'emploi, de salaires et de prospérité économique ont été bien présentés, je crois qu'au final il est assez clair qu'il est dans l'intérêt du Royaume-Uni de rester dedans", explique-t-il.

Pour M. Nelson, un maintien britannique pourrait même avoir l'avantage "de donner un coup de fouet au Royaume-Uni et à l'UE", notamment pour faire prendre conscience à Bruxelles des nuisances engendrées par ce qu'il considère comme un trop-plein de régulation.

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