Bilan

Le Nasdaq flirte avec un nouveau record

Le baromètre américain des technologies est parvenu à maîtriser son passé. A la différence du temps de la bulle internet, les cas d’excès paraissent aujourd’hui clairsemés.
  • Depuis mars 2009, le Nasdaq Composite a grimpé de plus de 285%.

    Crédits: Dr
  • Des voitures, donc. Des médias américains rapportent que les ingénieurs d’Apple travaillent à un véhicule maison, un iCar. Le groupe high-tech a adopté, l’an dernier déjà, un projet intitulé «Titan». Steve Zadesky, qui le dirige, peut compter sur une équipe de près de 1000 personnes. Il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu’Apple ne fasse les grands titres dans les high-techs. C’est autre chose qu’il y a quinze ans: quand le Nasdaq s’est envolé, Apple ne faisait guère plus qu’une note de pied de page. En mars 2000, le lecteur de musique iPod était encore en phase d’élaboration, l’iPhone et l’iPad dans les limbes. Apple venait d’échapper à la faillite. Aujourd’hui, le groupe est le poids lourd du Nasdaq et l’entreprise dicte désormais les tendances technologiques. Sa smartwatch sortira au printemps. Sous la houlette de Google, les rivaux en ont déjà proposé, mais jusqu’ici sans succès. Les investisseurs espèrent qu’avec l’Apple Watch, la marge de bénéfice opérationnel de la société repartira vers le haut. Avec un ratio cours/bénéfice 2015-2016 de 15, le titre n’est pas encore trop coûteux.

  • Google est-il déjà sorti de la phase de beau temps? Le «New York Times» a émis l’hypothèse dans un article qui a retenu l’attention. Il est trop tôt pour parler d’un déclin de Google, mais la question reste d’actualité. En 2000, Google n’était même pas en bourse, puis il est devenu numéro 2 des poids lourds du Nasdaq. Mais le créateur de moteurs de recherche n’a pas réussi en dix-sept ans d’existence à créer de nouveaux produits. L’essentiel de ses recettes provient des pubs placées çà et là au fil des recherches sur internet. Pendant ce temps, d’autres, à l’instar de Facebook, réussissent aussi dans le placement publicitaire sur internet. Voitures qui se conduisent toutes seules, lentilles de contact qui mesurent la pression sanguine, ballons internet: les champs d’activité de Google sont multiples. Mais le CEO Larry Page doit prendre garde à ne pas voir trop grand et à ce que ses nouvelles marottes ne se traduisent pas un jour par une perte de ses bénéfices. Ceux qui croient que Larry Page réussira son coup peuvent tenter un achat avec un PER de 17, les autres loucheront sur Facebook.

  • C’était le beau temps: au tournant du millénaire, la surveillance des cartels avait Microsoft dans le collimateur tout autour du monde. Les Etats débattaient du démembrement du fabricant de logiciels. Le marché a donné, le marché a repris: certes, les programmes du plus grand producteur de logiciels du monde dominent toujours le segment des PC. Mais les smartphones et les tablettes ont depuis longtemps détrôné l’ordinateur personnel. Par leurs fonctions, ces appareils ne sont pas loin des plus grosses machines et Microsoft, notamment par l’arrogance de son management, a manqué le coche. Désormais, Satya Nadella est à la tête de Microsoft depuis presque un an. Il ouvre l’entreprise aux produits de la concurrence et propose aussi des logiciels pour des appareils avec systèmes d’exploitation Google ou Apple. Windows 10, son dernier logiciel, devrait arriver sur le marché cette année et réduire la différence avec le segment des smartphones et tablettes. Cela réussira-t-il? Avec un PER 2015-2016 de 15, le titre n’est pas encore épuisé.

  • La bourse s’étonne quand Amazon fait jouer ses muscles, comme au début de cette année. Récemment, les investisseurs se sont à nouveau énervés à propos de l’idée de Jeff Bezos d’investir l’essentiel de son bénéfice. C’était pareil en l’an 2000. Mais en janvier de cette année-là, le patron du plus grand distributeur mondial avait montré qu’Amazon pouvait aussi bien engranger des profits. En peu de temps, l’action a grimpé de 10%. Cette année, elles sont déjà en bonus de 23%. La profitabilité revient au centre des soucis des investisseurs, car la croissance d’Amazon ralentit. Cela est dû, entre autres, au fait qu’une partie du commerce passe par internet. Les clients téléchargent désormais livres, films et musique directement sur leur appareil, souvent moins cher. Cela dit, rares sont les commerçants aussi bien préparés qu’Amazon à cet univers du commerce numérique, grâce à ses investissements permanents. La prochaine déception quant aux résultats est programmée. Avec un PER de 168, les investisseurs devront montrer de la patience et saisiront l’occasion avec un cours plus favorable.

  • En mars 2000, Sirius XM était au nombre des poids lourds du Nasdaq, à l’égal de Microsoft et de Cisco. A son plus haut, le titre de ce prestataire de radio par satellite cotait autour de 70 dollars. Il se négocie aujourd’hui 4 dollars. Les attentes quant aux radios par satellite et aux opportunités publicitaires ne se sont pas concrétisées. La radio internet ronge le potentiel des abonnés de Sirius XM. Il y a six ans, Sirius s’était alliée avec son rival XM en une «fusion entre égaux». Peu après, en février 2009, l’entreprise était à deux doigts de la faillite. Les actions s’échangeaient à un plus bas historique de 0,05 dollar. Mais, en ce début de février, Sirius XM a présenté des résultats convenables: chiffre d’affaires et bénéfice se situent au-dessus des attentes. Les actions ont pris de la vigueur et souligné une fois de plus une grande volatilité, déjà bien connue de la bourse. Sur cinq ans, les actions ne se sont pas remplumées, malgré d’énormes éruptions. Ce n’est pas un hasard si elles figurent aujourd’hui au Nasdaq avec la plus haute position short. Ne pas acheter.

  • En mars 2000, les titres de Level 3 Communications atteignaient un plus haut de 2000 dollars. Sur le Nasdaq, la société faisait alors partie de l’avant-garde. Actuellement, son titre vaut un peu plus de 50 dollars. Fondée en 1985, Level 3 exploite des réseaux de communication et les loue, notamment à des entreprises de télécoms: 19 des 20 plus grandes entreprises de télécoms font partie des clients de Level 3. En 1998, en plein boom, la société est entrée en bourse. L’histoire de Level 3, fournisseur de soutiens lors de la ruée vers l’or du boom internet, avait enthousiasmé les investisseurs. Les chiffres livrés en début de mois se situaient dans le cadre des attentes. Récemment, les titres se sont mieux comportée que le Nasdaq: sur un an, les Level 3 affichent un avantage de bien 40%. Le bénéfice avant impôt et amortissements devrait augmenter cette année de 12 à 16%. Certains investisseurs ont été convaincus que Level 3 parviendra enfin à obtenir un cash-flow positif. Le management promet qu’on est sur la bonne voie. Mais les actions ne sont à recommander qu’aux adeptes purs et durs du monde des réseaux.

La plupart des investisseurs ne s’y attendaient pas: le Nasdaq Composite est à deux doigts d’égaler son record absolu de l’an 2000 et, pour la première fois depuis quinze ans, il pourrait avancer en terrain inconnu. A la différence d’alors, cette progression se base aujourd’hui sur des fondements beaucoup plus stables. Encore que, dans certains secteurs partiels, on constate à nouveau des tendances qui évoquent les excès du temps de la bulle internet.

Ceux qui ont misé sur des actions technologiques ces dernières années ne le regrettent pas. Depuis son creux de la crise financière, en mars 2009, le Nasdaq Composite a grimpé de plus de 285%, à plus de 4900, alors que pour le Dow Jones Industrial et le S&P 500, la progression n’a été respectivement «que» de 210 et 175%. Reste que l’indice des technologies n’a toujours pas franchi la barre la plus symbolique: tandis que le Dow et le S&P 500 atteignaient leur plus haut au printemps 2013, le Nasdaq n’a pas encore retrouvé son record historique de 5048,62 du 10 mars 2000.

Si ce record semble désormais tout proche, le Nasdaq le doit surtout à sa locomotive Apple. Avec le lancement d’une nouvelle génération d’iPhones, le poids lourd de l’indice a misé juste et présenté à fin janvier le meilleur résultat trimestriel jamais réalisé par une entreprise: 18 milliards de dollars.

L’équipementier de réseau Cisco Systems a lui aussi donné de l’élan au Nasdaq: il y a peu, il a agréablement surpris par des chiffres trimestriels solides et une hausse du dividende. «Cisco ne s’est jamais aussi bien portée», soulignait avec fierté son CEO John Chambers. L’homme qui est aux commandes opérationnelles de Cisco depuis 1995 avait vécu de près l’énorme bulle des IT. A l’époque, Cisco faisait partie, avec Microsoft, Amazon, Sirius XM et Level 3, des poids lourds du Nasdaq Composite. En revanche, on parlait à peine des leaders actuels du secteur, Apple et Google.

Mecque californienne des technologies, la Silicon Valley constituait alors un tout autre monde. Les investisseurs croyaient à la croissance sans limites de la «nouvelle économie», négligeaient les instruments éprouvés de l’évaluation des actions et se fiaient de préférence à des critères ésotériques comme le nombre de clics
ou le temps passé sur un site web.

Le marché des entrées en bourse devenait incandescent; plus une entreprise claquait de l’argent, plus son cours grimpait. Début 2000, des sociétés comme pets.com, E*Trade et computer.com grillaient jusqu’à 60% de l’ensemble de leurs ressources financières pour 90  secondes de spot TV lors de la retransmission du Super Bowl. A la fin, l’avidité était telle que certaines actions progressaient uniquement parce que les investisseurs confondaient le symbole boursier avec celui d’une entreprise internet tendance.

L’âge de raison?

En comparaison, on constate aujourd’hui une discipline beaucoup plus grande. Les estimations des analystes sur douze mois indiquent que le ratio cours/bénéfice (PER) dans le secteur IT dépassait 50 en mars 2000. De nos jours, il est autour de 16 et évolue à peu près au niveau de l’ensemble du marché. 

Certes, le leader du secteur Apple a été la première entreprise à atteindre récemment la capitalisation de marché astronomique de 700  milliards de dollars. A l’aune des douze mois écoulés, son PER de 15 n’indique toutefois aucune exagération. Pour mémoire, quand Cisco devint en 2000 l’entreprise la plus valorisée du monde avec 570  milliards de dollars, le titre faisait état d’un PER de 240.

Aujourd’hui, le secteur se comporte également de manière beaucoup plus conservatrice avec l’argent. Leurs caisses bien remplies font que des leaders tels que Microsoft, Oracle, Cisco et Apple passent pour des payeurs de dividendes fiables. 

Selon les calculs de Bank of America, les entreprises technologiques inscrivent même plus de cash que de dettes dans leur bilan, ce qui n’est le cas dans aucun autre secteur. «Les groupes technologiques sont très bien positionnés pour accroître les paiements de dividendes et les rachats d’actions, augmenter les dépenses de capital et réaliser des acquisitions», concluent les analystes de la grande banque.

Le Nasdaq a ainsi de fortes chances de tirer un trait sur son passé chahuté et de progresser en terrain inexploré. A vrai dire, la médiocre conjoncture mondiale pourrait agir comme un frein, car les groupes technologiques réalisent presque 60% de leurs ventes en Europe, Asie et Amérique latine. Cela fait aussi du dollar fort un facteur de problème, sachant qu’il s’est renforcé de 18% depuis l’été dernier. Microsoft, par exemple, s’attend à réduire ses recettes de 4% au cours du trimestre à cause de la force du dollar. D’un autre côté, le dollar fort attire aussi les investissements dans les titres américains, ce dont les valeurs technologiques bénéficient.

C’est pourquoi, avant de se lancer, il vaut la peine de trier. Les valorisations grimpent très fort dans le capital-risque et les IPO. La prudence est de mise surtout dans des secteurs particuliers comme les médias sociaux, les biotechs et le cloud computing. L’exemple type à cet égard est Netsuite, un prestataire de services de calcul en ligne avec une valeur boursière de près de 8 milliards de dollars et un PER de plus de 300. «L’énorme mise en place de centres de calcul dans le cloud est un exemple d’investissement hasardeux, avertit le stratège des IT Fred Hickey. Car, en la matière, les dommages peuvent être encore pires que du temps de l’offre surabondante de fibre optique et de services d’hébergement après l’an 2000.»

Article repris de «Finanz und Wirtschaft» 

Christoph Gisiger

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