Bilan

Le monde financier se prépare à affronter les turbulences du Brexit

A la veille du scrutin sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, les banques ont augmenté leurs effectifs pour parer à toute éventualité.

UBS a mis en garde ses clients face à de possibles restrictions du négoce en lien avec le référendum sur le Brexit.

Crédits: Keystone

Les acteurs financiers se préparaient mercredi à affronter les turbulences que risque de provoquer le référendum sur le Brexit. A la veille d'un scrutin ou partisans et opposants à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) se retrouvent au coude à coude, les banques ont augmenté leurs effectifs pour parer à toute éventualité.

"Les volumes vont dépendre de l'issue du scrutin. Si le Brexit est adopté, les volumes vont exploser, si les Britanniques votent pour un maintien dans l'UE on restera à des niveaux assez classiques", a indiqué à AWP Laurent Bakhtiari, analyste chez IG Bank (Suisse).

Les Britanniques votent jeudi sur un maintien ou non de leur pays au sein de l'Union européenne. Les bureaux de vote fermeront vers 23h00 (heure suisse) et le dépouillement débutera dans la foulée. Aucun sondage à la sortie des urnes n'est prévu. De premiers résultats partiels, notamment ceux de Londres, devraient être disponibles vers 02h00 dans la nuit de jeudi à vendredi, suivi des autres grandes villes britanniques au petit matin. Les derniers résultats devraient être dévoilés vers 08h00.

Le négoce des devises, un marché actif 24h/24, sera principalement sollicité, mais aussi celui des actions, indique M. Bakhtiari.

Selon ce dernier, "la livre sterling et l'euro seront les principales devises négociées. Les marchés actions seront également sollicités avec un contrecoup pour les titres directement impactés par le vote", notamment les grands groupes bancaires britanniques, mais aussi des sociétés orientées vers l'UE comme Rio Tinto, Rangold ou Vodafone.

Par ricochet, le franc devrait également être affecté par une éventuelle baisse de l'euro, alors que les entreprises suisses ne devraient pas être très impactées, anticipe le spécialiste d'IG Bank.

Équipes de nuit mobilisées

"Il est possible qu'il y ait des problèmes de liquidités. Les acteurs de marché sont plutôt en faveur d'un maintien dans l'UE et un Brexit provoquerait un effet de surprise", a dit Laurent Bakhtiari. Pour faire face à toute éventualité, le courtier a mobilisé plus de personnel pour la nuit de jeudi à vendredi et a augmenté ses marges sur les métaux, les indices et devises.

SIX, gestionnaire de l'infrastructure de la place financière suisse, se veut plus serein après avoir surmonté le tsunami de négoce provoqué par l'abandon du cours plancher EUR/CHF. Le 15 janvier 2015, le groupe avait engrangé 950'000 transactions pour un volume de 27,7 mrd CHF, a rappelé le porte-parole. Selon ce dernier, les capacités de SIX n'avaient alors pas atteint leur limite.

"A l'époque, nous avons bien surmonté cette épreuve et géré six fois le volume moyen quotidien. Notre plateforme est conçue pour faire face à de fortes fluctuations", a souligné le porte-parole.

Le courtier en ligne Swissquote a quant à lui pris les devants pour éviter des déconvenues, comme celles connues après la fin du taux plancher. Certains clients avaient subi des pertes, obligeant la société glandoise à provisionner 25 mio CHF.

"Nous avons pris des précautions au niveau du staff", a expliqué le directeur général Marc Bürki à AWP. Une équipe de 50 personnes sera à pied d'oeuvre la nuit de jeudi à vendredi pour conseiller les clients et surveiller l'évolution du marché. Les mouvements sur la livre sterling et l'euro seront tout particulièrement scrutés.

"Nous avons appris de l'expérience de la BNS", a assuré le patron. A court terme, un "oui" au Brexit et la volatilité qu'il engendrerait seraient synonymes de revenus à la hausse pour Swissquote. Le courtier pourrait néanmoins pâtir à moyen terme du cycle baissier qui s'emparerait des marchés en cas de sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, conclut M. Bürki.

Clients mis en garde

Côté alémanique, certains instituts ont également pris leurs précautions. Les courtiers de la Banque cantonale de Bâle (BKB) seront à pied d'oeuvre dès vendredi à 01h00 jusqu'à 18h00, a précisé une porte-parole. L'établissement bâlois a également envoyé une missive à ses clients, les informant du risque accru de volatilité et d'éventuelles difficultés sur la fixation des prix.

La Banque cantonale de Lucerne (LUKB) a pour sa part mobilisé ses équipes de jeudi soir jusqu'à la clôture du négoce vendredi en fin d'après-midi.

UBS a mis en garde ses clients face à de possibles restrictions du négoce en lien avec le référendum sur le Brexit. Si des fluctuations extrêmes ou des pénuries de liquidités surviennent, le groupe pourrait avoir des difficultés à réaliser certaines transactions sur sa plateforme électronique. Le cas échéant, les transactions seront effectuées dès que le commerce se sera normalisé, selon l'ats.

Peu de précédent existent en matière de vote sur la sortie d'un pays ou d'une alliance, a rappelé IG Bank. Le plus récent - le référendum en 2014 sur l'appartenance de l'Ecosse au Royaume-Uni qui s'était soldé par un "oui" - avait vu les marchés se ranger derrière les partisans à un maintien au sein de la Grande-Bretagne. Mais les acteurs ont paniqué à quelques semaines du scrutin lorsqu'un sondage avait donné les indépendantistes gagnants.

Pour le scrutin de jeudi, les deux camps se trouvent quasiment à égalité, selon le dernier sondage de Survation. 45% des personnes interrogées se sont déclarées pour un "remain" et 44% pour un "leave". Les indécis, 11% des sondés, risquent de faire la différence.

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