Bilan

Le marché Forex regarde vers l’Orient

Des conditions macroéconomiques et règlementaires compliquées dans les centres financiers traditionnels du Forex poussent leurs acteurs à regarder ailleurs. Singapour, Hong Kong et Shanghai gagnent petit à petit des parts de marché.

Singapour et les autres tigres asiatiques grignotent des parts de marché dans le Forex à la place historiquement forte de Londres.

Le marché Forex a longtemps été concentré à Londres, New York et Tokyo. C’est dans ces trois centres financiers majeurs qu’il a connu sa phénoménale mue. En 2001, le volume mondial des opérations de changes s’élevait à $1239 milliards en moyenne par jour, selon l’enquête triennale de la Banque des règlements internationaux (BIS), basée à Bâle qui sert de référence mondiale. En 2013, il a atteint son plus haut niveau historique, à $5357 milliards. « Cette croissance a été engendrée par la mondialisation, le développement de la couverture de risques sur les devises et la spéculation », indique dans une note publiée récemment Matthew Lempriere, le responsable mondial du marché des services financiers de l’opérateur australien Telstra.

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Les chiffres de 2016 ont pourtant montré le premier recul des opérations quotidiennes du marché Forex en plus de dix ans, à $5 067 milliards. Matthew Lempriere y voit plusieurs explications. En dehors de l’abandon du cours plancher du franc face à l’euro par la banque nationale suisse le 15 janvier 2015 et le référendum britannique sur l’Europe du 23 juin 2016, peu d’événements internationaux ont fait bougé les devises. Parallèlement, la mise en place de nouvelles règlementations internationales a forcé les banques, la première source de liquidité pour le commerce de Forex, à réduire leur activité. Et ce sans que leur apport ne soit intégralement remplacé. « Les changements liés aux accords MiFID, qui seront applicables en janvier prochain, la règle Volcker et la réglementation Dodd Frank ont limité la capacité d’action des banques et le coût de leurs opérations, » rappelle Jon Vollemaere, le directeur exécutif de la nouvelle plateforme R5FX spécialisée sur les devises des marchés émergents.

Ces nouvelles limites ont engendré un phénomène visible de tous les acteurs du secteur : le déplacement progressif de l’activité vers l’Asie. Londres, le premier centre mondial, a vu sa part du marché Forex diminué de 40,8% en 2013 à 36,9% trois ans plus tard. Et ce alors que le Brexit n’est pas encore intervenu… Dans le même temps, celle de Singapour, Hong Kong et Shanghai a progressé de 10,5% à 15,7%. De manière générale, la région profite du dynamisme de son économie, qui contraste largement avec la panne de croissance des économies occidentales et la faiblesse de leurs taux d’intérêts. « Les devises asiatiques, en tête desquelles la roupie indienne et le Renminbi chinois, sont plus actives et paraissent plus prometteuses que l’euro, le dollar, le yen et la livre-sterling », assure Jon Vollemaere. La liquidité accrue de ces devises n’est pas non plus sans déplaire aux fonds spéculatifs et aux opérateurs pour compte-propre. 

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La progression de Singapour est particulièrement marquante. La part de marché de la cité Etat est passée de 5,7% à 7,9%, avec des échanges quotidiens de $383 milliards à $517 milliards. « Singapour a tout fait pour attirer les traders internationaux, assure Julie Nicolas, le directrice de l’activité financière de The Hive, spécialisée dans l’organisation d’événements sur les marchés dérivés. « Outre qu’il accorde des subventions aux nouveaux venus, son régulateur financier a beaucoup investi en infrastructures numériques pour attirer le courtage électronique. Il bénéficie aussi d’une position géographique idéale pour le courtage de Forex. Globalement, la flexibilité des marchés asiatiques et le coût plus faible des opérations les rendent très attractifs pour les gestionnaires de portefeuilles avec qui nous discutons quotidiennement. »

Dans son ombre se dressent les deux villes chinoises. Hong Kong dispose pour le moment d’un avantage considérable, lié à la présence historique d’un environnement financier ouvert et anglophone, et de la coexistence du dollar hongkongais et du renminbi. Ce n’est donc pas un hasard si sa part des échanges mondiaux a fortement progressé, de 4,1% à 6,7%. Son avenir politique très incertain fait pourtant hésiter de nombreux acteurs du secteur. « La maxime « un pays deux systèmes » permet à Hong Kong d’être une place à part en Chine et ainsi d’être attractive », nous raconte un trader désireux de rester anonyme. « Personne ne pense pourtant qu’elle subsistera à moyen terme, ce qui ferait tomber nombre de ses avantages. Surtout si Pékin décide d’investir pour substituer Shanghai à Hong Kong. »

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La part de la capitale économique chinoise dans les échanges reste très faible (0,7% en 2013, 1,1% en 2016) mais elle devrait profiter du gain d’intérêt pour la devise chinoise, qui a vu sa part des échanges mondiaux évoluer de 2,2% à 4% des volumes mondiaux en trois ans. Elle est désormais la huitième devise la plus échangée, devancée de peu par le franc suisse (4,8%) et le dollar canadien (5,1%). Outre cette augmentation des échanges, « l’utilisation de la monnaie chinoise en tant qu’instrument de financement ainsi que dans le cadre de transaction financière (plutôt que commerciales) s’est également accrue », indique les rédacteurs du rapport « contraction des marchés des changes : causes et implications », publié en décembre 2016 par la BIS.

La volonté politique de Pékin et l’attraction du pays du milieu sur les acteurs du marché du Forex lui bénéficieront-ils ? C’est indéniable. Il n’en reste pas moins qu’« il existe actuellement de nombreuses limites au développement de Shanghai, rappelle Jon Vollemaere. « La Chine n’est pas membre de Swift, d’ISDA, de CLS, qui garantissent à tous les acteurs qu’une opération d’être payés. Pour compenser, les banques chinoises doivent donc fortement gonfler le capital de leurs filiales étrangères. Ensuite, il existe d’importantes restrictions autour du renminbi et l’on sait avec les expériences du won coréen ou du dollar taiwanais qu’il faut beaucoup de temps pour s’en extraire. »

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