Bilan

Le fonds souverain norvégien boycotte les producteurs d'huile de palme

Le plus important fonds souverain au monde, celui issu des revenus pétroliers de la Norvège, vient d'annoncer qu'il retirait ses capitaux de quatre acteurs majeurs de la production d'huile de palme, en raison des dégâts causés à l'environnement.
  • Les dégâts provoqués par la production d'huile de palme ont poussé le fonds souverain norvégien à retirer ses capitaux de quatre sociétés productrices d'huile de palme.

    Crédits: Image: AFP
  • La déforestation et les atteintes à la forêt tropicale dans l'Asie du Sud-Est ont poussé le comité éthique du fonds souverain à exclure quatre groupes actifs dans la production d'huile de palme.

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  • La forêt tropicale des îles de l'archipel indonésien est largement mise à mal depuis de nombreuses années par les producteurs d'huile de palme qui déforestent pour planter des palmiers.

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Pétrole contre huile de palme: c'est qui semble émerger symboliquement de la décision du fonds souverain norvégien. Celui-ci, qui pèse la bagatelle de 7'195 milliards de couronnes norvégiennes (soit plus de 800 milliards de francs), issues principalement des revenus du pétrole de la Mer du Nord, a annoncé en début de semaine qu'il se retirait du capital de quatre firmes asiatiques actives dans la production d'huile de palme.

Ce choix ne semble aucunement lié à la rentabilité de ces placements ou à une stratégie de maximisation des bénéfices de la part du fonds souverain le plus important au monde. Dans son communiqué, la Norges Bank (autorité de tutelle du fonds souverain) affirme sans ambages les motivations environnementales de la décision: «Les compagnies sont exclues sur la base sur une évaluation des risques au sujet de dégâts environnementaux graves».

Deux sociétés malaisiennes, le groupe Daewoo et POSCO

Dans le collimateur de Norges Bank figurent deux sociétés malaisiennes, Genting Bhd et IJM Corp Bhd, actives directement dans les plantations de palmiers destinés à la production d'huile, mais aussi le conglomérat sud-coréen Daewoo International et sa maison-mère POSCO. Ces deux dernières sont également actives dans la transformation des récoltes de plantations dans le Sud-Est asiatique et à Madagascar, via une filiale indonésienne détenue à 85% et spécialisée dans ces activités agricoles.

Cette décision est loin d'être anodine. Certes, le fonds norvégien ne détenait que des parts minimes dans ces quatre groupes: 0,4% de Genting Bhd (soit 41 millions de dollars), 1,6% de IJM Corp Bhd (soit 46 millions de dollars), 0,28% de Daewoo International (9 millions de dollars) et 0,91% de POSCO (198 millions de dollars). Mais les capitaux du fonds souverain norvégien, qui pèse 1,3% de la capitalisation boursière mondiale, sont généralement vus comme les garants d'une stabilité capitalistique qui tend à rassurer les autres investisseurs. En plus de ce mauvais signal financier, c'est aussi une communication négative qui va impacter ces quatre sociétés.

L'exclusion par le fonds souverain norvégien rejoint un large mouvement sociétal qui rejette soit l'huile de palme en bloc, soit les atteintes de sa production de masse. Certains grands groupes de l'agroalimentaire ont, sous la pression de ce mouvement, annoncé des mesures pour favoriser une huile de palme qui serait produite en minimisant l'impact sur les milieux naturels, comme Nestlé ou Ferrero.

La liste des sociétés exclues par le conseil éthique

Avec son conseil éthique, qui formule des recommandations régulières appuyées sur la notion de responsabilité sociale et environnementale, le fonds souverain norvégien se distingue des autres fonds souverains et de nombreux fonds d'investissement pour lesquels ces critères sont au moins secondaires sinon absents.

C'est ainsi que le fonds souverain norvégien tient à jour sur son site web une liste détaillée des entreprises exclues de son champ d'investissement avec les raisons pour lesquelles ces sociétés ont été exclues. Y figurent notamment des géants mondiaux de leur secteur comme Boeing, Airbus ou Safran au titre de leur implication dans la production d'armes nucléaires, British American Tobacco, Japan Tobacco ou Philip Morris International en raison de leur activité dans le tabac, Africa Israel Investments ou Danya Cebus à cause de «sérieuses violations des droits de l'homme en situation de guerre ou de conflit».

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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