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Le FMI publie une étude qui contredit la thèse de Thomas Piketty

Et si l'auteur du Capital au XXIe siècle avait faux? C'est l'une des conclusions d'une étude du FMI publiée voici quelques jours et selon laquelle il n'y a pas d'automaticité entre hausse rapide des revenus du capital et creusement des inégalités.
  • Les thèses de Thomas Piketty sont largement remises en cause par l'étude publiée voici quelques jours par le FMI.

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  • L'étude du FMI s'appuie sur 30 années de données collectées dans 19 pays développés.

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  • Dans 75% des pays auscultés, une hausse des revenus du capital plus rapide que la croissance du PIB n'entraîne pas d'accroissement des inégalités.

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Il aura fallu trois ans pour arriver à une contradiction efficace. Depuis 2013, aucune publication d'ampleur internationale, basée sur des chiffres récents et une comparaison entre de nombreux pays n'avait réussi à mettre à mal le postulat de l'économiste français Thomas Piketty. Selon ce dernier, les dernières décennies ont prouvé que, lorsque les revenus du capital augmentent plus vite que la croissance du PIB, les inégalités se creusent. Plusieurs études avaient relativisé ses conclusions, mais toujours en prenant comme base un seul pays ou une période très restreinte.

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Mais la bataille faisait rage depuis des mois entre les partisans de Piketty et ses adversaires. Sous la direcion de Carlos Góes, une vaste enquête a été menée dans 19 pays développés et sur une période de 30 ans par le Fonds monétaire international (FMI). Dès l'introduction, le chercheur rappelle que «même s'il est riche en données, le livre (de Thomas Piketty) ne propose aucune preuve formelle et empirique de sa chaîne de causalité pour sa théorie». Il explique ensuite sa démarche en s'appuyant sur des équations poussées, basées sur le PIB, le capital, le travail, résumant ainsi ce que Thomas Piketty décrit comme les permière et deuxième lois fondamentales du capitalisme.

Des conclusions opposées aux théories de Piketty

En compilant l'ensemble des données fournies par les instituts statistiques de pays développés aussi différents que l'Australie, les Etats-Unis, la Corée du Sud, le Portugal, Singapour, la France, l'Allemagne, l'Italie ou encore la Suisse, il est arrivé à la conclusion suivante: «Je n'ai pas découvert la moindre preuve empirique que la dynamique va dans la direction que propose Thomas Piketty». Plus important encore: la tendance irait même dans le sens contraire des théories de l'économiste français. Ainsi, Carlos Góes affirme que «dans au moins 75% des pays, la réponse aux inégalités par rapport aux croissances en r-g (NdlR: r étant le capital et g le taux de croissance) va dans le sens opposé à ceux postulés par Thomas Piketty». Et il appuie sa démonstration en expliquant avoir tenu compte de différentes variables (rendement à long-terme des bons du Trésor, taux d'intérêts à court-terme,...), et les résultats restent similaires.

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Ainsi, cela signifierait que, lorsque les revenus du capital sont importants (davantage que le rythme de croissance du PIB), les écarts de richesse auraient, dans ces pays, tendance à se réduire. Le mécanisme a beau rester obscur, les chiffres sont implacables et démontrent que la profitabilité du capital n'est en rien synonyme de creusement des inégalités de richesse entre les plus pauvres et les plus riches.

Prudent, le chercheur du FMI ajoute que le creusement des inégalités constitue «un phénomène complexe dont les tendances sont assez stagnantes». Il n'exclue donc pas que les théories de Thomas Piketty puissent s'avérer vraies sur le très long terme: «Il est certainement possible que les relations de long-terme que propose Piketty (NdlR: entre rythme de la croissance, revenus du capital et creusement des inégalités) existent et ne soient simplement pas capturées par les données sur 30 ans pour 19 pays développés. Mais la meilleure compilation de données possible à ce jour» ne le montre pas.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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