Bilan

Le dollar fort inquiète Davos, un peu moins l'équipe de Trump

L'arrivée au pouvoir de Donald Trump a provoqué une hausse du dollar en anticipation d'une politique de relance.

Le prochain gouvernement américain ne consacrera pas ses efforts à la lutte contre la hausse du dollar.

Crédits: Keystone

A trois jours de l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, la crainte d'une forte hausse du dollar inquiète le World Economic Forum (WEF), y compris l'équipe du président élu, mais dans une moindre mesure.

L'arrivée au pouvoir de Donald Trump a provoqué une hausse du dollar en anticipation d'une politique de relance qui doperait l'inflation et par ricochet, le dollar.

"Je pense que nous devons faire attention avec la hausse de la monnaie (...), mais aussi parce qu'il y aurait un impact sur les Etats-Unis aussi", a reconnu Anthony Scaramucci, membre de l'équipe de transition de M. Trump qui s'est rendu cette année à Davos pour expliquer les intentions du président élu.

Mais il a vite mis de côté ces inquiétudes pour rappeler les objectifs de son gouvernement.

"Notre priorité est de relancer le rêve américain", a-t-il expliqué. "Nous nous focaliserons tout d'abord sur les classes ouvrières et la classe moyenne. Au bout du compte, elles seront le moteur de la croissance", a-t-il insisté lors d'un débat consacré à la politique monétaire.

En clair, le prochain gouvernement américain ne consacrera pas ses efforts à la lutte contre l'inflation ou la hausse du dollar, pour le plus grand dépit d'autres participants au débat.

"Si le dollar se renforce à court terme, ce sera le problème financier le plus sérieux que le monde devra affronter au cours de cette année", a alerté David Rubenstein, du fonds américain Carlyle Group.

Le professeur chinois Li Daokui, de Tsinghua University, était sur la même ligne: "toutes les banques centrales en dehors des Etats-Unis parlent actuellement de l'appréciation (du dollar), en particulier dans les marchés émergents. Et si le taux de change continue de grimper, ce sera aussi un problème pour l'Amérique", qui serait frappée par ricochet, a-t-il expliqué.

M. Trump prévoit un plan d'investissements massif dans les infrastructures de plus de 500 milliards d'euros qui pourrait être hautement inflationniste et entraînerait une hausse des taux et une appréciation de la devise américaine,

Une situation qui pourrait contraindre la Fed à relever ses taux rapidement, avec des conséquences immédiates à l'échelon mondial, en particulier pour les pays émergents qui empruntent en dollars et dont le coût de la dette s'envolerait.

Depuis l'élection de M. Trump, le dollar a fortement augmenté par rapport aux autres monnaies. A la mi-décembre, l'euro a atteint son niveau le plus bas en 14 ans, avant de se reprendre légèrement. Chez les émergents, le peso mexicain est le plus pénalisé. Il a atteint la semaine dernière son plus bas historique.

La Fed doit penser global

"Si cette tendance continue, une intervention pourrait s'avérer nécessaire pour empêcher que le dollar se renforce trop, sinon il faudra un plan de sauvetage pour certains pays. Ce serait quand même ironique que le Mexique doive être sauvé par le gouvernement Trump", a plaisanté M. Rubenstein, en allusion à la menace de M. Trump de faire payer au pays voisin la construction d'un mur sur la frontière.

La réponse de M. Scaramucci ne s'est pas faite attendre. "Vous pouvez avoir une croissance robuste et un dollar fort comme nous l'avons vu dans les années 80", sous la présidence de Donald Reagan, a expliqué M. Scarmucci qui a rappelé que les mesures prises par la Fed dans les années 30 avaient "rendu service aux Etats-Unis et à l'économie mondiale".

M. Scaramucci a reconnu, par ailleurs, que la Fed devait être indépendante. M. Trump l'avait souvent critiqué pendant sa campagne électorale.

Pour M. Daokui, la Fed doit "penser à l'impact international" de ses décisions.

"Le dollar est aujourd'hui plus important et plus international qu'il y a dix ans. Tout le monde devrait le savoir, y compris le président élu Trump", a-t-il expliqué. "Mais la Fed n'en tient pas compte. Elle parle encore d'inflation, mais oublie les fortes conséquences de sa politique monétaire sur d'autres pays et économies".

Pour Carmen Reinhart, de la Harvard Kennedy School, l'évolution du dollar est l'enjeu de la politique monétaire aujourd'hui. "La force du dollar sera le facteur qui sera pris en compte pour modérer le rythme de normalisation de la politique monétaire", a-t-elle estimé.

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