Bilan

Le discret paradis schwytzois de Feusisberg

Peuplée de riches industriels allemands et de banquiers genevois, cette commune de la rive nord du lac de Zurich offre un taux d’imposition parmi les plus bas de Suisse.
  • Feusisberg-Schindellegi est une des communes les plus riches de Suisse.

    Crédits: Roland Fischer
  • Martin Wipfli, président libéral-radical de la commune.

    Crédits: Anthony Anex / Keystone

Le soleil décline sur la commune schwytzoise de Feusisberg-Schindellegi, jetant une lumière ocre sur le lac de Zurich. C’est la sortie des classes, et des enfants s’échappent en criant de l’école primaire. La rue s’anime soudain. Des mères derrière des poussettes, des ados l’œil vissé à leur smartphone, des aînés avec leur caddy à roulettes en discussion sur le trottoir.

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Pas de voiture de luxe, ni de boutique Chanel, mais un supermarché Spar, jouxtant la boucherie et la boulangerie. Difficile d’imaginer que l’on se trouve ici dans l’une des communes les plus riches de Suisse, en raison de son taux d’imposition imbattable. Près d’un ménage sur cinq y déclare un revenu annuel supérieur à un million de francs, d’après des données de l’Administration fédérale des contributions.

A Feusisberg-Schindellegi, un couple marié avec un enfant (époux reformé) avec ce revenu d’un million de francs paie deux fois moins d’impôts qu’à Genève (environ 177  700 francs annuels contre 368  600 francs). A Lausanne, le ménage est taxé à 38,72% (387 200 francs) contre 17,77% dans le havre schwytzois. 

«Les communes schwytzoises de Feusisberg-Schindellegi, Freienbach et Wollerau se tiennent dans un mouchoir de poche en tant que lieux de résidence fiscale les plus avantageux de Suisse. Cela vaut pour les personnes physiques comme les personnes morales. Vu le caractère rural de Feusisberg, les sociétés se concentrent chez ses voisines du bord du lac, plus urbanisées. Pour les personnes privées, il est en revanche plus facile de trouver un logement où se domicilier à l’écart des rives», indique Charles Hermann, partenaire chez KPMG.

110 millionnaires pour 1000 contribuables

Beaucoup de banquiers de Genève résident ainsi officiellement dans ce bourg. Beaucoup d’industriels aussi, dont plusieurs figurent parmi le classement des 300 plus riches de Bilan. Le plus connu est Klaus-Michael Kühne (78 ans), président d’honneur et administrateur de la holding familiale Kühne+Nagel enregistrée dans la même commune. Numéro un mondial du transport de fret maritime, le groupe logistique occupe quelque 66 000 employés dans 1000 bureaux répartis dans une centaine de pays.

Contrôlant près de la moitié du capital, l’Allemand dispose d’une fortune de quelque 8,5 milliards de dollars, d’après nos estimations. Egalement enregistrée dans le fief schwytzois, la Fondation Kühne dédiée à la recherche académique dans le domaine de la logistique.

 «Klaus-Michael Kühne vit la plupart du temps ici et s’implique dans la vie du village. On le voit régulièrement aux concerts organisés à l’église», assure Hans Peter Spälti, chancelier de la commune. Depuis 2000, l’industriel a pour voisin Uwe Cloppenburg (75 ans), millionnaire allemand nationalisé autrichien et propriétaire du groupe textile Peek & Cloppenburg.

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La prospérité de la région se révèle récente car, dans les années 1950, Schwytz est encore un canton pauvre, dont le revenu des habitants s’inscrit en dessous de la moyenne nationale. La région se modernise durant les Trente Glorieuses. Puis en 1988, une réforme fiscale cantonale ratifiée par les urnes fait plonger le taux d’imposition à un plancher helvétique, marquant le début de l’essor économique. Selon l’AFC, Schwytz abrite actuellement 110 millionnaires pour 1000 contribuables, contre 15 dans le Jura (données 2011). Equilibrant ses comptes avec virtuosité, Feusisberg-Schindellegi s’illustre parmi les communes les moins gourmandes du canton. 

Roger Federer, Martina Hingis et Simon Ammann

Feusisberg-Schindellegi est prisé des sportifs. L’ancienne championne de tennis Martina Hingis (35 ans) y habite, ainsi que Simon Amman (34 ans), le multiple médaillé olympique en saut à ski. Le numéro trois du tennis mondial, Roger Federer (34 ans), est domicilié au bord du lac, à Wollerau, comme l’ancien numéro un d’UBS, Marcel Ospel. A côté, Freienbach a accordé la citoyenneté à deux héritiers du clan milliardaire von Finck: August François (47 ans) et Maximilian Rudolf (46 ans). 

A une ou deux exceptions près, les forfaits fiscaux n’ont pas cours dans la région. Les étrangers préfèrent obtenir un permis C puis un passeport rouge à croix blanche. «Nous effectuons entre dix et douze naturalisations par an, dévoile Hans Peter Spälti. Il s’agit souvent de ressortissants allemands aisés attirés à Feusisberg par des échos positifs de la part de compatriotes.»

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On trouve encore dans la région le Valaisan Marcel Séverin. Le fondateur de Sun Store a revendu la chaîne en 2009 à Galenica pour une somme non divulguée. En tant que président et actionnaire de la société Kumaro, il est maintenant à l’origine du projet immobilier Nova Brunnen, en partenariat avec la Banque Cantonale de Schwytz. Un chantier destiné à donner une nouvelle vie à une cimenterie désaffectée Holcim à Brunnen.

«Le principal défi est l’explosion de la population qui a fait un bond de 50% en vingt-cinq ans, pour dépasser les 5000 habitants aujourd’hui, affirme Martin Wipfli, président libéral-radical de la commune. L’attrait qu’exerce la commune fait flamber le prix des logements, ce qui contraint beaucoup de jeunes qui débutent dans la vie à déménager.»

A l’écart de la route, l’hôtel de luxe Panorama Resort & Spa est connu pour accueillir la Nati lors des entraînements précédant les épreuves importantes. Directeur du marketing, Patrick Rüegg affiche la retenue qui fait le succès de Feusisberg-Schindellegi. «Pour des raisons de discrétion, je ne peux pas vous dire qui vient au restaurant. Mais il y a beaucoup de personnalités que vous connaissez.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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