Bilan

Le crowdfunding ne cesse de croître en Suisse

Crowdlending, crowdsupporting ou crowdinvesting ? Le choix est vaste pour les entrepreneurs qui cherchent des solutions de financement alternatif.
  • Jacques Jeannerat (CCIG), le conseiller d'Etat Pierre Maudet et Rolf Gobet (OPI).

    Crédits: OPI
  • Il y avait foule pour la 8ème édition d'Actes Industries.

    Crédits: Stéphane Castella
  • Les participants étaient séparés au sein de divers ateliers.

    Crédits: Stéphane Castella
  • Une synthèse était réalisée avant d'être présentée en plénum.

    Crédits: Stéphane Castella

Alors que l’an dernier, la croissance des fonds levés via le crowdfunding a atteint 144% en Europe (frôlant la barre des 3 milliards d’euros), en Suisse, on parle de +100% avec 11 millions de francs levés par ce biais. En 2013, 720 des 1125 campagnes de financement alternatif ont atteint leur objectif, soit un taux de succès de 64%.

Voilà sans doute pourquoi cette thématique du financement alternatif était au cœur de la 8ème édition d’Actes Industries à Genève le 5 mai dernier. Une centaine d’industriels genevois étaient réunis pour réfléchir entre autres sur cette thématique. « L’accès au financement reste souvent indispensable pour optimiser l’outil de production ou permettre le lancement d’un nouveau produit. Dès lors, comment mieux exploiter les solutions alternatives de financement ? Comment tester son marché et valider l’intérêt de nouveaux produits ou de nouvelles technologies ?», résument Vincent Pignon et Thomas Gauthier, respectivement adjoint scientifique et professeur à la HEG de Genève.

Ces derniers ont ainsi présenté les trois types actuels de crowdfunding : la précommande, dont l’avantage est de pouvoir tester rapidement le marché lorsque l’on réalise des prototypes par exemple (KickStarter et Indigogo) ; le prêt participatif, qui permet d’éviter la commission d’intermédiaire (5% chez KickStarter) avec par exemple Lending Club ou le spin off de la HEG «wecan.fund» lancé le 6 mai avec le soutien de divers entrepreneurs privés ; et enfin l’ouverture de capital, soit la vente d’actions de l'entreprise contre des investissements au sein de cette même société (Investiere et C-Crowd.com).

Après ce rapide panorama de l’offre et des avantages des solutions alternatives de financement  à destination des chefs d’entreprise, deux témoignages concrets ont été apportés : celui de Didier Lutz, fondateur de Cliris, une start-up basée à Yverdon qui a développé un coffret de nettoyage complet des lunettes en 4 minutes, suivi de celui du boulanger-pâtissier Eric Emery.

Ainsi Didier Lutz a utilisé l’été dernier Kickstarter pour dénicher 280 000 francs. «L’objectif n’ayant pas été atteint, la campagne a été interrompue et les personnes intéressées n’ont pas été débitées. Mais cela nous a amené une multitude de contacts sur tous les continents. J’espère finaliser avec un investisseur ces prochains mois pour lancer la production. Dans l’intervalle, nous avons notre propre shop virtuel où notre coffret est proposé au prix cassé de CHF 200.- au-lieu des CHF 250.- à venir». Cliris a déjà enregistré une centaine de commandes.

1,25 million levé

 

L’exemple d’Eric Emery est impressionnant puisqu’il a réussi à trouver 1,25 million de francs. Celui qui préside actuellement l’Association des Boulangers-Confiseurs de Genève devait dénicher 2,5 millions de francs pour financer le déménagement de son établissement. «J’ai rédigé un feuillet que j’ai posé sur mon comptoir. A ce jour, j’ai eu 72 prêts participatifs pour une somme de 1,25 million de francs. Les personnes prêtaient sans rien recevoir en échange, excepté un remboursement dans les deux ans à un taux de 4%.»

Ce dernier a aussi utilisé cette méthode pour son déménagement. Quelques 70 personnes sont venues lui prêter main forte lors du déménagement. Il les a remerciés en offrant à chacun une boîte de chocolats. «De belles amitiés sont nées. C’était une très belle aventure humaine ! » A côté de cela, le boulanger-pâtissier  avait perçu une indemnité de déménagement représentant environ 10% du coût de celui-ci.

Afin de savoir vers quel type de crowdfunding s’orienter, il faut savoir que : le crowdsupporting (précommande) convient pour trouver entre 5000 et 50 000 francs, le crowdlending (prêt participatif) sur des sommes allant de 50 000 à 500 000 francs ; et le crowdinvesting (ouverture du capital) pour des montants évalués entre 500 000 et un million de francs.

Cela étant, comme l’ont mis en avant les participants à cet atelier d’Actes Industries, une telle campagne n’est pas gratuite. Elle nécessite un investissement en temps et en capital important, ne serait-ce que pour réaliser une bonne vidéo. Autre constatation : il est essentiel de disposer avant même le lancement de la campagne d’une communauté bien établie. A ce propos, les personnes présentes ont identifié plusieurs facteurs clés de succès, notamment la confiance que l’entrepreneur ou le porteur de projet doit obtenir et sécuriser auprès de ses soutiens. Et, avant toute chose, il faut oser en parler dans ses propres réseaux avant le lancement d’une campagne sur une plateforme de crowdfunding.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

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