Bilan

Le Credit Suisse face à deux scénarios

Un scénario de sortie de crise se dessine pour le Credit Suisse avec la création d'une filiale qui servirait de paratonnerre. Or, la démonstration de force des États-Unis pourrait échapper à tout contrôle.

Le Credit Suisse pourrait avoir rapidement des difficultés d'accès au marché interbancaire.

Crédits: DR

Les Américains veulent se faire respecter et pourraient bien mettre à exécution leur menace d'inculper le Credit Suisse. Leur objectif n'est pas de faire couler la banque, mais c'est un risque qu'ils peuvent se permettre de courir, estime notamment Dominique Morisod, un gestionnaire de fonds: "Les Etats-Unis maîtrisent le risque systémique. Ils ont effectué des stress tests."

Une inculpation barrerait l'accès du marché monétaire pour la banque, donc la possibilité de se refinancer à court terme. "Il faudrait garantir les prêts à court terme, d'où l'éventualité d'une intervention de la BNS", ajoute Dominique Morisod qui se demande toutefois si la Suisse a la taille pour le faire. Car le volume des produits à refinancer est problématique: le marché du financement à cout terme représente 1600 milliards par jour.

En tout état de cause, le soutien, ou tout au moins la garantie helvétique, pourrait s'avérer indispensable pour le Credit Suisse qui aurait rapidement des difficultés d'accès au marché interbancaire: "Le rating de la banque deviendrait incertain et il faudrait que la BNS ou l'Etat donnent des garanties." Voilà pour le pire scénario, mais même dans cette hypothèse, l'impact sur d'autres banques serait limité. Le Credit Suisse est l'une des trois banques ayant accès au marché monétaire, utilisé par des banques comme Raiffeisen pour refinancer leurs hypothèques, mais celles-ci pourraient se tourner vers UBS ou la Banque Cantonale de Zurich.

L'intervention de la Suisse serait une erreur

 

"L'effondrement du Credit Suisse n'est dans l'intérêt de personne", relève pour sa part le professeur Hans Geiger qui rappelle que la banque occupe 15'000 personnes aux Etats-Unis. Cet ancien membre du conseil d'administration du Credit Suisse pense que l'intervention de la Confédération serait une erreur, la même que celle déjà commise en 2009 avec UBS: "La Finma a donné l'ordre de livrer 250 noms de clients aux Etats-Unis et c'est là que les problèmes ont commencé." La banque, insiste Hans Geiger, doit résoudre ses problèmes elle-même.

Dans une hypothèse évoquée par la presse alémanique et par Hans Geiger, le Credit Suisse pourrait accepter un retrait de licence bancaire qui toucherait seulement une filiale prévue pour ainsi dire à cet effet. Créée en décembre puis transformée en banque fin février, CS International Advisors AG pourrait jouer ce rôle. "C'est le dernier espoir pour sauver la banque", commente Dominique Morisod qui n'en considère pas moins une recapitalisation comme indispensable.

Pour Stefan Kremeth, CEO d'Incrementum AG à Vaduz, la sortie de crise envisageable pourrait avoir des conséquences pour les actionnaires, mais le risque pour la place financière suisse est limité: "Le scénario du pire est possible, mais il y a moins de 5% de chances que cela se produise".

Il relève cependant que la solution trouvée pour le Credit Suisse sera vraisemblablement applicable aux autres banques sous enquête aux Etats-Unis. Toutes devront, en plus de livrer des noms de clients, payer des sommes importantes. Hans Geiger relativise cette obligation: les banques américaines elles aussi doivent payer. "JP Morgan Chase a 23 milliards à son budget pour couvrir d'éventuelles prétentions légales." Le marché américain est paraît-il incontournable mais, comme le dit l'expression, il n'y a pas de repas gratuit, there is no free lunch.

 

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