Bilan

Le bitcoin continue sa course folle

Malgré les pressions du gouvernement chinois sur la crypto-monnaie, celle-ci flirte avec les 1000 dollars. Des fonds «bitcoin» cotés en bourse pourraient voir le jour aux Etats-Unis et en Europe.

Encore un épisode à ajouter à la longue rubrique «nécrologie» de la plateforme 99bitcoin, qui recense avec une évidente ironie les 119 annonces de mort de la devise électronique, parues dans la presse ces dernières années. A la suite de la «visite», début janvier, de la Banque Populaire de Chine chez les principales plateformes d’échange de bitcoins du pays, le doute a plané sur un contrôle accru de la devise par les autorités gouvernementales. 

La Chine va t-elle s’opposer à l’écosystème bitcoin?

La troublante corrélation entre la baisse du yuan en 2016 et la valorisation de près de 150% du bitcoin sur la même période a relancé les soupçons d’évasion massive de capitaux chinois via la crypto-monnaie, en particulier vers Hongkong, et poussé les autorités à intervenir.

En conséquence, le bitcoin dévissait le 13 janvier à moins de 800 dollars, portant sa chute à plus de 30% depuis le pic de 1134 dollars – quasiment son record historique – atteint brièvement une semaine plus tôt. Une nouvelle inquiétude sur la survie de la monnaie électronique s’est alors fait jour, justifiée par la forte dépendance du marché à la Chine: sur le dernier semestre 2016, 98% des échanges impliquant des bitcoins se sont effectués en yuan. 

Pourtant, les conséquences sont restées très modérées. A la suite de l’intervention gouvernementale, les bureaux chinois se sont contentés de s’aligner sur leurs homologues occidentaux, en instaurant une taxe minime sur les échanges. La mesure limite les plus petites transactions dans le pays – dont le volume très important amenait à surévaluer le poids de la Chine sur le marché – sans toutefois d’incidence significative sur la demande globale. La monnaie a d’ailleurs repris près de 15% depuis et poursuit son ascension vers les 1000 dollars.

Pour certains experts, à l’image d’Alexis Roussel, créateur de la plateforme neuchâteloise de trading de crypto-monnaie bity.com, la Chine n’a pas intérêt à s’opposer à l’écosystème bitcoin, florissant dans le pays. «Une économie très prometteuse pour la Chine émerge, autour du mining et du trading de la devise électronique. On voit également que les sociétés chinoises actives autour des microprocesseurs ont pris beaucoup de valeur. Or, le microprocesseur, c’est le nerf de la guerre pour les crypto-monnaies. Les autorités ont probablement déjà conscience que les opportunités de développement offertes par le bitcoin à la Chine sont supérieures aux risques de fuites de capitaux, somme toute limités.»

Les ETF en bitcoin: un tournant pour la devise

Le moment serait d’autant plus mal choisi pour tourner le dos à l’écosystème bitcoin qu’aux Etats-Unis et en Europe, la monnaie pourrait prochainement s’ouvrir aux investisseurs institutionnels. Trois dossiers ont été déposés auprès de l’autorité américaine de régulation des marchés, la SEC, pour le lancement d’«ETF bitcoin» – pour «Exchange Traded Funds» – des fonds cotés en bourse qui répliqueraient la valeur
du bitcoin. Les ETF se chargeraient de l’achat et du stockage physique des bitcoins et émettraient en contrepartie des actions d’une valeur similaire, échangeables sur les marchés avec l’aval du régulateur. 

Les sociétés de paiement en ligne comme PayPal sont potentiellement intéressées car, en achetant du bitcoin, elles se couvriraient du risque de disruption engendré par la blockchain, cette technologie de stockage et de transmission des données fonctionnant sans organe central de contrôle. 

Sans oublier les hedge funds, comme le détaille Adrien Treccani, CEO de Metaco, start-up active dans la technologie financière via la blockchain: «On a affaire à un actif déflationniste, qui présente une certaine rareté et, malgré sa volatilité, une remarquable résilience sur le long terme. Il est donc attractif pour les investisseurs. Pour l’instant, les contraintes techniques significatives ainsi qu’un contexte mal défini d’un point de vue régulatoire freinent l’investissement des hedge funds dans le bitcoin. En revanche, si un ou plusieurs ETF étaient validés, les institutionnels pourraient se précipiter dessus, avec des moyens très importants. Vu qu’il s’agit d’un marché de seulement 15 milliards à l’heure actuelle, on pourrait alors envisager une explosion de la valeur du bitcoin de plusieurs centaines de pour-cent.»

Pas pour demain

Adrien Treccani, qui collabore actuellement sur un projet d’ETF sur le marché suisse, estime qu’un certain temps sera encore nécessaire à la résolution des contraintes techniques et à l’obtention de l’aval du régulateur, qui souvent résiste. Aux Etats-Unis, les frères Winklevoss, après deux ans de démarches pour valider leur ETF sur le Nasdaq, ont dû faire volte-face et se rabattre sur le marché alternatif BATS. Malgré les avancées, aucun ETF en bitcoin n’a encore abouti à l’heure actuelle. 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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