Bilan

Le bitcoin atteint un sommet historique

La monnaie électronique a franchi la barre des 500 dollars. Sa flambée vient rappeler qu'en période de ruée vers l’or, ce sont les marchands de pioches qui gagnent le mieux leur vie.
En un an, la valeur de la monnaie virtuelle a été multipliée par cinquante. Crédits: DR

Le cours de la monnaie électronique Bitcoin est passé de moins de 200 dollars à plus de 500 dollars en deux semaines à la bourse. Cette envolée est-elle le début d’une phase d’appréciation durable ou un feu de paille qui se terminera dans les larmes, en écho à la fin de la bulle technologique en 2000?

Dans ce monde, il reste une certitude. Face cette tendance de fond qu’est l’émergence de la devise virtuelle, les services annexes, tels que la sécurisation des comptes en bitcoins et la création de banques tiers de confiance, vont connaître un vrai boom. En période de ruée vers l’or, ce sont les marchands de pelles et de pioches qui font fortune à coup sûr.

La volatilité du bitcoin est intrinsèque à la phase d’acquisition de confiance actuelle. Le plus probable est qu’il y aura des krachs. Le bitcoin en a d’ailleurs déjà connu deux par le passé qui ne lui ont pas été fatals. Cette instabilité reste cependant son principal talon d’Achille à terme. Pour s’apprécier la monnaie virtuelle doit non seulement être acceptée comme moyen d’épargner – c’est de plus en plus le cas – mais aussi de payer.  «Si elle apparaît intrinsèquement comme instable, peu de commerçants voudront l’accepter », estime Jean-François Groff, fondateur de l’application de paiement mobile genevoise Mobino.

Le bitcoin est anonyme

Cette devise virtuelle tracée à travers la signature électronique de ses détenteurs circule sur un réseau peer-to-peer (de particulier à particulier), en dehors de toute autorité, telle une banque centrale. Après son lancement en 2009 par un mystérieux groupe d’informaticiens, elle est d’abord restée confinée au monde des hackers. Les trafiquants ont ensuite découvert le premier des avantages du bitcoin : comme le cash, il est anonyme.

Lors de la crise chypriote du printemps dernier, un public plus large a trouvé une seconde qualité au bitcoin : aucune autorité ne peut le confisquer. L’instauration d’un contrôle des changes en Argentine et surtout la décision du moteur de recherche chinois Baidu de l’accepter comme moyen de paiements ont fait apparaître encore avantage : le bitcoin peut circuler sans limite par-dessus les frontières. En revanche, le peso argentin et le yuan chinois n’ont pas cette qualité. D’autant plus que les Argentins, qui ont une certaine expérience en matière d’inflation, ont repéré une autre vertu à la monnaie virtuelle.

Une monnaie déflationniste

Fondamentalement, comme le rappelle Jean-François Groff, « le bitcoin est une monnaie déflationniste ». La quantité totale de bitcoin – sa masse monétaire - est limitée. Par construction, il ne pourra jamais y avoir plus de 21 millions de bitcoins et ce à l’horizon ultime de 2140. Par conséquent, chaque fois qu’une nouvelle niche de population découvre les avantages du bitcoin, sa valeur augmente.

C’est la raison pour laquelle 80% des détenteurs de bitcoins les thésaurisent, un peu comme de l’or numérique. Plus la monnaie gagne la confiance d’utilisateurs, plus elle s’apprécie. Le bitcoin progresse par paliers à chaque fois qu’une nouvelle niche de population découvre l’un ou l’autre de ses avantages : instantanéité des transactions, universalité, anonymat, protection contre l’inflation, etc.

Reste que pour que ce soit le cas, il est nécessaire que ces avantages soient protégés. «Si la possibilité de payer en bitcoin n’est pas forcément un frein, son caractère universel et instantané pourrait être concurrencé par d’autres technologies de paiements numériques», relève Jean-François Groff. De même, la Chine n’interdira peut-être pas indéfiniment la libre convertibilité de sa monnaie dans d’autres devises. A cela s’ajoute le fait que la sécurisation des comptes en bitcoin est un casse-tête après plusieurs vols importants, de même que la possibilité d’arnaques par des sites proposant des bitcoins fantômes.

Pourtant, la dernière envolée du bitcoin s’est produite en dépit d’un flux de nouvelles négatives tels vols et supercheries qui auraient dû au contraire saper la confiance naissante dans la monnaie électronique.

Une expérience libertarienne

A 500 dollars, la valeur totale des 12 millions de bitcoins émis actuellement n’est encore aujourd’hui que de 6 milliards de dollars. Une paille dans l’économie mondiale, mais une paille qui a une vertu extraordinaire : elle force à prendre conscience de la fragilité des grandes monnaies et du système financier. Les premières n’ont plus d’autres bases aujourd’hui que la planche à billet et sont régulièrement manipulées. Le second est devenu extraordinairement cher à opérer, ce qui se répercute en frais de transaction sur les clients.

Rien que pour cela, l’expérience libertarienne de bitcoin est intéressante et son envolée méritée. Or, les institutions en place que le bitcoin menace risquent de se saisir du marteau pour écraser cette monnaie. La question du succès durable du bitcoin est donc finalement de savoir si, comme avec les maisons de disque et autres producteurs de contenu hier, internet imposera sa logique de désintermédiation dans le domaine monétaire ? On n’a pas fini de spéculer.

 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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