Bilan

Le premier stablecoin 100% suisse est né

La cryptobanque zurichoise Sygnum a devancé Facebook et la BNS. Elle émet depuis fin mars un franc digital sur la blockchain. Est-ce un instrument de placement ou un simple gadget?

Mathias Imbach, cofondateur et CEO de Sygnum Singapour.

Crédits: Sygnum

L’éclatement de la pandémie de Covid-19 n’a pas empêché la cryptobanque Sygnum, à Zurich, d’émettre à la mi-mars le premier cryptofranc de Suisse. Baptisé DCHF, il prend la forme d’un jeton (token) de paiement entièrement collatéralisé avec le «vrai» franc suisse pouvant circuler sur une blockchain. Il est donc le premier stablecoin helvétique et devance en cela la Libra, le projet de stablecoin de Facebook actuellement à l’arrêt. Il devance aussi les projets de franc digital de la Banque nationale.

L’apparition d’un franc digital en Suisse est une nouvelle étape de la réalisation d’une ambition collective résumée sous le slogan «La Suisse est une cryptonation» lâché par l’ancien conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. Mais alors que les experts attendaient une initiative de la BNS, celle-ci a préféré laisser à l’initiative privée le rôle du poisson-pilote. Sous surveillance étroite aussi bien de la BNS que de la Finma.

Chaque «vrai» franc déposé par un client auprès de la banque Sygnum est ensuite redéposé par cette dernière auprès de la BNS. C’est sur cette base que Sygnum émet, ensuite, ses francs digitaux. «Cela élimine les risques liés à la fluctuation des changes», note Virgile Perret, spécialiste des cryptomonnaies auprès de l’Observatoire de la finance à Genève.

Qui veut en obtenir doit par conséquent ouvrir un compte auprès de ce petit établissement (moins de 100 personnes) fondé en 2018, qui a obtenu sa licence bancaire en août dernier et qui compte l’ancien directeur général d’UBS, Peter Wuffli, parmi ses administrateurs. Ces comptes peuvent être ouverts par des personnes disposant d’au moins un demi-million de francs de fortune, même si aucun montant minimal n’est exigé, selon Mathias Imbach, cofondateur avec Manuel Krieger (CEO de Sygnum Bank Suisse). Les retraits d’e-francs doivent être faits via le site internet de la banque: «Il y aura des frais de minage et d’élimination (de DCHF excédentaires, ndlr) pour couvrir les coûts, mais pas de commission de transfert.»

Moins de coûts

Le franc digital peut servir «à faciliter l’exécution des transactions, notamment le paiement de dividendes ou l’émission de titres», ajoute Mathias Imbach, CEO de Sygnum Singapour. Rien de très particulier, en somme, si ce n’est son mode de circulation échappant aux circuits bancaires classiques.

«Ce franc digital améliore l’interface entre les actifs digitaux et les monnaies officielles. Il offre des gains d’efficience en réduisant les coûts de transaction du fait qu’elles ne passent pas à travers le système bancaire», observe Virgile Perret. Sygnum est partie prenante des plateformes SDX, une collaboration entre la Bourse suisse et les banques, et Daura, mise au point par Swisscom. Néanmoins, il n’existe pas de produit financier directement adossé à ce nouveau franc digital.

D’autres établissements se positionnent sur ce créneau, même s’ils ne sont pas aussi avancés. Seba Bank à Zoug, spécialisée elle aussi dans les cryptomonnaies, a également obtenu sa licence bancaire en août dernier, mais n’a pas encore lancé de monnaie. Bitcoin Suisse, dans la même ville, a déposé une demande en juillet. Enfin, la BNS travaille sur ses propres projets de cryptofranc. Du nouveau pourrait être annoncé
au printemps, à moins que les effets de la pandémie ne viennent tout bouleverser.

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