Bilan

Le luxe suprême: s’offrir une nationalité

Le cabinet zurichois Henley & Partners s’impose comme un leader mondial du courtage en citoyenneté et de la planification de résidence. Un domaine évalué à 25 milliards de dollars par an.

La majorité des superriches (plus d’un million d’euros) détiennent au moins deux passeports.

Crédits: Hajjar Tarik / EyeEm/ getty images

La mondialisation stimule la mobilité. Selon le Wealth Report de la société de conseil Knight Frank, une majorité des individus qui possèdent plus d’un million d’euros détiennent au moins deux passeports. Ainsi en 2017, quelque 100 000 particuliers fortunés ont changé de domicile.

Présidé par l’avocat et homme d’affaires zurichois Christian Kaelin, le bureau Henley & Partners a été le pionnier dans la migration des investissements en se lançant dans ce domaine dès les années 1990. La planification de la résidence et de la citoyenneté n’était alors qu’un concept. Mais aujourd’hui, cette dimension fait partie intégrante de la gestion du patrimoine développée pour les HNWI (high net worth individual) et leurs familles. Surnommé «The Passeport King» ou «Mr. Citizenship», Christian Kaelin est l’un des plus grands acteurs mondiaux sur ce marché évalué à quelque 25 milliards de dollars par an, toujours en pleine croissance. Le cabinet basé à Zurich conseille les superriches, de même que les gouvernements qui mettent en œuvre des programmes. Le bureau Henley emploie plus de 300 personnes sur 32 sites à travers le monde, dont plus de 60 en Asie.

Plus de la moitié des pays offrent actuellement des programmes de citoyenneté liés à des investissements financiers. La BBC a étudié l’exemple de la petite île du Pacifique, Vanuatu, également connue comme un paradis fiscal. Particulièrement populaires auprès des Chinois, les passeports représentent aujourd’hui la principale source de revenus du gouvernement. Devenir citoyen de Vanuatu coûte quelque 150 000 dollars, le même prix que pour de nombreuses nations des Caraïbes. Le Monténégro, le Portugal, l’Espagne et la Bulgarie demandent deux à trois fois ce prix. Malte exige un million de dollars et la Grande-Bretagne 2,5 millions de dollars. En réponse à des critiques concernant la légitimité de la vente de citoyenneté à des riches, Christian Kaelin déclare dans la presse: «La citoyenneté par l’investissement n’est que le reflet d’un monde où tout est devenu plus fluide.»

La Suisse arrive en 6e position du «Passeport Index»

Henley & Partners établit chaque année un «Passeport Index» qui classe la nationalité suisse en 6e position, permettant de voyager dans 184 pays sans visa. Seuls six autres pays, dont Singapour et le Japon, en offrent davantage.

Ses clients souhaitent acquérir une autre citoyenneté pour esquiver les problèmes politiques et économiques dans leur pays d’origine ou afin d’établir un plan B si les choses devaient mal tourner pour eux. Les nouveaux citoyens d’un pays ont également accès aux services bancaires onshore et peuvent ainsi ouvrir des comptes en toute légalité dans leur nouvelle patrie.

Les secondes nationalités sont particulièrement demandées par les Chinois, les Russes, les Turcs, les Marocains, les Kazakhs, les Saoudiens et les citoyens du Golfe. Entrepreneurs, magnats de l’immobilier, grands patrons, ils cherchent à assurer l’avenir et la sécurité de leur famille, ainsi qu’un accès aux hôpitaux
et aux universités du monde occidental.Comment Henley & Partners se protège-t-il de personnes qui solliciteraient un passeport mais seraient en délicatesse avec la loi? Porte-parole, Paddy Blewer répond: «Chaque client potentiel est évalué par nos soins dans un processus en plusieurs étapes. La pleine responsabilité de la due diligence incombe toutefois à l’Etat souverain.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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