Bilan

Le franc suisse: la monnaie de financement de choix

La dépréciation progressive du franc devrait se poursuivre pour aboutir fin 2019 à un taux de change de 1,17 face à l’euro.

Devises  Le cours EUR/CHF s’est apprécié d’environ 1,5% au cours des quatre premiers mois de l’année, mais cette évolution masque des pressions à la baisse plus importantes par rapport aux monnaies à haut rendement. Le franc suisse s’est par exemple déprécié de 3,7% par rapport au dollar américain sur la même période, tandis que l’indice du CHF pondéré des échanges (PE) cédait 2,4%.

Nous pensons que cette dépréciation progressive du franc se poursuivra tout au long de l’année et tablons sur un taux de change EUR/CHF de 1,17 fin 2019. Notre vision baissière sur le CHF repose essentiellement sur l’environnement macroéconomique général, au sein duquel les grandes banques centrales vont conserver une politique monétaire accommodante plus longtemps que prévu. Le contexte est donc favorable aux stratégies de portage (c’est-à-dire au financement de monnaies à rendement plus élevé par le biais d’emprunts dans la monnaie la moins rémunératrice) et suggère que le franc constituera la monnaie de financement de choix au sein des monnaies du G10. 

Premièrement, les données intérieures se sont détériorées en Suisse. L’inflation reste nettement inférieure à 1% en glissement annuel. Toute dynamique haussière lui fait donc défaut. De plus, la croissance du PIB au dernier trimestre de 2018 a ralenti, passant à 1,4% sur un an soit une croissance nettement inférieure à sa moyenne de long terme de 2,1%. Ce repli, conjugué à la persistance d’une inflation faible, souligne la nécessité d’une politique monétaire accommodante. Facteur aggravant, l’indicateur avancé du Centre de recherches conjoncturelles, le KOF, reste dans une spirale baissière.

Deuxièmement, la détérioration du commerce mondial au cours des six derniers mois et l’orientation plus accommodante que prévu de la BCE ont renforcé les pressions incitant la BNS à se montrer encore plus prudente. En effet, la banque centrale a révisé ses prévisions d’inflation à la baisse coup sur coup, tombant à une estimation de 1,2% en rythme annuel en 2021. Les représentants de la BNS ont aussi souligné ces dernières semaines l’affaiblissement des chiffres de la croissance, l’absence de pression à la hausse sur l’inflation, insistant sur le fait qu’intervenir sur le marché des changes demeurait une option si ces évolutions devaient entraîner une appréciation non désirée du franc suisse. Le président de la BNS a même évoqué la possibilité de baisser encore les taux d’intérêt (qui sont déjà les plus bas des économies du G10). Tous ces éléments laissent penser que les taux suisses resteront négatifs pendant une longue période, ce qui renforcera l’attrait du franc en tant que monnaie de financement.

Enfin, les récentes données de la zone euro ont confirmé une embellie du marché domestique, ce qui pourrait pousser la BCE à repenser son orientation accommodante. Si cela se confirmait, l’EUR pourrait subir une légère pression à la hausse sur tous les fronts et les rendements des Bund allemands reprendre pied, ce qui serait clairement favorable à une poursuite de la hausse de l’EUR/CHF.

Vasileios Gkionakis Global head of XF strategy, Lombard Odier Private Bank

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