Bilan

Le bitcoin peut-il encore chuter?

La correction majeure qui a vu le bitcoin passer de 55'000 dollars à 30'000 dollars pendant la troisième semaine de mai ravive les craintes d'un nouvel «hiver crypto». Le positionnement des institutionnels sur le marché laisse toutefois penser que la base est aujourd’hui beaucoup plus solide.

Après un chute à près de 30'000 dollars le 23 mai, le bitcoin s'est ressaisi au delà des 40'000 le 26 mai.

Crédits: Nhac NGUYEN/AFP

Au terme de deux semaines de turbulences, le rebond est bien là. Au matin du 26 mai, le bitcoin repassait la barre des 40'000 dollars, cinq jours seulement après avoir testé le support majeur des 30'000. On reste toutefois loin du pic à  64'000 d'avril.

Début 2018, la cryptomonnaie avait déjà connu une correction brutale de près de 50% suivant la bulle sans précédent de fin 2017. S’en était suivi un vigoureux rebond de 7000 à 12'000 dollars… avant l’effondrement vers une marché atone de plusieurs mois au niveau de 3000 dollars, alors baptisé cryptowinter (l’hiver crypto), entrainant dans son sillage l’ensemble des autres cryptos.



Des tensions surmontables

Peut-on imaginer être à l’aube d’un tel scénario? Les analystes restent sceptiques. Les raisons de la correction sont multiples et identifiées. En premier lieu, l’influence d’Elon Musk, le CEO de Tesla, qui après avoir provoqué l’envolé des cours en annonçant l’achat de plus d’un milliard de dollars de bitcoins et l’acceptation de la doyenne des cryptomonnaies comme moyen de paiement, avait entrainé sa chute en annonçant renoncer au bitcoin au vu de sa consommation énergétique.

Le courroux de la communauté Bitcoin avait été tel qu’une crypto «stop Elon» visant une entrée au capital de Tesla et la démission de son fondateur était créée le 15 mai, et allait gagner 6000% en 10 jours. Certainement pour calmer le jeu, Elon Musk s’est fendu d’un tweet rassurant ce lundi

Autre tension baissière, le durcissement de la position de l’Etat chinois sur le marché des cryptomonnaies. Dernière communication en date, le vice premier ministre Liu He a annoncé vendredi vouloir «réprimer l’activité minière et commerciale» du bitcoin. Une annonce suivie de la suspension de certaines activités dans le pays, insuffisante cependant à stopper la remontée des cours tout au long du week end.

Selon Charles-Henry Monchau, CIO de Flowbank à Genève, l’influence des annonces gouvernementales chinoises reste limitée: «Pour l’instant, l’e-yuan ne marche pas très bien, et les décisions prises visent à imposer cette cryptodevise d’Etat. Il faut toutefois en comprendre les limites: pour interdire le bitcoin, il faudrait pratiquement fermer internet.»

Charles-Henry Monchau reste mesuré sur la chute des cours expérimentée la semaine passée: «Même avec la correction, on est passé en quelques mois de 8000 à 40'000. La hausse est bien supérieure à la moyenne mobile des 200 derniers jours. On a eu une conjonction de facteurs qui a alimenté cette correction. Le fait que les Américains avaient jusqu’au 17 mai pour remplir leur déclaration fiscale dont une ligne était dédiée aux cryptos a pu amener à des ventes pour payer les impôts. Les effets de leviers complètement fous proposés sur les plateformes ont entraîné durant la correction une série de ventes forcées, dans un contexte où -ne fermant pas les soirs et les week end comme les marchés traditionnels- les cryptomonnaies sont plus sensibles à la panique. Sachant que les banques centrales comme la Fed tendent à soutenir et rassurer quand les marchés traditionnels corrigent, alors qu’ils tiennent un discours inverse quand la crypto baisse.»

Marchés soutenus par les institutionnels

Une leçon importante à tirer de la correction de la semaine passée est la différence d’attitude entre les particuliers et les institutionnels, tous deux positionnés sur le marché. Durant le désormais connu sous le nom de black Wednesday, qui a vu semaine dernière le cours du bitcoin plonger de près de 30% en un seul jour, la plateforme d’échange dédié aux institutionnels LMAX digital constatait son plus fort volume d’échange.

Son CEO David Mercier relevait alors que les «investisseurs institutionnels n’étaient largement pas impliqués dans la vague de ventes» et que «pour tous ceux qui ont une vue sur le long terme, ça a constitué une opportunité d’achat.»

Le constat est partagé par Charles-Henry Monchau: «La différence majeure avec 2018, c’est effectivement la présence des institutionnels sur le marché. Les banques notamment ont créé des infrastructures et proposent des cryptomonnaies. En analysant les transactions sur coinbase -où les institutionnels sont plus présents- et sur Binance -où on a surtout du particulier- on voit que c’est sur la seconde où l’on a enregistré le plus de ventes. Les institutionnels ont moins cédé à la panique.»

Du côté de Swissquote, Yann Isola, product manager crypto, a constaté l’effet d’opportunité provoqué par la baisse des cours: «On reste positif, car on remarque que beaucoup de gens ont profité de la correction pour entrer. On a toujours une pression plus forte à l’achat qu’à la vente, à part sur une journée.»

Vers un stabilisation à niveau moyen?

Yann isola estime toutefois que tout risque n’est pas écarté de voir le bitcoin rechuter: «la question qu’on se pose dans un tel moment est: "Est-ce que la base est solide?" Alors oui, la situation est assez différente de 2018. On sent que tant les projets que la perception des gens ont muri, on n'a plus les mêmes clients. Ceci dit, on remarque comme ça avait été le cas durant la bulle ICO de 2017 un emballement sur des projets à la limite du Ponzi, comme le token Shiba, ou Stop Elon. Une option est peut-être d’hedger des portefeuilles en gardant 50% de crypto et 50% en FIAT.»

Charles-Henry Monchau affiche de son côté une certaine sérénité: «Je ne pense pas qu’on entre dans un nouveau cryptowinter. Peut-être une stabilisation à niveau moyen. Les bases sont beaucoup plus solides. Sur Ethereum, entre les NFT, la finance décentralisée et les autres projets en cours, on voit de plus en plus de modèles d’affaires prometteurs. Dans le cas du bitcoin, sa valeur d’or digital reste d’actualité. Face à l’explosion de la masse monétaire en dollar ou euro en circulation, et la potentielle reprise de l’inflation, le contexte global reste favorable.»

Dans une analyse publiée récemment, JP Morgan estimait à 35'000 dollars l’actuelle «valeur juste» du bitcoin.

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste économique et d’investigation pour Bilan, observateur critique de la scène tech suisse et internationale, Joan Plancade s’intéresse aux tendances de fonds qui redessinent l’économie et la société. Parmi les premiers journalistes romands à écrire sur la blockchain -Ethereum en particulier- ses sujets de prédilection portent en outre sur l'impact de la digitalisation, les enjeux de la transition énergétique et le marché du travail.

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