Bilan

Le billet de 100 dollars a le vent en poupe

Depuis la crise financière de 2008, le volume de la coupure de 100 dollars a doublé. Environ 80% de ces billets sont en circulation à l’étranger.

  • Contrairement aux Européens, les Américains n'envisagent pas de supprimer les grosses coupures.

    Crédits: AFP
  • Le volume des coupures de 100 dollars a doublé depuis 2008

    en milliards de billets

Du jamais vu dans l’histoire monétaire des Etats-Unis! Depuis deux ans, la coupure de 100 dollars est la plus utilisée dans le monde. Elle a dépassé la diffusion de celle de 1 dollar. Dans une brève analyse publiée récemment dans le magazine Finances & Développement du Fonds monétaire international (FMI), Melinda Weir relève que «le billet américain ayant le plus de valeur est désormais celui qui circule le plus.» 

Le volume des coupures à l’effigie de Benjamin Franklin a plus que doublé depuis la crise financière de 2008 pour atteindre le nombre d’environ 14 milliards en 2018 contre près de 12 milliards pour le billet de 1 dollar. Un phénomène que connaît aussi la Suisse. Le nombre de billets de 1000 francs -  soit la plus grosse coupure émise par la Banque nationale  - a aussi doublé depuis la crise financière.

Des Américains nostalgiques?

A l’ère des paiements dématérialisés, les Américains sont-ils nostalgiques des grosses coupures de billets verts?, se demande l’auteure de l’article. Les raisons de cet engouement sont plutôt à rechercher ailleurs. D’abord, l’instabilité politique mondiale joue en faveur du dollar. Environ 80% des coupures de 100 dollars sont aujourd’hui détenus à l’étranger contre près de 30% en 1980. «La demande de billets verts à l’étranger tient vraisemblablement à leur réputation d’avoirs sûrs. La demande d’actifs liquides, surtout étrangers, augmente en période de crise politique et financière», affirme Ruth Judson, économiste à la Fed.

Il y a aussi d’autres motifs. Dans sa contribution, Melinda Weir donne la version de Nadim Kyriakos-Saad. Pour ce conseiller général adjoint du FMI et expert de la lutte contre le blanchiment d’argent, «l’économie souterraine, informelle ou criminelle, contribue certainement à l’attrait des grosses coupures.» Mais, ajoute-t-il, il serait faux d’assimiler systématiquement l’argent liquide à la corruption: «Il y a un désir latent de respect de la vie privée et d’anonymité qui peut être tout à fait légitime.»

Contourner l'impôt

Professeur d’économie à l’université Harvard, Kenneth Rogoff estime que les activités illicites et les grosses coupures vont de pair. «Dans le monde entier, les grosses coupures servent principalement à contourner l’impôt ou la réglementation et à financer des activités illégales», affirme-t-il. «Chaque jour, dans des grandes villes partout dans le monde, les achats d’appartements et de maisons sont réglés en liquide par le contenu d’une valise, et ce n’est pas parce que l’acheteur craint que sa banque fasse faillite.» D’après Kenneth Rogoff, il y a un autre facteur en jeu: «La demande clandestine d’argent liquide a sûrement augmenté parce que les taux d’intérêt et d’inflation sont exceptionnellement bas.»

Mais pourquoi le billet vert?, s’interroge Melinda Weir. Selon Kenneth Rogoff, «le dollar est aujourd’hui la seule monnaie mondiale; l’euro est en panne et il faudra des décennies avant que le renminbi soit en mesure de s’imposer.»

Une suppression trop coûteuse

Contrairement à la Banque centrale européenne qui a cessé la production et l’émission de billets de 500 euros au début de 2019, les Etats-Unis n’envisagent pas la disparition des grosses coupures. «La coupure de 100 dollars restera en circulation pour plusieurs raisons: les dépenses qui seraient nécessaires pour les remplacer par un plus gros volume de billets de 50 dollars, les répercussions économiques qui pourraient en résulter, et la réduction inévitable du seigneuriage, c’est-à-dire les bénéfices que le gouvernement engrange en émettant ces coupures», explique Melinda Weir.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Du même auteur:

Comment l’Institut de Glion se développe en Gruyère
Le nouveau défi de Bernard Lehmann

Bilan vous recommande sur le même sujet

Les derniers Articles Finance

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."