Bilan

L’après-crise de la Place financière genevoise sera verte

Lors de sa conférence annuelle, la Fondation Genève Place Financière a annoncé ses prévisions pour 2021. Une année qui s’annonce à nouveau difficile mais teintée de vert.

L'avenir de la finance serait dans le durable.

Crédits: Pixabay

Le secteur bancaire genevois, qui compte actuellement 92 banques, aura souffert en 2020. Une expérience qu’il faudra renouveler l’année prochaine, selon les résultats de l’enquête conjoncturelle de la Fondation Genève Place Financière (FGPF) publiés mardi. Les sondés sont unanimes: 2021 sera difficile, mais les établissements restent confiants. Au regard des estimations de la BNS et de l’agence de notation Standard & Poor’s, la place financière helvétique est en bonne position pour surmonter les difficultés découlant de la crise.

Et pour ce faire, elle dispose notamment de deux armes, comme l’a souligné Yves Mirabaud, président de la FGPF. Premièrement, le programme de crédits Covid-19 qui a permis d’octroyer près de 17 milliards de francs en un temps record et qu’il faudrait transposer autant que possible en droit ordinaire, sans modifier les règles a posteriori, ni prolonger le programme. Deuxièmement, l’unité que la place financière a su trouver durant cette période hors du commun doit être capitalisée et servir de tremplin tout particulièrement à la finance durable.

Des acteurs toujours plus durables

La finance durable, un levier qui aurait surpris il y a quelques années seulement mais qui est désormais reconnu unanimement au sein de la place financière. En Suisse, le volume des placements durables effectués en 2019 par rapport à 2018 aurait progressé de 62%, pour atteindre environ 1’100 milliards de francs. Une évolution des mentalités qui traduit la nécessité d’une transition vers une économie plus résiliente et verte.

«Les entreprises de la place financière doivent elles-mêmes donner l’exemple pour être crédibles face à leurs clients et pour pouvoir attirer de jeunes talents pour qui la durabilité est primordiale», assure Laurent Ramsey, vice-président de la FGPF. A ce jour, les initiatives notables passent par l’impact environnemental des bâtiments, des engagements philanthropiques et l’implication des collaborateurs dans des projets. «Des actions louables et certes nécessaires, mais insuffisantes pour atteindre le but visé», poursuit Laurent Ramsey. Ce dernier conseille d’agir davantage sur la mobilisation du capital géré pour le compte des clients.

Certaines stratégies ont d’ailleurs déjà été mises en place et peuvent servir de modèle:

  • L’approche «best in class» sélectionnant les entreprises les plus responsables par secteur.
  • L’approche d’inclusion qui oriente le capital vers des entreprises qui démontrent leur impact positif.
  • L’approche thématique investissant dans des entreprises fournissant des solutions aux problématiques sociales ou environnementales.
  • L’approche d’exclusion qui exclut des entreprises qui contreviennent à certains principes.

Un encadrement qui doit se renforcer

Des stratégies séduisantes en théorie mais plus complexes en pratique. «Certains crient au greenwashing en estimant que certaines de ces approches ne sont pas assez strictes, voire même complaisantes», appuie le vice-président de la FGPF. En effet, concernant les critères de durabilité auxquels doivent répondre les investissements de la clientèle, il existe aujourd’hui presque autant de grilles de lecture que d’établissements. Afin d’accélérer la transition vers cette finance durable, un cadrage est dès lors attendu par ses acteurs.

Laurent Ramsey se veut néanmoins rassurant sur ce point: «Ne perdons pas aussi de vue que cette notion est relativement récente, même si l’on assiste à une croissance fulgurante. Des standards reconnus vont se mettre en place.» A noter qu’un premier pas en ce sens a été effectué par bon nombre d'établissements bancaires et financiers genevois qui ont d’ores et déjà signé les Principes de gestion responsable des Nations Unies. Au mois de juin, plusieurs annonces ont également fait avancer au niveau fédéral.

Malgré tout, la FGPF pointe du doigt quelques efforts à fournir. «La mise en place de produits conformes aux principes de la finance durable doit aussi s’accompagner d’une formation adéquate des collaborateurs, et cela à tous les niveaux et à chaque étape de leur carrière», indique son vice-président. Il encourage l’inscription de la durabilité aussi bien dans la formation de base que dans le cursus universitaire et la formation continue.

Finalement, dans cet exercice, la Suisse ne peut aussi faire abstraction des processus réglementaires en cours dans l’Union européenne, principal partenaire commercial, et devra fortement s’en inspirer. La place financière helvétique, et plus spécifiquement genevoise, de par son positionnement exceptionnel, n’est donc pas contrainte de réinventer la roue mais doit faire bouger les choses. Pour y aider, «Building Bridges», un sommet visant à créer des ponts entre la Genève internationale et financière a été mis sur pied en 2019 et verra une seconde édition se tenir en 2021.

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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle décrochait des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle se spécialise actuellement dans la presse écrite économique.

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